Bulletin de l’Ermitage

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Entre deux odyssées

Février 2009

Egoïsmes et roi des cons

mercredi 11 février 2009, par frere francois

°

Quelques nouvelles de l’ermitage en ce début Février... toujours enfouis dans la neige ( on nous en annonce encore pour demain) ...
jamais connu ici un hivers aussi rude !... j’ai même du recouper du bois !

Seul Igor est à la fête courant après les flocons et avalant des kilos de neige...il adore ça... tout comme les poissons volants !...mais dans le Vercors c’est plus rare !!!...

..en attendant l’hivers prochain que nous passerons en Antarctique... ( où il est vrai ce sera l’été)... mais si nous voulons retrouver nos manchots empereurs il faut nous hâter ...
la folie des hommes et leur poursuite effrénée vers toujours plus de consommation et de production ( encouragés en cela par des responsables-irresponsables et autres nabots à courte vue mais à l’ambition démesurée) en lieu et place de réflexion risque d’avoir leur peau...

Mais avant toute chose je voudrais dédier cette lettre à Xavier Fortin : ce père courageux qui sut avec sagesse se retirer du monde pour élever ses enfants Shahi Yena et Okwari pour qu’ils soient eux même ... et heureux.... en vérité !
Nous nous sentons si proches de cette démarche que nous avons pris contact avec eux pour les soutenir et les conforter... et les aider s’ils le souhaitent ...

Car il existe bien des formes d’ermitages de liberté pour être soi et vrai en dehors de la stupidité grégaire et "bien pensante" des soumis...... des moutons qui passent leur vie à genoux en chien bien nourris... de leur pseudo système d’éducation qui vous le savez bien ne sert qu’à trier et à formater les moutons... ou les veaux.... ( vous pourrez lire en note un compte rendu de cette affaire qui a impressionné les loupiots...) [1] [2]

Vous avez pu constater que ces mêmes Loupiots chez nous tiennent le coup... ( et ça j’apprécie) redonnant au bulletin une nouvelle vigueur inespérée...
ils sont merveilleux ces petits qui progressent à pas de géants dans tous les domaines et spécialement ceux de la connaissance : là est un des secrets de toute éducation intellectuelle : la passion et l’enthousiasme : ils auront plus appris en quelques semaines qu’en 10 ans d’éducation nationale ...et en étant un ancien cadre ...je sais ce que je dis...!!!
et en prime ils sont HEU-REUX !!!
tout le monde peut pas en dire autant par les temps qui courent !!!

Avec Jess nous avons fêté il y a peu nos anniversaires : 15 ans pour lui déjà un petit homme... beaucoup plus pour moi...( 1/2 siècle de plus)
Je m’efforce désormais de l’initier à la gestion de l’ermitage et de m’assurer qu’ après ma disparition il aura de quoi vivre de la vie d’ermite qu’il a embrassé... ( Je vais l’émanciper officiellement pour ses 16 ans)

Pas de soucis... après ma disparition il trouvera certainement en Australie ou dans quelque île de quoi vivre sa vie...
de plus le Kalliste lui appartiendra... et il pourra disposer auprès des sœurs d’Anglet de tout le soutien nécessaire...
même ...si j’en crois ses dires il ne veut pas vivre après ma disparition...
comme tout disciple "ermite" il assurera la crémation de ma dépouille et après s’évanouira aux yeux du monde... j’ai bien peur que le site disparaisse aussi...

Enfin comme dit l’autre je ne suis pas encore mort... même si ça viendra... chaque minute me rapprochant de cette échéance ultime...
Du coup je pense adopter Nat à la demande de sa maman qui lui a enfin écrit... depuis Boulogne sur Mer... elle compte revenir à la laure...mais préfère qu’il reste avec nous... ça tombe bien nous aussi !

Le Carême lui approche à grands pas cette année comme pour les précédentes ce sera l’occasion de réfléchir sur quelques notions spirituelles et mystiques... cela sortira de la sinistrose de ce monde.... car si nos dirigeants ou autres intellos parlent de crise économique (comme si un homme pouvait se réduire à un consommateur ou à un avoir), je trouve personnellement que la crise la plus grave que traversent nos contemporains est celle de la perte d’un certains nombre de valeurs qui forment l"homme et le distinguent de l’animal : tous ces qualificatifs que sont la sincérité, justice, vérité, courage, résistance, respect de l’en,gagement et de la parole donnée, liberté... bref tout ce dont manquent nos contemporains pour qui l’égoïsme est le nouveau veau d’or !
société de veaux ou de chiens bien nourris...
mais non Igor tu n’est pas de ceux là !....

On préfère faute de courage se coucher et tout accepter
pourtant vivre debout et s’opposer c’est être libre, c’est être vrai c’est être heureux
où que l’on se tourne les dés sont pipés sincérité et justice sont indispensable à la vie de toute société
du "french doctor" à l’homme politique on s’en met plein les poches
on n’hésite pas à se vendre pour un plat de lentille...
à tromper son monde par des voltes faces... comme un petit garçon égoïste aime à casser ses jouets pour en avoir d’autres... ou faire l’intéressant...
et visiblement on n’a pas les compétences nécessaire pour diriger un pays...
quand je pense que mes contemporains ont élu un président de cette trempe !!!

