Bulletin de l’Ermitage

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En direct de notre ermitage de montagne (18)

Troisième méditation du Carême 2007

La Chemin des peuples premiers

mercredi 7 mars 2007, par frere francois

Notre ermitage du Vercors Mercredi 7 Mars 2007

« Tout est en un flux perpétuel. [...]
Tout animal est plus ou moins homme ;
tout minéral est plus ou moins plante ;
toute plante est plus ou moins animal.
Il n’y a rien de précis en nature. »

(Diderot, Le Rêve de d’Alembert.)

« Considéré dans ses effets, il est vrai que l’analogie poétique semble, comme l’analogie mystique, militer en faveur de la conception d’un monde ramifié à perte de vue et tout entier parcouru de la même sève mais elle se maintient sans aucune contrainte dans le cadre sensible, voire sensuel, sans marquer aucune propension à verser dans le surnaturel. »

(André Breton)

.

Homme ! libre penseur - te crois-tu seul pensant ?
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l’Univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant :
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d’amour dans le métal repose :
« Tout est sensible ! » -
Et tout sur ton être est puissaCrains, dans le mur aveugle, un regard qui t’épie :
A la matière même un verbe est attaché...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie !
Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres !

Gérard de NERVAL (1808-1855) Les Chimères (1853)

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A coup sûr la semaine passée nous avions été très long... trop peut-être... ?

mais en ces temps de "productivisme " et de destruction insensée des milieux et des espèces il est bon de remettre les pendules à l’heure ...et de ne pas se contenter des figures hilares et/ bêtifiantes qui nous parviennent du Salon de l’Agriculture ou de l’OMC [1] ou des fausses solutions comme les biocarburants quisont aussi du productivisme qui dénature les milieux

Cette semaine je serais donc plus bref pour évoquer des exemples moins négatifs de vie d’harmonie avec le créé et de spiritualités vraies qui " marchent avec"

Commençons par méditer ou prier ce très beau texte

.

"Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos mœurs.
Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante,
car c’est un étranger qui arrive dans la nuit
et prend à la terre ce dont il a besoin.

La terre n’est pas son frère, mais son ennemi ou son esclave,
et lorsqu’il l’a conquise, il va toujours plus loin.
Il n’hésite pas à abandonner la tombe de ses aïeux,
et cela ne le tracasse pas le moins du monce.

Il enlève la terre à ses enfants
et cela ne le tracasse pas.

La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli.
Il traite sa mère, la terre,
et son frère, le ciel, comme des choses à acheter,
à piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes.
Son appétit dévore la terre et ne laisse derrière lui qu’un désert.

Certes nos mœurs sont différentes des vôtres...
mais la vue de vos villes fait mal aux yeux de l’homme indien.

Mais peut-être est-ce parce que l’indien est un sauvage
et ne comprend rien ?

Il n’y a pas d’endroit paisible dans les villes de l’homme blanc.
Nul d’endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps
ou écouter le froissement des ailes d’un insecte.

Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage qui ne comprends pas....

Le vacarme semble seulement insulter les oreilles.
Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent
ni les palabres des grenouilles la nuit autour d’un étang ?

C’est vrai ...
Je suis qu’un indien et je ne comprends pas.

L’Indien lui préfère le son doux du vent
qui soudain s’élançe au-dessus de la surface de l’ étang,
et l’odeur du vent même,
lavé par la pluie de midi
ou parfumé par le pin-pignon.

L’air est précieux à l’indien, car toutes choses partagent le même souffle
la bête, l’arbre, l’homme, ils partagent tous le même souffle.

L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire....
Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il semble insensible à la puanteur.

Mais si nous vous vendons notre terre,
vous devez vous rappeler que pour nous l’air est précieux,
que l’air partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre.
Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle
a aussi reçu son dernier soupir.
Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part
et la tenir pour sacrée,
comme un endroit où même l’homme blanc pourra aller goûter et savourer le vent adouci par les fleurs des prés.

Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, ou la chaleur de la terre ?
L’idée nous parait vraiment étrange.
Puisque nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air ni le miroitement de l’eau,
comment pourriez vous les acheter ?

Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple.
Chaque aiguille de pin luisant, chaque rive sableuse,
chaque lambeau de brume dans les bois sombres,
chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte est sacré
dans le souvenir et l’expérience de mon peuple.

