Bulletin de l’Ermitage

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Carême 2009

En ce Mercredi saint

Leçons de ténèbres

mercredi 8 avril 2009, par Jess, Nat et Nico

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Cet extrait du beau film : tous les matins du monde pour vous mettre en contact avec une très belle liturgie de semaine sainte hélas peu souvent célébrée : celle des offices de Ténèbres

Chantés dans les ténèbres de la nuit avant le lever du soleil, les solennels offices des lectures, ou vigiles ( matines) des jeudi, vendredi et samedi saints prirent dès le 7ème ou 8ème siècle le nom d’offices des ténèbres.

 Leur beauté sobre et la grandeur de l’événement évoqué inspirèrent de nombreux musiciens, des 16ème et 17ème siècle comme Palestrina, Marc Antoine Charpentier, André Campra, Delalande, Couperin etc...

Aujourd’hui, ces offices, mis en oeuvre par des communautés religieuses et monastiques, sont redécouverts par des fidèles nombreux qui en apprécient la force et la.richesse.
 Les lectures bibliques sont en harmonie avec les chants de psaumes et de répons.
Les lectures des Pères ont la fraîcheur et la force des premiers commentaires.

La structure des offices des ténèbres

Pour célébrer les offices des ténèbres, on plaçait au milieu du choeur un grand chandelier triangulaire à quinze cierges, disposés de façon pyramidale. 
Après chacun des neuf Psaumes des vigiles, puis après les cinq Psaumes des laudes et le Cantique de Zacharie, on éteignait à chaque fois un cierge. 

Dans le même temps, la lumière du jour naissant se répandait peu à peu dans l’église.

À la fin du Moyen Âge époque où l’on accordait beaucoup d’importance aux symboles on voyait dans ce rituel , une représentation de l’abandon progressif du Christ par les siens durant la Passion. Les flammes des quatorze cierges, confectionnés de cire brune grossière, étaient éteintes l’une après l’autre ; seul demeurait, au sommet du candélabre, un cierge de cire blanche.

 Comme la flamme tremblante, le Christ demeurait éveillé dans la solitude de son agonie, persévérant dans la prière.

À l’issue de l’office, ce cierge, toujours allumé, était retiré du candélabre et caché à la vue des fidèles, derrière l’autel.

L’office des ténèbres commence par un grand silence, d’où s’élève le chant d’une lamentation : les plaintes du prophète Jérémie devant la dévastation de Jérusalem.
 Ici, elles sont à entendre comme expression de la tristesse de l’Église, réalisant quelle mort nous a valu le pardon de nos fautes :

Elle passe ses nuits à pleurer et les larmes coulent sur ses joues
Il n’est personne pour la consoler parmi tous ses amants
Tous ses amis l’ont trahie
ils sont devenus ses ennemis (...)

Jérusalem, Jérusalem
retourne au Seigneur ton Dieu !
Jérusalem Jérusalem convertere ad Dominum Deum Tuum !

 [1]

Les Offices des ténèbres se composent ainsi :

1er nocturne : 3 Psaumes et 3 Lectures Bibliques

2ème et 3ème nocturne : 3 Psaumes et une lecture Patristique divisée en 3 séquences 

L’assemblée fait écho aux Psaumes et aux lectures par le chant d’un répons composé d’un refrain et des versets d’inspiration biblique pour prolonger la méditation du texte et en expliciter le sens au regard de l’histoire du salut.

Les offices des ténèbres des trois jours saints S’achèvent dans la Plus grande sobriété. Autrefois, dans les cathédrales, les clercs heurtaient ensemble leurs livres contre le bois des stalles, créant ainsi une résonance sépulcrale dans le sanctuaire.

 Ce jeu théâtral illustrait le verset qui, dans l’évangile de Matthieu, suit immédiatement la mort du Christ : « Voilà que le voile du Temple se déchira en deux, la terre trembla, les rochers se fendirent.. » (Matthieu 27, 51).

En conclusion, on peut chanter la supplication litanique du Kyrie éléison et l’antienne latine "Christus factus est obediens usque ad mortem (Philippiens 2, 8)", « Le Christ Pour nous s’est fait obéissant jusqu’à la mort », comme c’en était l’usage naguère. 
Puis toute l’assemblée s’,agenouille et demeure en silence, tandis que celui qui préside, se relevant seul, récite recto tono (c’est-à-dire sur un même ton) l’oraison finale.

Nous vous invitons aujourd’hui simplement à écouter ces extraits de l’office selon Couperin

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Pour suivre exactement la liturgie des ténèbres d’aujourd’hui suivez ce lien qui va vous y conduire

Nous on vous dit à demain... pour de nouvelles ténèbres...

