Bulletin de l’Ermitage

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La Pensée de René Girard (3)

La fin du mécanisme victimaire : c’est le Christianisme !

mardi 15 juillet 2003, par frere francois

En résumé , ce que nous avons énoncé au cours des deux premiers articles c’est que la théorie du bouc émissaire selon René Girard est proche du mythe de Narcisse qui préfère rester amoureux de son image sans le savoir plutôt que d’aller vers Echo.

Cette théorie montre que chez tout être humain vivant en société un désir s’instaure, une rivalité se crèe, un violent conflit menaçe la cohésion du groupe dans lequel il évolue, ou de la société toute entière,ayant pour objet la possession d’une même entité.... conflit qui engendre une violence latente et qui ne peut se résoudre que par le sacrifice d’une victime innocente, un meurtre donc, possible dès que deux ou plusieurs individus s’entendent pour désigner un seul et même coupable (personne ou ethnie) rendu responsable de la tension ou du conflit.
Cette victime passera plus tard pour sacrée, car elle sera responsable du retour au calme....

"Le sacré, c’est la violence " nous dit René Girard.

Ce qui pourrait sembler anecdotique éclaire la quasi-totalité des comportements individuels et collectifs (de la simple jalousie jusqu’à l’holocauste) et ceci depuis l’aube de l’humanité jusqu’à nos jours.

Les premières sociétés ont donc résolu les crises mimétiques en prenant une victime innocente - un bouc émissaire- et en la chargeant de tous les maux et péchés du groupe ,puis en la sacrifiant.

Progressivement, des simulacres ont remplacé les meurtres réels : ainsi sont nés les rites des religions primitives païennes.
Si de nos jours, les hommes n’ont plus recours aux sacrifices rituels, ils se sont toujours entendu pour trouver des boucs émissaires (colonialisme, nazisme, stalinisme, la guerre...) et la violence n’a jamais cessé.

Selon Girard, la civilisation, la culture humaine reposent donc sur le meurtre, sur le mensonge, et sur la dissimulation de ce meurtre.
Sans ce meurtre, l’homme ne se serait pas développé tel qu’il est.

"On ne veut pas savoir que l’humanité entière est fondée sur l’escamotage mythique de sa propre violence, toujours projetée sur de nouvelles victimes. Toutes les cultures, toutes les religions, s’édifient autour de ce fondement qu’elles dissimulent, de la même façon que le tombeau s’édifie autour du mort qu’il dissimule. Le meurtre appelle le tombeau et le tombeau n’est que le prolongement et la perpétuation du meurtre. La religion- tombeau n’est rien d’autre que le devenir invisible de son propre fondement, de son unique raison d’être. " Autrement dit, l’homme tue pour ne pas savoir qu’il tue. "(...) Les hommes tuent pour mentir aux autres et se mentir à eux-mêmes au sujet de la violence et de la mort" .

René Girard voit dans les mythes ce même mécanisme archétypal qui pousse les hommes à dissimuler leur violence..
"La volonté d’effacer les représentations de la violence gouverne l’évolution de la mythologie. "
Les textes mythologiques auraient été transformés successivement afin d’effacer leur origine violente, meurtrière. Il s’agit bien donc d’une censure.
... derrière le mythe, il n’y a ni de l’imaginaire pur, ni de l’événement pur, mais un compte rendu faussé par l’efficacité même du mécanisme victimaire, mécanisme qu’il nous raconte en toute sincérité mais qui est forcément transfiguré par ses conteurs qui sont les persécuteurs.
Les persécuteurs n’étaient pas lucides ; ils croyaient les victimes réellement coupables.

Prenons par exemple, le mythe d’Oedipe.
Parce qu’il a tué son père et couché avec sa mère, les hommes rendent Oedipe responsable de la peste qui sévit dans la ville....
Faux ! écrit René Girard,
les hommes ont besoin d’un bouc émissaire pour trouver une explication à cette peste.
Oedipe est expulsé.
Jusqu’ici, je ne connais pas de thèse plus pertinente et plus dérangeante que celle-ci.

Pour Girard,"les cultures sont des entités soudées par les énergies fusionnelles de l’excitation maximale du stress du lynchage et qui, après l’excès, retrouvent leur ligne fondamentale, celle de l’ordre détendu et de la solidarité purifiée. "
En ce sens, tous les groupes fortement intégrés d’un point de vue culturel, qu’ils soient archaïques ou contemporains reposent sur des mécanismes de discrimination , ils ne peuvent exister sans ennemis ou victimes sacrificielles et dépendent donc de la répétition constante des mensonges sur l’ennemi s’ils veulent parvenir au degré de stress autogène nécessaire à la stabilisation interne.