Car quand on a des difficultés on se doit de partager avec les moins nantis.. et changer de système
on est loin de tout cela...
et c’est pitoyable de voir ces larves élevées aux mamelles du capitalisme et du matérialisme être incapables de concevoir d’autre formes de vie sociale
dans laquelle on ne capitaliserait pas
on ne produirait pas à l’excès
on n’épuiserait pas

Inutile de se fatiguer à les convaincre...
quand à leur "démocrassouille "on sait depuis longtemps que les dés sont pipés
dire que mon grand père s’était battu pour défendre ses valeurs et sa culture ...et qu’aujourd’hui on invite les "schleus" a tenir campement en Alsace !

...vous n’aurez pas l’alsace et la lorraine chantait-il...
combien sont morts pour rien ?

et je parle pas des appels à la délations qui nous font retomber aux temps de la république de Venise...d’ailleurs nous en avons déjà les sinistres cachots... et des expulsions qui feraient rougir d’envie le régime de Pétain

il conviendrait de réinventer une société un monde...où la prison serait exclue...et la démocrassouille aussi...
tout autant que les dépenses militaires que malgré la crise on nous impose
et que dire des massacres que sans rien dire l’occident accepte à Gaza pour défendre ses intérêts financiers !

ou de nos fantoches de dirigeants qui se vautrent à Bagdad aux pieds de ceux qu’ils condamnaient naguère... et qui ventripotent gavés de hamburgers
tout ça pour des sesterces !...plein de sesterces...pour produire et poluer !

Nous nous partirons ...qu’ils se bouffent comme des crabes ou crèvent d’indigestion car nous savons que l’essentiel est ailleurs et que la planète est encore vaste
j’en profite pour saluer nos amis des îles et de Guyanne qui eux ont le courage que les occidentaux n’ont plus !

Peut-être faurait-il un retour à l’éthique ou à la morale ?

L’éthique fait en sorte que l’infini du désir bute sur une limite, celle de la raison ou de la dignité de l’Autre, qui "tient en respect" vécue comme une reconnaissance réciproque, n’est-ce pas là que se situe la naissance de l’homme et le différencie de l’animal ?

L’homme actuel ( MON choix, MON corps..., MA famille), ne semble plus apte à recevoir l’Autre déplaçant la transcendance pour la loger dans sa propre subjectivité....

La morale est un code de société destiné à permettre la survie de la société, alors que l’éthique est un code individuel destiné à permettre la survie de l’individu, y compris dans sa société lorsqu’il y a conflit.
Encore que certains soutiennent que ce peut être l’inverse parce que depuis les Grecs, personne n’a pu définir clairement ce que Max Weber distingue entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité.

Bien sûr il y a les nombreuses éthiques "religieuses" mais pour Ludwig Wittgenstein dans le Tractatus logico philosophicus, l’éthique et la logique sont transcendentales, l’éthique et l’esthétique sont un : force, sagesse, beauté.

La morale est une exigence constitutive de l’homme, condition de réalisation d’une volonté dans le risque, tandis que l’éthique renvoie à un ensemble de valeurs idéologiques hiérarchisées.

La morale juge l’action des hommes dans les sociétés à l’aune d’un système de valeurs transcendantes : l’exemple de Créon/Antigone démontrant que ce mot ne renvoie pas à une quelconque divinité. Simplement il y a une Loi au-dessus de la loi

L’éthique, elle, jauge les conduites de hommes et des sociétés ; c’est une attitude questionnante et non normative ; elle se situe dans une perspective historique, subduction du passé, du présent, et du futur immédiat et lointain ;
l’éthique ne prétend à aucune vérité absolue, et, en ce sens, elle est a-morale, elle représente une instance culturelle essentielle, toujours en éveil, pour apprécier les comportements, en fonction de nos moyens de connaissance actuels, en premier lieu de la science fondamentale, c’est-à-dire celle qui cherche à comprendre.

Si nous refusons la démarche qui utilise l’éthique comme un pion avancé de la morale, comme une tête chercheuse qui rabattrait les conduites sur un système de valeurs, cela signifie - de même que la spiritualité ne nécessite ni la foi ni la religion - que l’éthique ne contraint pas à l’attache morale. La pratique d’une éthique autonome et critique laisse, comme le souhaitait Spinoza, à la conscience de chacun de décider pour lui, soit de ses choix moraux, soit de sa position, de sa morale.

Cette éthique s’oppose cependant aux passions qui caractérisent nos comportements compulsifs actuels... elle impose réflexion et raison...

Le mot passion renvoie à pâti et à pathos : s’agit-il alors d’être patient ou de souffrir ?
E. Kant y voyait une maladie ensorcelée et incurable.
Les romantiques au contraire exaltaient les passions, qui doivent prévaloir sur les lois et les règles sociales...

Nous pouvons constater aujourd’hui, dans une société complètement soumise à l’émotionnel « audimatiste », combien cette posture produit de dégâts. C’est bien ce que Hegel avait pressenti en voyant dans la passion une ruse de la raison qui permettait ainsi un mode de domination feutré.
En effet, polarisée sur un seul objet, la passion entraîne une perte de sens critique et conduit donc à la servitude... dont Étienne de La Boétie pensait qu’elle est volontaire.