La sève qui coule dans les arbres transporte les mémoires de l’homme rouge.

Les morts des hommes blancs semblent oublier le pays de leur naissance
lorsqu’ils vont se promener parmi les étoiles.

Nos morts à nous n’oublient jamais cette terre magnifique,
car elle est la mère de l’indien.

Nous sommes une partie de la terre,
et elle fait partie de nous.
Les fleurs parfumées sont nos sœurs ;
le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères.
Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l’homme - tous appartiennent à la même famille.

Aussi lorsque votre Grand Chef à Washington
envoie nous dire qu’il veut acheter nos terres,
il demande beaucoup de nous.

Certes votre Grand Chef nous fait dire qu’il nous réservera un lieu
de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous.
Qu’il sera notre père et que nous serons ses enfants.
Alors nous voulons bien considérer, votre offre d’acheter notre terre.
Mais ce ne sera pas facile pour nous.
Car cette terre nous est sacrée.

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières
n’est pas pour nous seulement de l’eau
mais le sang même de nos ancêtres.

Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée pour nous
et que chaque reflet de la lune dans l’eau claire des lacs parle d’événements et de souvenirs de la vie de mon peuple.
Le murmure de l’eau est la voix du père de notre père.

Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif.
Les rivières portent nos canoës et nourrissent nos enfants.
Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous en rappeler,
et l’enseigner à vos enfants,
que les rivières sont nos frères et les vôtres,
et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère

Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre terre.
Mais si nous décidons de l’accepter, j’y mettrai une condition
 :
l’homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

Je suis un sauvage et je ne connais pas d’autre façon de vivre.
J’ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie,
abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d’un train qui passait.
Je suis un sauvage et ne comprends pas
comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

Qu’est-ce que l’homme sans les bêtes ?
Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’esprit.
Car ce qui arrive aux bêtes, arrivera bientôt à l’homme.

Toutes les choses se tiennent.

Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux.
Pour qu’ils respectent la terre, dites à vos enfants qu’elle est enrichie par les vies de notre race.
Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres,
que la terre est notre mère.
Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre.
Et que si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous savons au moins ceci : la terre n’appartient pas à l’homme,
l’homme appartient à la terre.
Cela, nous le savons.
Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille.
Toutes choses se tiennent.

Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre.
Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil.
Tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même.

Même l’homme blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble,
ne peut être dispensé de la destinée commune.
Après tout, nous sommes peut-être frères.
Nous verrons bien.

II y a une chose que nous savons, et que l’homme blanc découvrira peut-être un jour,
c’est que notre Dieu est le même Dieu.
Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre
mais vous ne pouvez pas.
Il est le Dieu de l’homme, et sa pitié est égale pour l’homme rouge et le blanc.
Cette terre Lui est précieuse, et nuire à la terre, c’est accabler de mépris son créateur.

Les blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que toutes les autres tribus.
Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus

Mais en mourant vous brillerez avec éclat,
ardents de la force du Dieu qui vous a amenés jusqu’à cette terre
et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l’homme rouge.

Cette destinée est un mystère pour nous,
car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés,
les chevaux sauvages domptés,
les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d’hommes
et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fusils qui parlent.

Où est le hallier ?
Disparu.
Où est l’aigle ?
Disparu.

La fin de la vie est le début de la survivance

Admirable page du Chef Seattle...dont on ne parle jamais quand il s’agit d’évoquer les grandes figures de l’humanité...
c’est vrai...ce n’est qu’ un "sauvage" dit avec mépris l’homme blanc....

Cette vie, cet équilibre plein de saveur et de richesses conservée par quelques peuples dits premiers j’ai eu la chance d’en connaître et d’en savourer des bribes auprès de plusieurs communautés ou de plusieurs témoignages... tout au long de ma vie...
Inuits d’Anchorage... Mongols proches du désert de Gobi il y a bien longtemps... ,...Aïnous des îles du Nord du Japon... Monghs du Laos et du Vietnam... et plus récemment Wayanas d’ Amazonie

Des sociétés à mille lieu de notre matérialité mais qui rayonnent de sagesse et de savoir vivre et où je serai resté si je n’avais reçu une culture qui m’empêche encore de franchir le pas..?.certains ont su le faire...( je songe à André Cognat qui nous a si magnifiquement accueilli auprès des Wayanas) et ne le regrettent point.