Les groupes qui cherchent la violence trouvent en général très facilement leur victime et créent rapidement les prétextes qui leur permettent de pratiquer et de célébrer de nouveau son exclusion. C’est ce phénomène que nous voyons périodiquement se re-produire sur les forums du net (et dans la société, dans les manifestations du type PACS ou arrêt Perruche, lors de l’utilisation des buzz-words tels que homosexualité, eugénisme (mis pour IVG), pédophile, contraception (mis pour libre citoyenneté des femmes).

« Dans la mesure où elles respectent ce schéma d’exclusion, entre les situations endo et exosphériques, les sociétés, qu’elles soient anciennes ou modernes, demeurent toujours et avant tout des communautés d’efforts et d’ivresse qui, de temps en temps, vibrent à l’unisson d’émotions extatiques partagées tournées contre les auteurs supposés et réels du mal. Les rituels de sacrifices sur lesquels les sociétés fondent, d’une manière toujours spécifique, leur continuité culturelle ou religieuse, routinisent ces émotions créatrices et leursolidarité.

Dans les sociétés modernes, apparemment dépourvues de sacrifices, ces rituels prennent la forme de scandales périodiques et d’exercices d’indignation. Les espaces intérieurs de cultures ou des sociétés originelles sont ainsi des arènes de l’affect ; ces sociétés attirent en elles leurs membres par la participation à la plus excitante, la plus contraignante, la plus contagieuse de toutes les entreprises communautaire : l’expulsion violente du mal hors de soi-même."op.cit

Toutes les institutions selon René Girard sont à l’origine religieuse
Toute civilisation, selon lui est au départ une religion.
Toutes les institutions sont d’origine religieuse et conservent les traces de ces origines sacrificielles.

Prenez l’enseignement par exemple : son objet est-il de transmettre les connaissances ?
ou n’est-il pas plutôt de pratiquer des rites initiatiques, d’exclure, de fabriquer des victimes ?

Prenez le pouvoir politique : On croit généralement et c’est la thèse de Voltaire que les monarques, profitent de leur autorité et qu’ils se sont, au fil de l’Histoire, arrogé des pouvoirs religieux.
D’après lui c’est le contraire !
Le monarque n’est pas celui qui officie mais il est la victime en sursis que le peuple se réserve de sacrifier.
Exemple : Louis XVI, Marie Antoinette, boucs émissaires types, dont le sacrifice fut destiné à refaire l’unité nationale.
Mille documents anthropologiques sur les civilisations primitives montrent clairement l’identification du monarque et de la victime.

Ainsi donc alors que depuis trois siècles, la science s’acharne à réduire la religion à des intérêts, des peurs, des ignorances, Girard nous dit que les Évangiles rendent compte « scientifiquement » de toute l’histoire humaine. Et c’est aussi à partir des Évangiles que toujours selon lui, l’Histoire bascule.
Car Jésus n’est pas un bouc émissaire comme les autres. Victime d’une innocence notoire et bouc émissaire volontaire (donnant son consentement), il s’est désigné lui-même (de plein gré).
Sa mort signifie et annonce que, désormais le mécanisme même du sacrifice, de rétablissement de l’unité sociale fondée sur la violence, ne fonctionne plus.
La Crucifixion est l’ultime sacrifice qui rend tout sacrifice absurde.

Avant le Christ, rappelle Girard, Socrate déjà avait choisi la mort face à ses juges mettant ainsi radicalement en cause les fondements de la société grecque.
Mais l’événement restait daté et limité.

La Révélation chrétienne elle est de portée universelle, elle est radicalement nouvelle. Ainsi selon l’auteur les Evangiles ne seraient donc pas un texte mythique comme les autres, mais révéleraient consciemment le mécanisme victimaire, le savoir de la violence, et marqueraient une rupture essentielle dans les crises mimétiques.

Alors que la théologie médiévale enseignait d’après L’Epître aux Hébreux l’image d’un Dieu violent : "Dieu ayant besoin de venger son honneur compromis par les péchés de l’humanité, etc....réclamant non seulement une nouvelle victime, mais LA victime la plus précieuse et la plus chère à ses yeux, son fils lui-même." Une thèse reprise et développée par Saint Jérôme...
René Girard lui s’oppose à cette vision sacrificielle des Evangiles et en propose une autre.
Pour lui, Jésus vient apporter un message de non-violence (un refus de toute violence) et de ce fait est victime de ce mécanisme (qu’il révèle par son propre exemple...et mieux qu’un long discours)...
il est pris pour un bouc émissaire.