Enfin, la passion peut se sublimer aussi bien dans le mal que dans le bien dans le jeu ou la philanthropie...

La soi-disant « sagesse des Nations » est prise en défaut lorsqu’elle reproduit des formules mal digérées du type « Rien de grand ne s’est accompli sans passion », ou encore : « L’homme est un loup pour l’homme » - formules qui laissent sceptiques bien des anthropologues sur la pertinence de tels propos.

Que dire alors de la sagesse ?

Certes, depuis les Grecs, la philosophie est l’Amour de la sagesse. Mais...

La sapientia est intelligence, jugement, prudence par la connaissance des choses mais qui induit la pleine connaissance de soi...
L’ataraxie, l’absence de trouble de l’âme obtenue par l’extirpation des passions’, est une sereine impassibilité voire une indifférence au monde, au mondain, au siècle, à l’événementiel, à cette immédiateté actuelle qui nous repaît/gave, et il faut alors savoir jongler dans cette virtuosité intra- et extramondaine ....

En ce qui concerne l’éthique, nous rencontrons bien souvent une inversion de sens entre le sens commun et le sens philosophique. Mais comme le nomadisme des concepts est la norme dans notre société, cela est effroyablement banal - d’où la confusion constante entre morale et éthique... Les journalistes, suivis mimétiquement par les hommes politiques et tous les Haut-Parleurs de l’audimat, empruntent des concepts aux sciences sociales et ceux-ci sont vidés de leur sens alors que chacun croit qu’il porte sa propre compréhension.. Aussi, pour moi, ici et maintenant, l’éthique se distingue de la morale.

En sociologie, depuis le père fondateur Émile Durkheim, la morale est la science des moeurs : « (...) chaque peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions dans lesquelles il vit. » Ce n’est pas, bien entendu, le sens que Kant donne à la loi morale... et encore moins la capacité de l’homme à déterminer quel est le Bien ou la Fin de l’être... le plaisir, le bonheur, la liberté, accepter son karma et obéir au dharma (la loi universelle) ou accomplir le dessein du Créateur.

L’éthique est une ascèse et une herméneutique qui peut induire une conduite de vie, une orthopraxie, alors que la morale est déterminer quel est le Bien ou la Fin de l’être... le plaisir, le bonheur, la liberté, accepter son karma et obéir au dharma (la loi universelle) ou accomplir le dessein d’un Créateur....d’un Absolu transcendant

L’éthique est une ascèse et une herméneutique qui peut induire une conduite de vie, une orthopraxie, alors que la morale est une pratique appliquée qui n’est pas liée à la recherche métaphysique mais à l’ordre social, c’est-à-dire à la survie de la société qui la produit. Et donc Karl Marx peut alors légitimement parler de praxis...

La morale est donc un des objets (d’étude) de l’éthique et non pas l’inverse.

La finalité et la finitude de la vie, le fondement du devoir et du « ministère », la nature du Bien et du Mal et donc l’idéal, y compris de la Cité idéale oscillant entre Babylone la putain et la Jérusalem céleste, font parfois se rencontrer éthique et morale. Mais que l’on ne s’y trompe point : elles ne sont pas sur le même registre et elles ne sont pas interchangeables.

Un exemple contemporain me désole, c’est pourtant un fait social : nous entendons parler de « culture » et de « liberté » de l’entreprise alors que l’éthique marchande appauvrit les relations humaines et induit une éthique au rabais : l’échange marchand est en effet hubris, démesure due à une irrépressible pulsion, celle d’avoir plutôt que d’être.

Le marché n’est pas un don/contredon, il est un marché de dupe car l’objet que j’achète « librement » n’inclut plus le contre-don puisqu’il M’appartient. D’où le culte du dieu Mammon qui nous rend esclave de l’argent, idolâtrie suprême de notre société qui ouvre les « super-markets » le jour du Seigneur et qui a transformé les zones commerciales à l’entrée de nos villes en lieux de socialisation sentant la frite et le hamburger. « Et elle n’a pas compris que c’est moi qui lui donnais blé, vin nouveau, huile fraîche. Je lui prodiguais de l’argent et de l’or et ils l’ont employé pour Baal... » (Osée 2, 10).

Et Salluste dans La conjuration de Catilina écrivait : « On vît croître d’abord la passion de l’argent puis celle de la domination et ce fut la cause de tout ce qui se fit de mal. »

Nihil novi sub sole !

L’éthique, comme ascèse et herméneutique donc comme orthopraxie, s’affirme en s’opposant aux penchants naturels par l’ouverture à des impératifs abstraits mais producteurs de valeurs : le respect de l’Autre, l’équité, peut-être même la vérité.

Le détour vers l’altérité radicale - dont Dieu le Tout-Autre est la figure emblématique et autrui le visage - n’intéresse pas celui qui ne s’intéresse qu’à lui-même.
Pourtant l’homme reçoit de l’autre, que celui-ci prenne la forme des Ancêtres, de la Terre-Mère, des dieux, de Dieu ou du ça... mais l’homme de la postmodernité (la Tradition primordiale, la Révélation ou l’Évangile y sont en option ou en promotion au « super-market » des biens religieux, sans oublier le « ethnic shoping » !) déplace la transcendance pour la loger dans la subjectivité du sujet qui se croit autonome alors qu’il n’est qu’un client potentiel.

