Bulletin de l’Ermitage

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Un bénédictin d’ouverture

jeudi 1er décembre 2005

Dans la lignée du Père Le Saux, de Thomas Merton et tant d’autres, Willigis Jäger moine bénédictin et maitre zen veut continuer à enseigner

"Je suis toujours chrétien, mais je suis au delà de la chrétienté" : moine bénédictin et maître zen, Willigis Jäger laisse pétiller ses yeux très bleus en parlant de son désir d’enseigner l’expérience mystique, qui lui a valu d’être désavoué par le Vatican.

"L’Eglise doit s’ouvrir aux sciences comme la physique, la psychologie transpersonnelle. Si elle ne s’ouvre pas ce chemin pour l’expérience mystique, elle n’a aucune chance", explique cet Allemand de 80 ans, au bref sourire qui illumine un visage couronné de cheveux blancs.

Il est venu donner une conférence à Paris après la publication de "La Voie retrouvée" (Editions du Rocher) [1], le plus connu de ses ouvrages et le premier à être traduit en France alors qu’il l’a déjà été dans de nombreux pays européens et aux Etats-Unis.

"Si l’Eglise ne s’ouvre pas, elle ne survivra pas à l’impact du bouddhisme", assure-t-il, expliquant qu’il a "redécouvert les voies mystiques chrétiennes en pratiquant le zen au Japon".

Mobilisé dans l’aviation allemande pendant la guerre de 1939-1945, il est entré en 1946 dans l’abbaye bénédictine de Münsterscwharzach, puis a beaucoup voyagé comme conseiller des ONG catholiques allemandes Missio et Misereor entre 1960 et 1975. Après avoir étudié le zen au Japon pendant six ans, il est rentré en Allemagne transmettre son enseignement.

Selon lui qui a pour nom de maître zen "Ko-Un Roshi", "dans la chrétienté des origines, il y avait des pratiques similaires à celles du zen, par exemple +la prière du coeur+".

"Toutes les religions savent qu’il faut dépasser le niveau de la croyance pour aller vers l’expérience, mais le christianisme, le judaïsme et l’islam ont énormément de difficultés avec ce chemin", dit-il.

"Le pouvoir joue un très grand rôle dans ces religions, estime-t-il, en rappellant l’emprisonnement ou l’exécution de personnages comme le soufi Al Hallaj (Xe siècle), le moine Giordano Bruno (fin XVIe), les mystiques Marguerite Porette (début XIVe) ou Jeanne-Marie Guyon (fin XVIIè-début XVIIIè).

Lui-même a été désavoué fin 2001 par la Congrégation pour la doctrine de la foi, alors dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger, devenu le pape Benoît XVI. Il lui est reproché notamment sa conception du péché originel et du Christ ("ce n’est pas un homme qui sauve les autres mais qui a rendu accessible aux humains un autre niveau de conscience").

Interdit d’enseigner et de célébrer les sacrements, il a pris une année de réflexion puis fondé en 2003 un nouveau centre, près de Würzburg où ont lieu des séminaires, conférences et cours.

"Je reçois le soutien de nombreux chrétiens qui veulent suivre cette voie mystique", assure-t-il. Mais sans contact avec le nouveau pape, il se dit sûr que "le Vatican ne reviendra pas sur sa décision".

"Je suis au delà de la chrétienté, du zen et du yoga", explique-t-il, "mais je n’ai aucune raison de me retirer de la chrétienté".

A coup sûr nous aurons l’occasion d’approfondir sa pensée par quelques articles du bulletin


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