René Girard insiste dans plusieurs de ses ouvrages sur la défense d’un christianisme en véritable disciple du message évangélique,( chose qu’on ne lui pardonnera pas dans certains milieux....)

" Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en "radicalisant" le souci des victimes dans un sens antichrétien" écrit-il parlant de l’interprétation sacrificielle selon St Jérôme

C’est au contraire à travers de la figure du Christ que la révélation s’opère.
Notamment quand on songe à cette phrase : "Et Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux juifs ; qu’il était utile qu’un seul homme mourût pour tout un peuple." (Evangile selon St-Jean (XVIII, 14).
Le mot utile est le mot important.
Utile car il va recomposer un peuple et permettre de faire perdurer et de cacher le mécanisme sacrificiel aux dépens d’une victime innocente, le Christ, mécanisme que le texte révèle.

Certains vont critiquer cette optique à cause d’une phrase prononcée par Jésus : " Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur terre ; je ne suis pas venu y apporter la paix mais le glaive. " (Evangile selon St-Matthieu, X, 34). Donc d’un côté, le Christ demande de tendre l’autre joue, de ne pas jeter la première pierre et de l’autre qu’il apporte non pas la paix mais le glaive, la guerre.
Est-ce contradictoire ?
Pas du tout.
Car justement il sait qu’en apportant un message de paix ou d’amour, en demandant de ne pas répliquer à la violence, de ne pas sombrer dans la réplique,
dans la rivalité,
dans le mimétisme où tout le monde copie tout le monde, il ne va pas justement contenter "tout le monde" car ce" tout le monde" tient à ce que le secret du mécanisme reste caché...
pour pouvoir profiter du pouvoir, de la violence, de l’oppression.

Le Christ vend la mèche du système sacrificiel,
il révèle le mécanisme de la violence, du bouc émissaire.
Et c’est pour cela aussi qu’il sera sacrifié, lui victime innocente... "et qu’il est utile qu’un seul homme mourût pour tout un peuple",
ce qu’aucun mythe ne révèle et au contraire cache...
mais que le texte évangélique révèle lui.

On interprète généralement la phrase :"qu’il était utile qu’un seul homme mourût pour tout un peuple." à l’envers et sans comprendre le dévoilement même du mécanisme.
C’est même étonnant car historiquement, jusqu’à maintenant, ce n’est pas un renoncement à la violence qui crée plus de violence mais bien le contraire.
Le Christ ne réveille pas les démons ou ne vient pas susciter plus de violence : les démons sont déjà présents en chacun des hommes...
et le Christ vient au contraire dire de renoncer à la violence, à la rivalité.

N’ajoute-t-il pas de ne pas jeter la première pierre ?
car c’est la première pierre qui entraîne toutes les autres...
par mimétisme
... et c’est exactement comme cela que ça marche avec une foule, dans les exécutions sommaires, les lynchages, ou autres lapidations.

Ou encore ne dit-il pas de tendre l’autre joue ?
encore une façon de ne pas répliquer, car répliquer entraîne à coup sûr la rivalité, le mimétisme et le fait que l’on ne sera qu’un double, un jumeau de son rival.
Nous sommes au pied du mur étant donné que répliquer n’entraînera que plus de violence, la spirale de la violence !!!.
Il suffit de regarder les actualités.

C’est la compréhension même de la violence, de son mécanisme intime et de toute la difficulté de ne pas y céder alors que par ailleurs, on sait aussi que l’on est "fait" pour y cèdr facilement... mais qu’alors la violence ne s’arrêtera pas.
Voilà le dilemme fondamental.

Certains diront peut-être "L’homme est violent et on ne peut rien faire !"
C’est du syndicalisme de l’échec pour reprendre le terme de Girard...
car si l’homme cède facilement à la violence, il est tout autant capable d’y renoncer par la connaissance même de son mécanisme.
Or la violence détruit des civilisations, ruine les vies, extermine des hommes.... et on "sent" bien qu’en même temps que la violence nous attire qu’il y a quelque chose de transcendant, de délivrant dans le fait de ne point y succomber.