La transcendance devient alors immanente. Le sujet post-moderne n’a plus le loisir ni le désir de recevoir l’Autre puisqu’il est lui-même une totalité « Je fais ce que je veux, c’est mon choix, c’est mon corps... ».
Il a Droit à la jouissance immédiate. Il est saturé d’images, de sons, de nourritures sucrées, de sexe, d’information. Aussi, comme l’ont magnifiquement démontré Pierre Legendre et
Emmanuel Lévinas, « l’amour du censeur » crée une âme d’esclave...

L’homme est devenu une marchandise comme les autres.

La conséquence nouvelle tient à l’apparition de nouvelles formes de violence incontrôlable : la violence sans cause et la violence sacralisée comme réponse insupportable, incompréhensible, inadmissible au monde nanti/gavé et irresponsable qui ne veut rien partager.

Alors, que faire ?

Si l’éthique de conviction imprègne cette analyse, l’éthique de responsabilité implique une solidarité avec l’Autre, l’autre de moi-même, mon autre, la terre tout entière dont je suis responsable.

Quant au Tout-Autre, j’ai parfois l’impression que, accablé par Sa créature, il nous a abandonnés à notre triste sort. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné ? » Effectivement cette question me taraude depuis longtemps comment Dieu après Auschwitz et... Hiroshima

Eli, Eli, lema sabachtani !

Il nous avait pourtant envoyé des signes (`aylnt comme dit le Coran) mais nous les avons négligés et pour avoir violé les lois noachites, nous avons eu la vache folle : « Tu ne mettras pas le pur avec l’impur, le carnivore avec l’herbivore... »

L’irréparable est-il à l’oeuvre ? L’absence de Dieu d’un monde voué à la malfaisance par son retrait entraîne-t-elle l’impossibilité de tout espoir ?

Il nous faudrait enfin élucider la fatalité de la perte de l’homme et, pour ce faire, sortir de la peur de l’Autre qui n’est que le simulacre de notre propre peur, de notre propre fin.
Ultime aporie d’une Histoire que nous faisons entrer dans des catégories que nous ne maîtrisons pas. Mais si cela nous rendait enfin libres, libres de choisir en ayant conscience que l’humanité peut se perdre et que pourtant il faut la sauver.

Car - comme le disait le rabbi Nohman de Braslav - il est interdit de désespérer ! Il nous reste toujours le principe Espérance dans l’attente d’un monde où régnerait enfin l’Esprit.

Que pourrait être une véritable spiritualité laïque, c’est-à-dire dégagée de la doxa des institutions magistérielles, qu’elles soient religieuses ou politiques, pour un XXIe siècle solidaire de toute l’humanité et non pas repliée sur ce bout du finistère de l’Eurasie comme, hélas ! l’ont choisi - volens nolens - les Français peureux et apeurés... eux qui avaient proposé au monde entier l’universalité de leurs valeurs...

Jusqu’à quand les hommes refuseront ils de comprendre que l’unicité de l’Être, par-delà ses nominations contradictoires mais conjoncturelles, historiques, culturelles, arbitraires, n’est que le reflet de l’extraordinaire unité de l’être humain, de l’être-là, par-delà ses différentes manifestations culturelles et historiques, donc contingentes.

Seuls la modestie lucide, le refus de l’ethnocentrisme, de la paranoïa et de l’arrogance universaliste du narcissisme nationalo-jacobin ou celui d’Églises ayant la prétention au monopole du Salut, conjugués au « catastrophisme éclairé » selon le mot repris à Hans Jonas, pourront nous permettre de conjurer ce mal suprême qui consiste à ne voir dans l’Autre qu’un ennemi potentiellement dangereux pour « l’entre-nous » alors que seule la différence enrichit l’humanité...

( Bruno Etienne à l’inauguration de l’espace éthique protestant)

Voilà de quoi méditer durant ces deux semaines qui nous séparent du Carême

Portez vous bien...et merci de demeurer si nombreux

bien fraternellement

ff+


You Tube étant lui même de plus en plus atteint par la "maladie du gain" et les peurs qui l’obligent à "censurer" à tour de bras, les excellents clips de RyanGolddRedux ne sont plus disponibles ...donc pour nous pas de musique aujourd’hui...et des tas de "trous" dans les articles passés ;
Le net a été créé pourtant pour ce genre d’échanges "libres et culturant", nos dirigeants s’emploient à le transformer en un "minitel" payant...là aussi si personne ne réagit tout le monde retournera chez le disquaire pour écouter sa musique dans son coin... c’est moins enrichissant...ça ils s’en foutent pourvus qu’ils aient des gourmettes et des Rollex pleins les bras ...
Là aussi sans réaction...votre ordinateur se résoudra bientôt à une ou deux chaînes style TF1...

Pour réagir ou questionner ( et être éventuellement publié) il suffit de m’écrire à rmitte@free.fr


[1Exclusif. Disparus de l’Ariège : "Nous sommes des garçons comme les autres"
Ils ont été retrouvés dans l’Ariège.