Nous maintenons ces "réussites" en marge de notre "enfer" matérialiste et poubellien plein de mépris... et ils doivent supporter en prime dans la peine et l’incompréhension ( jamais la violence ou le mépris ..car ils ont pitié de nous) nos pollutions qui les détruisent, faisant voler en éclat leur structure sociale et leur sagesse... détruisant peu à peu leur milieu de vie...et leur confort
alors que nous prétendions leur apporter la civilisation et le bonheur !!!!

et si c’était nous qui nous étions trompés...

la bite des blancs vous connaissez ?

ou sa version idéalisée ou /et sacralisée : le goupillon et le sabre
ou le micro des politiciens véreux et autres hommes de presse vous connaissez ?

ô lumière amicale
ô fraîche source de la lumière
ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole
ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité
ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel
mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre
gibbosité d’autant plus bienfaisante que la terre déserte davantage la terre
silo où se préserve et mûrit ce que la terre a de plus terre
ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour
ma négritude n’est pas une taie d’eau morte sur l’œil mort de la terre
ma négritude n’est ni une tour ni une cathédrale

elle plonge dans la chair rouge du sol
elle plonge dans la chair ardente du ciel
elle troue l’accablement opaque de sa droite patience.

Eia pour le Kaïlcédrat royal !
Eia pour ceux qui n’ont jamais rien inventé
pour ceux qui n’ont jamais rien exploré
pour ceux qui n’ont jamais rien dompté

mais ils s’abandonnent, saisis, à l’essence de toute chose
ignorants des surfaces mais saisis par le mouvement de toute chose
insoucieux de dompter, mais jouant le jeu du monde
véritablement les fils aînés du monde
poreux à tous les souffles du monde
aire fraternelle de tous les souffles du monde
lit sans drain de toutes les eaux du monde
étincelle du feu sacré du monde
chair de la chair du monde palpitant du mouvement même du monde !

Tiède petit matin de vertus ancestrales
Sang ! Sang ! tout notre sang ému par le cœur mâle du soleil
ceux qui savent la féminité de la lune au corps d’huile
l’exaltation réconciliée de l’antilope et de l’étoile
ceux dont la survie chemine en la germination de l’herbe !
Eia parfait cercle du monde et close concordance !

Écoutez le monde blanc
horriblement las de son effort immense
ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
ses raideurs d’acier bleu transperçant la chair mystique
écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites
écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement

Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !

Aimé Césaire

.

Ce qui frappe quand on pénètre en ces lieux de vie c’est avant tout l’accueil simple et naturel
ni porte ni serrure on entre chez les gens simplement

le calme et le silence tranquille qui y règnent : tout le monde occupé à sa tâche ou à ses jeux,où à ses soins, sans hâte ( bien sûr entrecoupés de fêtes - exutoires tout au long de l’année)...
on loin des frénésies industrielles et commerçantes, des bouchons de circulation, des levers blafards et glauques
ou nocturnes pour se prosterner et satisfaire les idoles du travail, de l’école, de la rentabilité ... et de la réussite !...

Nous ne nous en rendons même plus compte.. .automates-zombis conditionnés et survoltés que nous sommes devenus ...au profit des nantis qui eux se prélassent sur leurs parachutes dorés de plusieurs millions de "smic"

...paaassque paaapaaa...quoooi ! ...il avait réussi ou travaillé ...lui !

ou plus habilement encore dépouillé les autres...
l’argent perd facilement son odeur nauséabonde...et les mémoires sont courtes :
les rois du marché noir de la dernière guerre , marchands d’armes ou de drogue forment le plus souvent la cohorte des ancêtres notables de notre temps...

Mais içi tout est plus simple : on se lève à l’aube et l’on se couche avec le soleil,
la sieste y est une activité respectable et rien n’empêche de faire l’amour toute la journée...

et on ira pas regarder avec qui vous le faitent :
on ne possède ni sa femme , ni ses gosses, ni ses animaux...
et on les respectent et les aiment mieux ainsi...

Ma femme, mes enfants, ma famille quels mots horribles dont se gavent nos sociétés égoïstes et verrouillées
ma terre, ma maison, mon travail , mon usine...je vous laisse poursuivre à votre guise...

le moi est haïssable disait-on jadis...