Avec Jésus, la victime cesse d’être coupable, le rite sacrificiel n’a plus de sens, la logique du bouc émissaire s’écroule, les bases même de la civilisation antique s’effondrent.
Le Christ nous oblige à regarder en face la violence destructrice que nous ne voulons pas voir.
Sa révélation est à la fois rationnelle et transcendantale ; nous aurions pu comprendre cela tout seuls...

S’il existe encore de la violence, c’est que les hommes résistent à la Révélation.
L’Holocauste en témoigne, mais aussi la perversion du discours : tous les coupables se veulent, à notre époque, des victimes innocentes !
Mais plus la violence s’aggrave, plus le sacrifice devient absurde ; plus il est évident que les victimes sont innocentes, plus il devient clair que la violence est inutile.
Les hommes ouvrent peu à peu les yeux et substituent la nécessité du pardon à la logique de la violence...

René Girard est chrétien.... La thèse de Girard et son christianisme ne font qu’un.
Mais on peut être tout à fait d’accord sur une très grande majorité de sa thèse sans être chrétien pour autant. C’est-à-dire en la laïcisant.

Il faut rappeler que les idées démocratiques et la pensée critique nous viennent de la philosophie des Lumières et plus largement de l’Occident comme le Christianisme.... et étrangement, beaucoup s’en sont emparés pour la retourner contre le ou les pays qui les ont fait naître.
A entendre certains, l’Occident serait le mal absolu (colonialisme, impérialisme etc.) et les autres pays seraient nettement meilleurs : le bouc émissaire est alors inversé dans l’intélectualisme modernes.

Pourtant le colonialisme n’est pas issu seulement de notre culture, d’autres cultures l’ont commis aussi.
C’est un fait humain avant tout, universel plutôt que propre à un pays ou à une culture.
Le nationalisme d’un pays ou d’un autre, c’est encore du nationalisme et l’homme de tous temps a voulu conquérir les autres pays. La colonisation des pays arabes par l’Occident par exemple a duré cent trente ans en gros alors que ces mêmes arabes ont été réduits en esclavage et colonisés par les turcs pendant cinq siècles.

On oublie aussi parfois que la traite des noirs et l’esclavage ont été introduits en Afrique par des marchands arabes à partir du XIe-XIIe siècle avec la complicité des rois et des chefs de tribus noirs.

En dénonçant notre propre barbarie, on voit bien le problème mais pourquoi être aveugles vis-à-vis de la barbarie des autres pays ?

C’est faire de l’ethnocentrisme inversé, tolérer les crimes d’autres cultures sous prétexte de coutume locale et fustiger seulement les nôtres. C’est pourtant le même phénomène à l’intérieur d’un pays qu’à l’extérieur.
On retombe ainsi ce faisant dans le système victimaire du bouc émissaire mis en lumière par René Girard, de ce mécanisme sacrificiel et efficace.... et pour qu’il soit efficace et sacrificiel, il doit rester caché et invisible.
De plus ici il est inversé prenant l’aspect d’une autopunition, d’une pulsion sadomasochiste où le bouc émissaire se recherche parmi le sujet désiré !

D’une culture à une autre, on le retrouve partout ce mécanisme car l’homme est homme, c’est un sujet désirant. Le mal n’est jamais extérieur à l’homme, il est en lui-même, en chacun de nous comme pouvoir le le dépasser est en lui aussi, en chacun de nous aussi.

On a donc l’impression que certaines sociétés contemporaines sombrent tout bêtement dans une autoflagellation, un sadomasochisme et une victimisation bien mal venus en oubliant que c’est leur propre civilisation qui a développé l’ esprit critique dont ils se servent en la retournant contre elle et en oubliant aussi par ailleurs que les autres pays ou civilisations n’ont pas développé une telle pensée et ne se sont pas gênés d’ exploiter et opprimer leur prochain.

On comprendra peut-être pourquoi René Girard peut dire :
" Nous vivons dans un monde, je l’ai dit, qui se reproche sa propre violence constamment, systématiquement, rituellement. Nous nous arrangeons pour transposer tous nos conflits, même ceux qui se prêtent le moins à cette transposition, dans le langage des victimes innocentes. Le débat sur l’avortement par exemple : qu’on soit pour ou contre, c’est toujours dans l’intérêt des "vraies victimes", à nous en croire, que nous choisissons notre camp. Qui mérite le plus nos lamentations, les mères qui se sacrifient pour leurs enfants ou les enfants sacrifiés à l’hédonisme contemporain. Voilà la question."