Après 11 ans de clandestinité, Manu et Théo parlent de leur parcours pour le moins atypique. Photo DDM, Thierry BordasIls sont jeunes, beaux, branchés et très malins. Et ils nous ont ouvert les portes de leur maison, en pleine forêt d’Ercé, sur les hauteurs de Massat. Manu et Théo ont tellement changé d’identité qu’ils ont du mal à retrouver les réflexes orthographiques d’Okwari et Shahi-Yena. En amérindien, le premier signifie ours, le second homme proche de la nature. Une prédestination ? En tous les cas, les deux garçons de 17 et 18 ans précisent qu’ils sont bien à l’origine de ce choix de vie « certes marginale mais heureuse ». Et entendent rendre hommage à l’éducation que leur père leur a donné. Ils ont accepté de parler, d’une seule et même voix de leur mode de vie, de leur adolescence rocambolesque et finalement de leur banalité. Des garçons comme les autres en somme qui ont un téléphone portable, un ordinateur, des petites amies. Mais qui ont appris l’école de la vie beaucoup plus tôt que les autres. Et proposent à ceux qui ont envie de réagir de le faire sur l’adresse mail suivante : media.fevrier@gmail.com


« Nous sommes des garçons comme les autres »
« Aujourd’hui, nous allons bien, très bien, nous sommes heureux d’avoir retrouvé la famille. Sauf que notre père est en prison. »

« À vrai dire, nous nous étions préparés à cette interpellation. Nous avions même planifié, une fois Manu majeur, de revenir au grand jour. On voulait sortir de la clandestinité, on savait que notre père serait incarcéré mais on avait pour objectif de relancer la procédure avec deux témoignages irréfutables à l’appui : les nôtres. Ce qu’on avait décidé tous les trois d’un commun accord c’est que si jamais nous étions découverts, et cela fait un an qu’on s’est un peu relâché, nous ne repartirions pas en cavale. Quitte à ce que Manu passe un peu de temps dans un foyer. Or, le jour fatal est arrivé un peu vite. »

« On changeait de lieu souvent et autant de fois de prénom, on a vécu dans le Lubéron, les Cévennes, le Vaucluse, l’Hérault, chez des amis, dans des communautés. On a pris tout cela comme un jeu au départ, car on l’avait choisi. Mais il y a quand même des inconvénients à vivre en clandestinité, on ne peut pas être salarié, Théo n’a pas pu passer son permis de conduire. On ne peut pas voyager à l’étranger, on est obligé de mentir aux gens qu’on aime bien, on ne peut pas établir de rapport de confiance ou très peu. On a fait le deuil de ne pas pouvoir dire la vérité à tout le monde. »

« Nous n’étions pas désocialisés. On a rencontré une quantité incroyable de personnes, c’était très enrichissant. D’ailleurs, la preuve : nos amis aujourd’hui ont au minimum 22, 23 ans. On sort à Saint-Girons dans les fêtes, on a participé à des foires médiévales, on a même avec notre père ouvert une ferme biologique avec trente chèvres, trente cochons… »

« Notre père est professeur et jusqu’à nos 16 ans, il nous a scolarisés à domicile. Il avait acheté des manuels sur toutes les matières et tous les matins de 8heures à midi, c’était math, français, anglais, sciences naturelles… On a bénéficié d’une éducation exemplaire et exceptionnelle et on ne sera jamais assez reconnaissant envers notre père. Mais en plus de la formation académique, on a acquis énormément de connaissances, sur le terrain, on a appris à faire du fromage de chèvre quand on était dans les Cévennes, on a vécu dans un parc ornithologique et on connaît tout sur les oiseaux. On a fait des formations informatiques également. Manu a obtenu sa licence de cavalier, il a passé ses cinq premiers degrés dans l’attelage et le débardage, il a juste donné son identité à l’oral, et il a pu passer sa formation en étant nourri logé chez un éleveur agréé. Théo, quant à lui, a travaillé de manière non déclarée sur des chantiers. Maintenant que nous avons fait nos papiers d’identité, on va penser aussi à se remettre à niveau sur certains sujets. »

« Pendant ces onze ans, il ne s’est pas passé un seul jour sans qu’on ait eu la possibilité de recontacter notre mère. Notre père nous a obligés à lui écrire souvent, elle ne nous a jamais répondu. Et c’est nous qui avons demandé, un soir en pleurs à notre père de nous garder. On a toujours vécu dans ce milieu certes marginal mais heureux et dans une famille soudée. Quand les relations entre nos parents se sont détériorées, on avait sept et huit ans, notre mère nous a extraits de ce mode de vie, tout d’un coup, on ne pouvait plus voir notre père, notre mère travaillait donc on ne la voyait plus non plus, on vivait en appartement aux Adrets et on avait une nounou. »

« ça nous a traumatisés. On a souffert de maladies psychosomatiques, on passait notre temps chez le médecin. J’ai été couvert d’eczéma, on était stressé. Pendant les vacances de Noël 1998, notre père a eu le droit de nous voir. On est parti avec lui et on n’est plus jamais retourné aux Adrets, c’était le début de la clandestinité. Mais à cet âge, il n’est pas possible de faire un choix entre le père ou la mère, on a juste opté pour la vie qui nous avait rendus le plus heureux. »