Mais ces petites communautés fraternelles semblent former des structures naturelles , des communions de quelques familles 5-6 pas plus où la vie se déroule sans heurts...
ou toute chasse individuelle est partagée naturellement ( on ne thésaurise pas la nourriture faute de frigos) où les ustensiles et les biens circulent de cases et cases
les enfants n’appartenant à personne... et à tout le monde et où si chacun possède une femme ou un fils attitré rien n’empêche l’emprunt, l’adoption ou la reprise de liberté... voire les petits écarts naturels : la sexualité y est désinhibé et toatalement libérée... ce qui ne sera le cas chez nous que quand elle disparaitra du code civil ou pénal...et ce n’est pas demain la veille

et l’ étonnement des vernaculaires est grand d’y voir combien nous nous y sommes coincés malgré nos théories libertaires !!!

Pas d’argent , le troc comme pour le" berliner" [2] chez nous assure les échanges et empêche toute thésaurisation, et usure...

pas de prison, pas de police, pas d’école, pas d’armée ... on apprend directement au contact de celui qui a le savoir... ou par soi même

pas de chef...non plus...

en cas de problèmes graves ou impossibles, à régler ( ce qui est rarissime) les hommes ou les anciens se réunissent en une longue palabre ...jusqu’à ce qu’un consensus s’établisse...

dans les rares cas d’échec le plus géné s’en va...
la forêt,la plaine ou la banquise est grande... et rien n’ interdit de revenir quand tout s’est apaisé

on a la le remord tranquille

Et puis la nature est là omniprésente consolatrice, livre de sagesse qu’il ne viendrait à personne de posséder
aussi la chasse y est-elle toujours respectueuse ( bien que sous l’influence des blancs et des armes à feu des dérives récentes soient apparues hélas !)
de nombreux animaux et plantes vivent dans les villages en symbiose et en toute tranquillité respect et harmonie

Le village lui même se déplace pour ne pas épuiser la terre ou ne pas surchager le sol des déchets inhérents à toute vie... et les morts sont ailleurs...

.

Écoute plus souvent
Les choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :

C’est le Souffle des ancêtres.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’Ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans l’Arbre qui frémit,
Ils sont dans le Bois qui gémit,
Ils sont dans l’Eau qui coule,
Ils sont dans l’Eau qui dort,
Ils sont dans la Case, ils sont dans la Foule :

Les Morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots :
C’est le Souffle des Ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la Terre

Qui ne sont pas morts.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le Sein de la Femme,
Ils sont dans l’Enfant qui vagit
Et dans le Tison qui s’enflamme.
Les Morts ne sont pas sous la Terre :
Ils sont dans le Feu qui s’éteint,
Ils sont dans les Herbes qui pleurent,
Ils sont dans le Rocher qui geint,
Ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure,

Les Morts ne sont pas morts.

Birago Diop

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La vie y est acceptée selon les lois de la nature : les maladies soignée par une connaissance méticuleuse du monde des plantes ( songeons à la pharmacopée chinoise et à l’acuponctures... qui sont des reliquats de cette médecine et à toutes les molécules de la pharmacie occidentale qui le plus souvent sont d’origine végétale) auxquels l’occident ne cesse d’emprunter aujourd’hui pour l’intégrer à sa science, à ses connaissances ( une raison de plus pour ne pas détruire la diversité des êtres)

ajoutons aussi que les naissances y sont contrôlées et régulées depuis toujours...

science sans conscience n’est que ruine de l’âme...
et hélas l’occident le mesure aujourd’hui !

même l’espace commence à être encombré par les débris de satellites !... l’espace est la nouvelle poubelle d’Homo sapiens ! ! Suicidaire !

Pas de culture écrite dans ces sociétés est-ce une tare ?
Je ne le pense pas ...cela permet filtrage, approfondissement et actualisation des mémoires essentielles et un monde ouvert du religieux : celui des chamanes ,à mille lieu des certitudes guerrières et théocratiques des monothéismes ou autres religions du livre...