Ou encore plus simplement : " Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et "radicalise" le souci des victimes pour le paganiser." (...)"Hédonisme, culte obsédant du corps, événements sportifs hissés au rang d’épiphanies pour les masses, paganisme obscène d’une humanité décidée à ne jouir que d’elle-même, juvénilisme et éphébisme hissés au rang de bien suprême, jargon technocratique destiné à entretenir l’imposture intellectuelle et le mensonge, principe de plaisir systématiquement substitué au principe de réalité, invocation d’une mystérieuse Modernité adorée chaque jour, chaque heure et en toute circonstance, mythe d’une vie qui atteindrait cent ou mille ans, voire enfin délivrée de la mort, eugénisme enfin de plus en plus ouvertement revendiqué par les scientifiques ne sont que quelques-uns des traits qui semblent démontrer que les idéaux totalitaires, qui ne prisaient rien tant que les jeunes, le jargon, la modernité, les festivités païennes, le millénarisme et le mépris des " vies qui ne valent pas d’être vécues ", ont sournoisement triomphé."

Dans une relecture des Evangiles, René Girard s’oppose radicalement à Nietzsche qui écrivait déjà dans Ecce Homo mais aussi dans les fragments posthumes et que cite Girard :

" Dionysos contre le "crucifié" : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr - mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternelle retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le "crucifié" en tant qu’il est "innocent", sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation. " (...) : " L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains... La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce - elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié"

Or Nietzsche avait bien saisi l’opposition radicale entre Dionysos et le Christ et aussi vu le besoin sacrificiel et son mécanisme implacable, mais il passe à côté de l’essentiel à savoir que la volonté de puissance et le ressentiment sont une seule et même chose : des désirs mimétiques dans une tentative illusoire de cacher la véritable nature de ce dernier.
Et il n’a pas décelé, mettant en avant un désir de contrôle par la force, la volonté de puissance, l’aspiration de victoire du désir mimétique, de la rivalité, qui aboutit réellement à un échec, à une mort et à la folie.

Le rôle du christianisme historique se laisse concevoir selon Girard au sein d’une histoire eschatologique gouvernée par le texte évangélique, histoire qui se dirige infailliblement vers une révélation de la vérité universelle de la violence humaine par des moyens d’une patience infinie(...).

" Et pourtant, l’homme, aveuglé, essaye de retarder cette révélation pour perpétuer le mensonge du mécanisme victimaire car " à la suite de l’idéalisme allemand, tous les avatars de la théorie contemporaine ne sont jamais que des espèces de chicanes destinées à empêcher la démystification des mythologies, de nouvelles machines à retarder le progrès de la révélation biblique. " Autrement dit, le Christianisme s’imposera à l’humanité entière, à l’échelle planétaire quoi que nous fassions pour retarder son avènement et... quoi qu’en disent les autres religions. ? Ou une conciliation peut-être possible ? Epineux problème."

C’est donc à un désir mimétique inversée, nantie de ce savoir sur la violence (ce qui change tout) que nous convie René Girard. Que toute la planète entière se conforme aux paroles du Christ, au savoir de la non-violence révélé par lui.
un vaste programme qui suppose qu’un jour les cinq à six milliards d’individus que comporte notre bonne vieille terre refuseront toute violence mimétique, toute vengeance imitative pour se serrer fraternellement la main.
Utopie ?
Réalité ?
Qui peut l’affirmer ? En tous cas, retenons l’essentiel de ce message de René Girard, c’est-à-dire qu’il est primordial que l’homme apprenne à se connaître, qu’il approfondisse et réactualise sa foi s’il ne veut pas disparaître complètement de la planète après une folie meurtrière, ce que la Bible prédit dans l’Apocalypse de Jean.

" Pour qu’il y ait progrès, même minime, il faut triompher de la méconnaissance victimaire dans l’expérience intime
et ce triomphe, pour ne pas rester lettre morte, doit entraîner l’effondrement ou tout au moins l’ébranlement de tout ce qui est fondé sur cette méconnaissance de nos rapports interindividuels, et par conséquent, de tout ce nous pouvons nommer notre "Moi", notre "personnalité", notre "tempérament" .


Ceux qui souhaitent avoir des informations sur le mythe de Dionysos ( ce qui n’est pas sans intérêt tant il précède le christianisme qui semble s’en inspirer) peuvent consulter ces deux sites
- Dionysos
- Musagora

Par ailleurs sur Girard un nouveau site est à découvrir : http://www.perspectives-girard.org avec un forum