« Pour l’instant, ce qui nous importe c’est faire sortir notre père de prison. On en profite pour rattraper le temps perdu, renouer les contacts avec notre mère, Nicolas, notre frère aîné, toute la famille. Tout se pardonne, on repart à zéro. Aujourd’hui, on ne regrette rien, on va forcément se réinsérer dans le système en ne reniant rien de notre vie, on compte trouver notre propre style de vie, nous sommes ouverts à toutes les possibilités. »

« Nous avons envie de dire à ceux qui pensent que nous sommes des Mowgli des temps modernes que nous sommes dix fois plus évolués et matures que des jeunes de notre âge. Qu’en 11 ans de clandestinité, nous n’avons jamais manqué de rien. Nous ne découvrons pas la société, on la côtoyait déjà, on a toujours eu tout ce qu’on voulait. »


Sur les traces de Xavier Fortin, père clandestin
RÉCIT. Depuis décembre 1997, Xavier Fortin et ses fils en fuite ont évité plusieurs fois les forces de l’ordre lancées à leur poursuite. Jusqu’à l’arrestation du père, vendredi 30 janvier.
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Xavier Fortin ? « Un homme très correct, très cultivé », assure Jean-François, 64 ans.

En 1998, cet agriculteur retraité a hébergé pendant six mois, sur un de ses terrains à Peguilhan (Haute-Garonne), le père en fuite avec ses deux fils.

« En échange, il me faisait des bricoles, ou me gardait les moutons. Un ami me l’avait amené. Il m’a raconté son histoire. Je n’ai pas à juger…Un homme irréprochable. Avant son divorce, il était instituteur itinérant : il allait dans les écoles montrer des animaux. Après, il s’est caché. Ses fils, il n’avait que ce souci. Le matin, il leur faisait le travail scolaire. L’après-midi, c’était la nature. »

L’agriculteur s’interroge : « J’entends dire qu’ils sont asociaux. Mais c’est la société qui est à côté d’eux ! Ces gosses sont d’une correction…Et beaux ! Leurs parents ont dû s’aimer au moins deux fois. »

Et puis, à l’été 1998, un gendarme parti aux champignons découvre sa caravane dans les bois, et le dénonce.

« Alors là, les gendarmes ont déboulé comme pour un assassin. »

Mais Xavier et ses fils réussissent à s’enfuir. La cavale dure ainsi pendant onze ans.

A 600 km de là, Catherine Martin, la mère, employée dans une association varoise, cherche ses fils.

Elle y passe « tout son temps libre, la moindre seconde, avec ses pauvres moyens », soupire son avocat, Me Renaud Arlabosse.

« Elle a été escroquée par de pseudo enquêteurs, qui la mettaient sur de fausses pistes », déplore l’avocat.

Et quand « les autorités arrivaient, c’était toujours avec 24h de retard…Il bénéficiait d’un réseau, qui lui procurait une petite logistique. »

Catherine a connu Xavier Fortin à la fin des années 80, en Normandie. Deux garçons naissent, aux prénoms amérindiens : Shahi Yena en 1990 et Okwari en 1992. Catherine a un premier fils d’une précédente union, que Xavier Fortin reconnaîtra, en juillet 1996.

D’après l’enquête judiciaire, « le couple vivait selon un mode atypique, en caravane entre la Normandie et les Cévennes, se déplaçant avec leurs animaux ».

Juin 1996, ils se séparent. « Elle ne voulait plus de ce mode de vie alternatif », affirme Me Arlabosse.

Le juge aux affaires familiales fixe d’abord la résidence des trois enfants chez le père.

Janvier 1997, premier accroc : la mère ne les rend pas après un droit de visite. Pour le magistrat, une situation de fait s’est créée.

Et, bien que Catherine Martin n’ait pas respecté l’arrangement, il change, provisoirement, la résidence et la fixe chez la mère.

Xavier le vit forcément comme une injustice.

Le 29 décembre 1997, à son domicile des Adrets de L’Estérel (Var), Catherine lui confie les deux enfants. Elle ne les reverra plus, et dépose plainte, le 6 janvier 1998.

Xavier écrit au Parquet de Draguignan : ils « couraient de grands risques auprès de leur mère ».

« En réalité, il était très déçu qu’elle ne partage plus son mode de vie », affirme Me Arlabosse.

Fin avril 1998, un mandat d’arrêt est délivré.

On détecte leur trace à Sansan (Gers). Ils en sont partis fin 1997, à bord d’une bétaillère que les gendarmes retrouvent le 20 août, à Peguilhan, chez Jean-François.

A leur approche, « deux enfants de six et huit ans prenaient la fuite dans les bois », note le réquisitoire définitif. Encore raté.

Pendant ce temps, Xavier reçoit son courrier à Livet-sur-Authou (Eure), à la résidence secondaire de ses parents.

Son père a une boîte postale pour le joindre, mais refuse de la donner aux enquêteurs. Il retire de l’argent pour Xavier, qui perçoit l’allocation de solidarité spécifique, et une association fait le lien : sa présidente, F.H., le lui remet en liquide.

Par son intermédiaire, la justice propose à Xavier de ramener les enfants, lui assurant qu’il restera libre. Il refuse.

Après un reportage dans « Sans aucun doute » (TF1) en janvier 2000, leur trace est évoquée dans l’Ain, le Tarn-et-Garonne, le Gard, le Gers, l’Hérault, l’Eure…Une parente de F.H. les héberge dans le Vaucluse, de novembre 1998 à juillet 1999. Le père se fait appeler Mickaël, les fils Jean-François et Michel.