Le chamane est à l’interface du monde visible et ce qu’il traduit est ce que nous ne voyons pas...
il intervient généralement pour soigner les corps et les âmes,
mais ses "voyages" influent les cultures tribales leur permettant de s’identifier avec les composantes invisibles : les totems et de nourrir leur art ou leurs chants de mythes

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Dans les vieilles forêts où la sève à grands flots
Court du fût noir de l’aulne au tronc blanc des bouleaux,
Bien des fois, n’est-ce pas ? à travers la clairière,
Pâle, effaré, n’osant regarder en arrière,
Tu t’es hâté, tremblant et d’un pas convulsif,
O mon maître Albert Düre, ô vieux peintre pensif !
On devine, devant tes tableaux qu’on vénère,
Que dans les noirs taillis ton œil visionnaire
Voyait distinctement, par l’ombre recouverts,
Le faune aux doigts palmés, le sylvain aux yeux verts,
Pan, qui revêt de fleurs l’antre où tu te recueilles,
Et l’antique dryade aux mains pleines de feuilles.
Un forêt pour toi, c’est un monstre hideux,
Le songe et le réel s’y mêlent tous les deux.
Là se penchent rêveurs les vieux pins, les grands ormes
Dont les rameaux tordus font cent coudes difformes,
Et, dans ce groupe sombre agité par le vent,
Rien n’est tout à fait mort ni tout à fait vivant.
Le cresson boit ; l’eau court ; les frênes sur les pentes,
Sous la broussaille horrible et les ronces grimpantes,
Contractent lentement leurs pieds noueux et noirs.
Les fleurs au cou de cygne ont les lacs pour miroirs ;
Et sur vous qui passez et l’avez réveillée,
Mainte chimère étrange à la gorge écaillée,
D’un arbre entre ses doigts serrant les larges nœuds,
Du fond d’un antre obscur fixe un œil lumineux.
O végétation ! esprit ! matière ! force !
Couverte de peau rude ou de vivante écorce !
Aux bois, ainsi que toi, je n’ai jamais erré,
Maître, sans qu’en mon cœur l’horreur ait pénétré,
Sans voir tressaillir l’herbe, et, par les vents bercées,
Pendre à tous les rameaux de confuses pensées.
Dieu seul, ce grand témoin des faits mystérieux,
Dieu seul le sait, souvent, en de sauvages lieux,
J’ai senti, moi qu’échauffe une secrète flamme,
Comme moi palpiter et vivre avec une âme,
Et rire, et se parler dans l’ombre à demi-voix
Les chênes monstrueux qui remplissent les bois.

Victor Hugo

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Plantes ou des lianes, mélangées selon des recettes ancestrales avec des feuilles ou des fumigations d’herbes psychotropes au départ utilisées à des fins curatives ou pour permettre de passer sans souffrance permettent d’acquérir et de pénétrer l’invisible pour mieux saisir des informations sur la pathologie des patients (diagnostic, remèdes, causes et effets de la maladie) et de visualiser les énergies inconscientes qui entrent en jeux et en sont la causes peut-être...

puis de se décorporer à la recherche de mémoires anciennes ou fondamentales, celles du réel toujours fuyant pour aller comme au dit en voyage dans le monde des esprits ...

pérégrinations dans l’inconscient et le subconscient dont le voyageur revient le plus souvent épuisé de rudes combats et d’avoir poussé tant de portes lourdes, étranges... rouillées ou oubliées .

Parfois l’on doit s’aider de certains breuvages, de certains champignons ou de certaines herbes... les premiers effets qui se font ressentir sont de pénibles sensations corporelles, nausées et vomissements qui font ensuite place à des perceptions internes des plus étranges. Parmi celles-ci la sensation d’être habité par des entités qui scrute votre organisme dans le moindre de ses détails à la recherche de divers déchets psychophysiologiques.

Sous l’action du chamane semble se révéler et se réorganiser tout un ensemble de systèmes psychiques profondément engrammés sous forme de mémoires somatiques corporelles. Ainsi, les vomissements et diarrhées semblent évacuer de l’individu des " toxines " physiques et psychologiques : on compare cela parfois à à une forme de chimiothérapie intelligente. Mais pas de breuvage miracle.

Comme l’ensemble des plantes curatives possèdent un esprit appellé" la madre", qui représente la mère de la plante. dans des conditions précises le génie de celles-ci se manifeste d’abord dans les rêves sous forme le plus souvent de personnifications, puis après un certain temps et beaucoup de rigueur dans le réel sous forme d’apparitions. Ainsi une plante semble pouvoir t se personnifier comme un médecin , le charme qui est affilié aux esprits aquatiques sous la forme d’une sirène, une autre sous l’aspect d’un homme obèse et petit ou un homme noir et sec, une vieille femme ou une femme sans tête, ou encore un homme grand et lumineux, etc...