Les loupiots and Co


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[1Texte des Lamentations de Jérémie

Première Lamentation

Comment est-elle réduite à l’abandon, la ville si peuplée !
Elle est comme une veuve*, celle qui surpassait les nations.
Reine au milieu des provinces, elle est astreinte au tribut.
Elle pleure tout le long de la nuit, les larmes inondent ses joues.
Nul ne la console de tous ceux qui l’aimaient.
Tous ses proches l’ont trahie, et sont devenus ses ennemis.
Juda est parti pour l’exil en misère et dure servitude ; il séjourne parmi les nations sans goûter de repos ;
ses persécuteurs l’atteignent dans son angoisse.
Les chemins de Sîon sont en deuil, nul ne vient plus à ses fêtes, toutes ses portes sont désertes,
ses prêtres gémissants, ses jeunes filles sont emmenées, elle-même est dans l’amertume.
Ses oppresseurs l’emportent, ses ennemis vivent tranquilles,
car le Seigneur l’afflige à cause du nombre de ses forfaits.
Ses enfants s’en sont allés captifs devant l’oppresseur.
La fille de Sion a vu partir tout ce qui faisait sa gloire ;
ses chefs sont comme des cerfs ne trouvant point pâture, et qui fuient épuisés devant qui les poursuit.
En ces jours de maux et d’aventure,
Jérusalem se souvient
de toutes les délices des temps passés.
Maintenant que son peuple est tombé
sous les coups de l’ennemi,
et que nul ne vient la secourir,
ses ennemis la regardent,
et rient de sa dévastation.
Jérusalem a gravement péché,
aussi hoche-t-on la tête à son sujet ;
qui l’honorait la méprise,
car on a vu sa nudité.
Elle-même en sanglote
et détourne la tête.
Sa souillure se voit sur sa robe,
elle ne prévoyait pas cette fin ;
elle est prodigieuse, sa déchéance,
et nul ne vient la consoler.
« Regarde, ô Seigneur, ma misère,
car l’ennemi triomphe ! »
L’adversaire a mis la main
sur tous ses trésors.
Elle a vu les paîens
pénétrer dans son sanctuaire,
ceux à qui tu avais interdit
l’accès de ton assemblée.
Tout le peuple gémit
en cherchant du pain ;
ils troquent leurs bijoux contre des vivres,
afin de reprendre force.
« Vois, Seigneur ; considère
combien je suis avilie ! »
Vous qui passez par le chemin,
regardez, et jugez
s’il est douleur pareille
à celle qui m’accable,
moi que le Seigneur a frappée
au jour de son ardente colère.
Il à d’en haut dépêché un feu qui descende dans mes os ; sous mes pas il a tendu des rets et m’a fait culbuter ;
il a fait de moi une esseulée, languissante tout le jour.
Le joug de mes forfaits est lié* par sa main, un carcan pesant sur mon cou fait chanceler ma force,
le Seigneur m’a livrée à des mains auxquelles je ne puis résister.
Le Seigneur a rejeté tous les preux qui vivaient dans mes murs ; il a mandé contre moi son conseil pour fracasser ma jeune élite ;
le Seigneur a foulé au pressoir la vierge, fille de Juda.
C’est pour cela que je pleure,
mes deux yeux fondent en larmes ;
car nul n’est près de moi qui me console, qui me revigore.
Mes fils sont dans la consternation car l’ennemi triomphe.
Sion tend les mains sans que nul ne la console ;
le Seigneur a mandé contre Jacob de partout des ennemis.
Jérusalem est à leurs yeux un objet de dégoût.
Le Seigneur est juste ; car j’ai été rebelle à sa voix.
Écoutez tous, Ô peuples, voyez ma douleur :
mes jeunes filles et mes jeunes gens sont allés en exil.
J’ai imploré mes amis ;
ils m’ont déçue.
Mes prêtres et mes anciens ont péri dans la ville,
en quête de nourriture pour se revigorer.
Regarde, Seigneur, mon angoisse
Mes entrailles frémissent ;
mon coeur est tout bouleversé
parce qu’en vérité, je me suis révoltée.
Au dehors l’épée frappe,
au dedans sévit la mort.
On entend mes soupirs,
sans que nul me console ;
tous mes ennemis,
apprenant ma ruine, sont heureux de ton intervention
Vienne le jour prédit par toi
Que leur advienne le même sort !
Que tous leurs forfaits
soient présents à tes yeux !
Traite-les comme tu m’as traitée
pour tous mes forfaits !
Car il n’y a point de cesse à mes gémissements
et mon coeur est malade.