Une simulation d’évolution morphologique est effectuée, pour vieillir de quatre ans leurs photos. Mais ils restent introuvables.

En 2002, la justice retire l’autorité parentale à Xavier Fortin.

Le 7 janvier 2005, le tribunal correctionnel de Draguignan le condamne, en son absence, à deux ans de prison ferme, pour « soustraction d’enfants par ascendant ».

Son amie F.H. écope de trois mois de prison ferme, pour « complicité de non-représentation d’enfants ».

Une peine réduite en appel à douze mois avec sursis. F.H. explique qu’elle voulait « apporter une aide aux enfants » et que la mère, « certes victime finale, n’était pas sans responsabilité, puisqu’elle n’avait pas respecté les décisions de justice et qu’elle avait brutalement rejeté le mode de vie atypique de son ancien compagnon, auquel elle avait adhéré pendant dix ans ».

Arrêté vendredi 30 janvier, Xavier, 52 ans, s’est présenté lundi devant le tribunal de Draguignan comme éleveur, selon Var-Matin : « Nous avons des chèvres, des brebis, des poneys, des ânes et des volailles. Nous nous contentons de 180 euros par mois. »

Ses fils ? « Je leur ai donné une bonne éducation. J’ai suivi le programme de l’Education nationale, strictement. Je suis tout de même compétent. » Il est titulaire d’une maîtrise en biologie. « On a décidé tous les trois qu’on ne fuirait plus, pour que toute la vérité soit faite. »

Sur les faits, il en est resté à ses justifications antérieures : « J’ai été obligé de les emmener. Sinon, c’aurait été de la non-assistance à enfants en danger. »

Ayant fait opposition à sa condamnation, Xavier Fortin sera jugé le 17 mars. Dans l’attente, il reste en détention.

Son avocate, Me Carole Ciccione, a plaidé qu’il ne tenterait plus de s’évanouir dans la nature, mais « le risque de fuite est trop important », pour le substitut Laurent Robert.

La mère a fait savoir qu’elle renonçait à sa constitution de partie civile.

Selon un magistrat, « elle vient de retrouver ses enfants et n’a pas envie de créer les conditions d’une nouvelle séparation ».

Les fils lui reprocheraient d’avoir envoyé leur père en prison. Et lui ? malgré la détention, « pour Xavier, c’est une libération », assure Jean-François, l’agriculteur.

MICHEL HENRY

UNE CAVALE COMMENCÉE IL Y A ONZE ANS

Après onze ans de vie clandestine avec ses deux fils, Xavier Fortin, 52 ans, a été arrêté vendredi 30 janvier à Massat (Ariège). Il est depuis incarcéré dans le Var, dans l’attente de son procès à Draguignan, le 17 mars, pour « soustraction d’enfants par ascendant ».

Il avait été condamné à deux ans de prison ferme par défaut en 2005. En janvier 1998, Xavier Fortin n’avait pas rendu les deux enfants à son ex-compagne et vivait sous des identités d’emprunt, avec le soutien d’un réseau.

Désormais âgés de 17 et 18 ans, Shahi Yena et Okwari se portent bien et ne mettent pas en cause leur père. Ils étaient en Corse lorsqu’il a été interpellé. Ils ont revu leur mère dimanche, pour la première fois depuis onze ans. Ils vivent d’élevage et ne souhaiteraient pas quitter les Pyrénées.

[2Théo et Manu, enlevés par leur père : "On est juste victimes d’une histoire de couple partie en sucette"
enlèvement, disparition, xavier fortin, ariège, var, Massat
Par La rédaction du Post
le 13/02/2009, Les deux fils de Xavier Fortin, poursuivi pour "soustraction de mineurs" et retrouvé en Ariège, parlent à coeur ouvert...

Ils vont bien.

’Théo’ et ’Manu’ Fortin, les fils de Xavier Fortin (photo Thierry Bordas pour Paris-Match).

Théo, 18 ans, est un manuel : taille de pierre, maçonnerie, couverture et charpente n’ont pas de secret pour lui. Il aime la musique et la voltige, selon Paris-Match.

Manu, 17 ans, veut devenir cocher professionnel. Il prend des cours d’informatique, fait du fromage de chèvre et se passionne pour les plantes, précise Paris-Match.

Leur mère les a cherchés pendant 10 ans.

Elle ne les a retrouvés qu’il y a une quinzaine de jours...

Xavier Fortin les a enlevés à leur mère en 1998. Interpellé à Massat, il est actuellement détenu à Draguignan, dans le Var, où il sera jugé le 17 mars pour "soustraction de mineurs."

Théo et Manu se sont confiés à Paris-Match, et sont revenus, à coeur ouvert, sur une jeunesse atypique :

Les jours heureux du cirque Ohwaa
Shahi Yena et Okwari (leurs ’vrais’ prénoms ndlr) mènent une existence "marginale, mais soudée et harmonieuse" : leurs parents ont deux caravanes, deux camions et deux remorques, selon Paris-Match.
"Ça s’appelait le cirque Ohwaa. On voyageait entre la Normandie et les Cévennes. (...) On adorait leur mode de vie atypique : les animations, les chevaux, les chiens, le vivarium, les reptiles..." se souvient Théo dans l’hebdomadaire.
Un mode de vie qui, peu à peu, plaît de moins en moins à la mère de famille, qui comprend que leur père ne voudra jamais se sédentariser...