De tous ces voyages naît une grande compréhension du monde animal et végétal, de leurs interconnections , de leurs psychisme ,de leurs influences sur nous et par la même une connaissance du réel qu’il convient d’étudier au travers des mythes et des légendes...

on prend alors le temps de raconter, et de se raconter spontanément le soir à la veillée autour des feux... et chacun suivant son humeur peut y élever sa plainte ou sa joie, venir écouter conforter ou s’én aller se coucher

Ce mode de vie simple, près de la Réalité éviterait beaucoup des mots , d’efforts, d’argent de maux à la société moderne... loin des frénésies de consommation, de travail, de domination et finalement de souffrance et de vacuité...

A quoi bon vouloir conquérir le cosmos si c’est pour y replanter les mêmes errements, contingeances et souffrances

on ne guérit pas un aveugle en le faisant courir et dans
une vie harmonieuse apaisée et en osmose l’on sait que cueillir une plante déplace une étoile...

Il habite dans le froid
Il n’a plus ni père ni mère
Il habite dans les bois
Il ne connaît que l’hiver

Il a treize ans aujourd’hui
Il n’a plus un seul ami je crois
Parfois il rêve la nuit
Parfois il coupe son bois

Oui mais il parle aux oiseaux
Au soleil et aux forêts
Oui mais il parle aux ruisseaux
Parfois quand le temps n’est pas trop froid

Il ne lit pas les journaux
Il connaît cela par coeur déjà
Il n’écoute pas la radio
Il préfère couper son bois

Oui mais il parle aux oiseaux
Au soleil et aux forêts
Oui mais il parle aux ruisseaux
Parfois quand le temps n’est pas trop froid

Gérard Lenorman

.

Les peuples premiers vivent dans l’harmonie de l’univers

Dans ces sociétés traditionnelles, l’homme a conscience d’être intégré au cosmos et se soucie de demeurer en harmonie avec lui. La religion y a ainsi pour fonction première la préservation de l’univers...

Depuis les origines de l’humanité, ils ont gardé l’intuition qu’une société doit suivre une certaine voie ou « Chemin » - pour se maintenir elle-même ainsi que le monde qui l’entoure....

Le Chemin...

Le chemin... un terme qui désigne aussi la quête spirituelle de tout homme...en route vers l’éveil...
chemin à suivre par toute société pour maintenir l’ordre cosmique, conforme aux lois que les Grecs anciens appelaient Nomos ou Dikê : justice, droiture ou moralité. « le Chemin du monde, la manière dont les choses se produisent »

Le Chemin encore designé par Thémis « une voie particulière aux humains, qui sanctionne la conscience collective ». consideré comme le Chemin de la Terre par la suite, lorsque ces concepts ont été personnifiés dans la mythologie grecque, Thémis devint la déesse de la loi et de la justice, et donc de la morale.

Mais pas de ces morales surajoutées ou dressées pour maintenir les masses dociles ou somnolentes...

Le concept chinois de Tao désigne à la fois l’ordre et le Chemin du cosmos.

Le Tao représente le cours naturel des choses, « pas seulement comme informant sur toute chose, mais comme la nature, la structure même de toutes les choses particulières . le Réel, la réalité intrinsèque Feng Yu-Lan considèrait le Tao comme « le principe premier qui englobe toute chose ».

Tous les êtres vivants, y compris les humains, sont immergés dans l’ordre naturel, gouverné par le Tao. « Le Tao, comme ordre de la nature, gouverne leur action ».

Les hommes suivent le Tao en agissant conformément à la nature. En termes taoïstes, cela veut dire se conformer au principe du Wu-Wei, car « lorsque toutes les choses obéîssent aux loi du Tao, elles forment un tout harmonieux et l’univers devient un organisme intégré ».

Plus tard, la notion de Dharma fut utilisée par les hindous dans un sens similaire : « Le mot Dharma, qui étymologiquement signifie " soutien ", " appui ", exprime cette constance, cette normalité de l’univers...

Le Dharma bouddhique défini comme loi universelle qui gouverne le monde dans sa totalité : « II existe au bénéfice de tous les êtres car sa manifestation première, la lumière du monde, ne répand-elle pas ses bienfaits sur tous les hommes et toutes les choses » .