Deuxième Lamentation

Comment le Seigneur courroucé
a-t-il couvert d’un nuage la fille de Sion ?
Il a précipité du ciel à terre
la gloire d’Israël :
il s’est désintéressé, au jour de sa colère,
de l’escabeau de ses pieds.
Le Seigneur a détruit sans pitié
toutes les demeures de Jacob.
Dans sa fureur il a ruiné
les donjons de la fille de Juda :
il a culbuté à terre et souillé
le royaume et ses princes.
Dans la violence de sa fureur,
il a brisé toute puissance en Israël :
à l’approche de l’ennemi,
il a retiré le secours de sa main ;
il a allumé en Jacob un incendie
qui dévore tout ce qui l’entoure.
Il a bandé son arc, tel un ennemi, il a assuré son bras, tel un adversaire ; tout ce qui charmait les yeux, il l’a égorgé ; dans la tente de la fille de Sion, il a déversé le feu de sa fureur.
Le Seigneur, pareil à un ennemi, a détruit Israël ; il a démoli ses édifices, abattu ses donjons ; sur la fille de Juda il a entassé douleur sur douleur.
Il a dévasté sa hutte comme son jardin, il a ravagé son sanctuaire.
Le Seigneur a aboli en Sion fêtes et sabbats, dans l’ardeur de son courroux il a rejeté roi et prêtre.
Il a pris en dégoût son autel, son sanctuaire en horreur, livré aux mains des ennemis les murs de ses palais ; des cris* se sont élevés dans le temple, comme au jours de fête.
Le Seigneur a résolu de faire crouler les murs de la fille de Sion ; il a tendu le cordeau* et n’a pas retiré sa main avant la destruction : il a endeuillé le mur et l’avant-mur, qui se désolent ensemble.
Ses portes gisent sous les décombres, il en a rompu, brisé les verrous, son roi, ses princes sont à l’étranger, il n’y a plus de loi ; aux prophètes mêmes font défaut les visions du Seigneur.
Ils sont assis par terre, taciturnes,
les anciens de la fille de Sion ; ils ont jetés de la poussière sur leur tête, ils sont vêtus de sacs ; et les jeunes filles de Jérusalem
penchent le front vers le sol.
Mes yeux sont brûlants de larmes,
mes entrailles frémissantes, mon foie s’épand à terre à cause de la ruine de la fille de mon peuple, quand défaillent dans les rues de la cité les enfants et les nourrissons.
« Où y a-t-il du pain et du vin ? »
disent-ils à leurs mères, en défaillant comme des blessés dans les rues de la ville, et en rendant l’âme dans le giron maternel.
Quel témoignage te donner ? À quoi t’égaler,
fille de Jérusalem ?
A quoi te comparer pour te consoler, 0 vierge, fille de Sion ?
Ta ruine est immense comme la mer qui pourrait te guérir ?
Tes prophètes n’avaient que visions
creuses et folles ; ils n’ont point étalé ta malice, ce qui t’aurait épargné l’exil : les oracles que, pour toi, ils reçurent en vision n’étaient que mensonge et tromperie.
Tous les passants
frappent des mains à ta vue, sifflant, hochant la tête sur la fille de Jérusalem
« Voilà la ville qu’on disait être une beauté parfaite, la joie de l’univers ! »
Contre toi ouvrent la bouche
tous tes ennemis.
Ils sifflent et grincent des dents ; « nous l’avons détruite, disent-ils, voilà le jour attendu. nous y voilà, nous le voyons ! »
Le Seigneur a réalisé son dessein,
il a mis à exécution la menace qu’il avait proférée jadis ;
il a détruit sans pitié.
A ton sujet il a réjoui l’ennemi, exaltant la puissance de tes adversaires.
Vers le Seigneur crie leur coeur.
O rempart de la fille de Sion, laisse couler nuit et jour le torrent de tes larmes
Ne t’accorde aucun répit, que ta prunelle ne cesse de pleurer !
Lève-toi de nuit, crie au début de chaque veille ; que ton coeur se liquéfie devant la face du Seigneur.
Lève tes mains vers lui pour la vie de tes petits qui tombent d’inanition à tous les coins de rue.
Regarde, Seigneur ; considère
Qui as-tu jamais traité ainsi ?
Comment ! Des femmes ont mangé le fruit de leur sein, les enfants reposant dans leur giron
Prêtre et prophète ont été massacrés dans le sanctuaire du Seigneur !
Dans les rues gisent à terre l’enfant et le vieillard ; mes jeunes filles et mes jeunes gens ont péri par le glaive, au jour de ta colère, tu as massacré, tu as immolé sans pitié.
Comme pour une fête, tu as convoqué de partout l’épouvante : au jour du courroux divin nul n’a fui, nul n’a échappé : ceux que j’avais portés et élevés, mon ennemi les a exterminés !