Le divorce
Shahi Yena et Okwari ont 6 et 7 ans quand leurs parents, Xavier et Catherine, se déchirent. C’est leur mère qui obtient leur garde.
Direction le sud, aux Adrets-de-l’Esterel, où ils partent vivre près de leur grand-père maternel. Finie la vie de bohème.
"On a reproché à notre mère d’avoir abandonné ce style de vie. C’était comme une trahison" dit Manu à Paris-Match.
"On la voyait très peu, on tombait sans arrêt malades, c’était l’ennui total" ajoute Théo.

Le tournant
Noël 1997 : Shahi Yena et Okwari partent chez leur père pour les vacances et n’en reviendront pas.
"On l’a supplié de nous garder avec lui" s’accordent-ils à dire au magazine.
C’est le début d’une cavale de plus de 10 ans....
"Il s’est constitué une base financière. Mais on n’avait pas prévu ça, on pensait que ça allait se tasser" dit Théo à Paris-Match.

La cavale
Sud-ouest. Début 1999 : les garçons et leur père sont dans une ferme du sud-ouest, quand la police débarque.
"On a fui dans les bois. On avait prévu le coup avec notre père, en cas de pépin. On l’a attendu une heure interminable, puis il a réussi à s’échapper et nous a rejoints" se souviennent-ils dans les colonnes de Paris-Match.
Ils déménagent dans la nuit pour le Vaucluse et vivent quelques mois chez une amie de Xavier Fortin.
"On a changé une première fois d’identité. On cherchait des prénoms qui nous plaisaient. Au début, c’était un jeu. Puis c’est devenu indispensable, une survie, la seule solution pour rester avec notre père" confient les garçons à Paris-Match.

Vaucluse : le trio vit dans un pavillon et a 1 hectare de jardin. Leur père vit de petits travaux. Le pavillon est vite repéré par les gendarmes. Départ.

Carpentras : Théo, Manu et son père passent un an en ville, dans une maison, chez une assistante sociale à la retraite.
"Il y avait un peu partout des gens qui nous soutenaient, des filières discrètes qui nous ont hébergées, des amis d’amis qui nous recevaient. Sans eux, on était persuadés de se retrouver à la DDASS ou dans un foyer. Pire, repartir pour une vie ennuyeuse chez notre mère" disent les jeunes hommes à l’hebdomadaire.
Au bout d’un an donc, re-départ.

Cévennes : ils y passent 4 ans, entourés d’animaux en tous genres : singes, ânes, chèvres, chevaux, ...Leur père leur fait la classe chaque matin de 8h à midi.
"Il nous a fait suivre le programme normal. J’étais bon en littérature, Manu en maths" explique Théo à Paris-Match. Puis, direction le Gard.

Gard : ils vivent un an et demi dans un parc ornithologique de 4 hectares. Théo a 14, Manu 13 ans. Fin 2005, ils regardent une émission sur M6 "Affaires de famille" qui montre leur mère qui les recherche.
"On a su que notre mère nous recherchait. Mais on a été déçus. Elle sortait de chez le coiffeur, elle était entrée dans le système bourgeois" dit Théo à Paris-Match.

Repérés, ils quittent les lieux et se cachent 3 semaines dans la montagne.
"On a campé sous une tente, au pied d’un chêne. On est ainsi devenus la famille Duchesne (nom d’emprunt de leur père ndlr)" dit Manu.

Ariège, Massat : quarante hectares, trois granges, cinq maisons à retaper et beaucoup d’animaux. Les deux garçons prennent leur indépendance, ils sortent en ville, font la fête comme tous les jeunes de leur âge.

Mensonge
Manu explique à Paris-Match que lui et son frère ont dû mentir et dire, quelquefois, que leur mère était morte : "Un deuil symbolique" dit Théo à Paris-Match, "Parfois, on se confiait, les vrais amis étaient au courant de tout" complète Manu.
"On a appris à passer inaperçus (...) Les contrôles de gendarmerie, on assurait bien ! On embrouillait, tout sourire et très naturels, en disant des trucs comme : ’Ah ! Mais on connaît vos collègues de tel endroit !"

Leur mère
Théo a failli l’appeler l’été dernier. "Mais Manu est encore mineur, j’ai eu peur qu’il ait des ennuis. C’est vrai, on en avait un peu marre de devoir mentir aux gens qu’on aime, de n’avoir aucun papier d’identité, de ne pouvoir travailler qu’au noir, de ne pouvoir suivre aucune formation. Aujourd’hui, nous pouvons expliquer les choses à la justice, lui dire que des souffrances et des erreurs, il y en a eu des deux côtés. Manu et moi, on veut maintenant avancer" s’accordent-ils à dire à Paris-Match.

Maintenant
Théo et Manu disent à Paris-Match qu’ils ne vivent plus avec leur père depuis 3 ans.
"On le voit le week-end" disent-ils.

"On est juste victimes d’une histoire de couple qui est partie en sucette" résument, à leur manière, les deux frères, avant de se remettre à leurs activités respectives.