Bulletin de l’Ermitage

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Homme libre toujours tu chériras la mer (1)

mardi 24 avril 2007, par frere francois

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir, tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur,
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié, ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, ô frères implacables !

(Baudelaire Les fleurs du mal)

Au large en mer vers les alizés Mardi 24 Avril 2007

Lettre de mer no 1

Le Kalliste file plein sud sur une mer belle, lisse comme un corps adolescent
impubère, vent arrière...

seul le susurrement de l’eau le long de la coque trouble l’immensité du silence marin
scandé rythmé par les rafales de vent encore plus près du murmure
qui s’engouffrent dans mes oreilles
font crisser aussi les cordages et résonner les haubans contre le mat de métal
et soupirer les toiles qui nous tirent

Le cap est désormais bien établi... la ligne de passage des cargos s’éloigne..
un peu de temps pour souffler...

Ces derniers temps furent pleins d’ une longue attente ...
de la sourde morsure d’un départ
des tas de chimères et de fantasmes qui prennent la tête
et si Neptune ne daignait point désormais permettre le passage sur ses contrées humides ?...
et si sa sagesse avait mesuré que nous étions encore trop las, trop verts, trop futiles ?
et notre préparation débordante de précipitation et d’incomplétude ?...

comme si nous étions impubères nous aussi ?

en tous cas en ces jours là purent mûrir une récupération nécessaire...

Puis vint le départ de nuit , sur la pointe des pieds...
comme des voleurs à la manière de ces "dorobo-ninja" qui au Japon jadis s’habillaient de noir et couraient ainsi masqués comme des singes sur les toitures
pour accomplir leurs forfaits muets avant l’aube
de leur lame silencieuse
brillante du même éclat lunaire

sans coup férir...

Eviter que les liens se déchirent dans trop de douleurs
de pleurs et de cris
de passion

Simplement détacher
sans heurts et sans bruits
sans coupure définitive...

La nuit est anesthésiante et la mer une délicieuse berceuse
dans ses bras qui sont aussi celles de Morphée on se réveille nouveau comme dans un autre espace, une autre dimension
alors que les souvenirs restent encore englués dans la brume
plus faciles à maîtriser

Heureux sont ceux qui meurent dans leur sommeil...
ils demeurent synchrones aux rythmes de chronos
et aux pulsations du ciel !

Pour ceux qui transpirants d’angoisse
de voir se réveiller la nichée confiante et endormie
il y eu alors l’immense offrande de la lune se reflétant aphone sur la mer calme

Immensité apaisée
surface d’ardoise micacée qui de tous temps a éclairé les poètes et les mystiques
tous ceux qui cherchent à aller au delà...
des choses du monde évanescent

des apparences trompeuses...

des formes fugitives

Oeil d’onyx atemporel sous la coupole étoilée
capable à sa seule contemplation de reconstruire au rythme du ressac
les liens invisibles détachés ou rompus
pour les attacher ailleurs où ils cherchent à s’agripper encore
tentacules nécessaires et versatiles
décrocheurs d’espoirs, d’illusions ,de splendeurs
de réponse peut-être ?

ou de fantasmes vains...

Chemins qui nous recentrent et à la fois nous tirent
pour donner des raisons de vivre et de souffrir
et d’espérer encore
et mieux nous illusionner d’une vie remplie
en accord avec la grande structure

Au loin un poisson a plongé comme pour éviter la traînée de lumière
du reflet du phare... ou de l’astre de nuit...

Puis un bruit régulier et sourd s’en vient en glissant
"vert sur vert tout est clair
rouge sur rouge rien ne bouge"
 [1]

Un nouveau code de vie
et ma rêverie s’estompe...

avec plus de temps passé en mer elle deviendra plus profonde
et je vous y convierai sans manquer au gré de mon inspir

passez une bonne semaine tous !

et merci d’être là

ff+

Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s’est retirée

Et toi

Comme une algue doucement caressée par le vent
Dans les sables du lit tu remues en rêvant

Démons et merveilles
Vents et marées

Au loin déjà la mer s’est retirée

Mais dans tes yeux entrouverts
Deux petites vagues sont restées...

Démons et merveilles
Vents et marées

Deux petites vagues pour me noyer.

Jacques Prevert

 [2]


La suite de nos aventures sera disponible durant toute la période estivales aux adresses suivantes

http://rmitte.free.fr/ermitage/2007/pre0.htm pour tout ce qui concerne notre position en mer, nos aventures, les événements traversés, nos découvertes , la rubrique est confiée à Jess

à cette adresse sur le Bulletin une serie de réflexions inspirées de ce que nous ressentons et contemplons sur les solitudes mouvantes faces aux horizons infinis, rubrique rédigée par nos soins

Rappelons que vous pourrez toujours nous écrire

- soit en réagissant aux bas des articles

- soit directement à rmitte@free.fr cela nous aide dans notre voyage et contribue à vous emmener un peu avec nous...
miracle de l’électronique ... nulle part on est isolé désormais

Notez bien ces adresses !...nous serons en mer jusqu’à l’automne !... si Dieu le veut !


[1allusion à la navigation de nuit et aux feux verts et rouges qui balisent les bateaux : quand le bateau repéré montre son feu vert du côté du sien on peu continuer sur le cap tenu mais dans le cas contraire il convient de se dérouter

[2plus beau encore chantée comme dans le film les Visiteurs du Soir de Renoir

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