Quand un lama bouddhiste fait tourner son moulin à prière, il accomplit un rite qui a une signification profonde : Le lama se met en syntonie avec la Roue de l’Univers ; il accomplit l’acte de « la mise en Mouvement de la Roue.... Il n’ose faire tourner la roue en sens inverse, de crainte de perturber l’ordre de la nature tout entière. »

Selon cette vision du monde, si une société s’écarte du Chemin elle menace l’ordre du cosmos. Elle suit ainsi l’anti-Chemin : et la terre se venge...
ne serait-ce que sur les esprits des êtres
qui ne perçoivent plus qu’ils courent à leur perte...

en une infinie course dans l’inutile et le vain...

Et si l’occident en était arrivé là ?

Sans savoir pourquoi, Gondran est mal à l’aise ;
il n’est pas malade ; il est inquiet
et cette inquiétude est dans sa gorge comme une pierre.

Il tourne le dos à un grand buisson de sureau, de chèvrefeuille, de clématite, de figuiers emmêlés qui gronde et gesticule plus fort que le reste du bois.

Pour la première fois peut-être, il pense, tout en bêchant, que sous ces écorces monte un sang pareil à son sang à lui ;
qu’une énergie farouche tord ces branches et lance ces jets d’herbe dans le ciel.

Il pense aussi à Janet. Pourquoi ?

Il pense à Janet, et il cligne de l’œil vers le petit tas de terre brune qui palpite sur le lézard écrasé.

Du sang, des nerfs, de la souffrance.

Il a fait souffrir de la chair rouge, de la chair pareille à la sienne.

Ainsi, autour de lui, sur cette terre, tous ses gestes font souffrir ?

Il est donc installé dans la souffrance des plantes et des bêtes ?

Il ne peut donc pas couper un arbre sans tuer ?

Il tue, quand il coupe un arbre.
Il tue quand il fauche...

Alors, comme ça, il tue tout le temps ? Il vit comme une grosse barrique qui roule, en écrasant tout autour de lui ?

C’est donc tout vivant ?

Janet l’a compris avant lui.

Tout : bêtes, plantes, et, qui sait ? peut-être les pierres aussi.

Alors il ne peut plus lever le doigt sans faire couler des ruisseaux de douleur ? [...]

L’idée monte en lui, comme un orage.
Elle écrase toute sa raison.
Elle fait mal. Elle hallucine.

L’ondulation des collines déroule lentement sur l’horizon ses anneaux de serpents.
La glèbe halète d’une aspiration légère.
Une vie immense, très lente, mais terrible par sa force révélée, émeut le corps formidable de la terre,
circule de mamelons en vallées,
ploie la plaine,
courbe les fleuves,
hausse la lourde chair herbeuse.

Tout à l’heure, pour se venger, elle va me soulever en plein ciel jusqu’où les alouettes perdent le souffle.

D’un rond de bras, Gondran rafle son carnier et monte à grandes enjambées à travers la colline sans oser siffler son chien.

(Texte de Jean Giono)

Une religion celle du Shinto a gardé cette sensibilité chamanique ou chaque animal est vénéré comme un symbole signifiant ,
où chaque temple est ouvert sur le spectacle de la nature et dont les prêtres (souvent des femmes) partiquent les divinations...

Him !...mais j’avais promis de n’être pas trop long... ce sera pour une autre fois...

Joyeuse mi-carême !

ff+ et Jess
.

Du temps que régnait le Grand Pan,
Les dieux protégaient les ivrognes
Des tas de génies titubants
Au nez rouge, à la rouge trogne.
Dès qu’un homme vidait les cruchons,
Qu’un sac à vin faisait carousse
Ils venaient en bande à ses trousses
Compter les bouchons.

La plus humble piquette était alors bénie,
Distillée par Noé, Silène, et compagnie.
Le vin donnait un lustre au pire des minus,
Et le moindre pochard avait tout de Bacchus.

Mais en se touchant le crâne, en criant " J’ai trouvé "
La bande au professeur Nimbus est arrivée
Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement,
Chasser les Dieux du Firmament.

Aujourd’hui ça et là, les gens boivent encore,
Et le feu du nectar fait toujours luire les trognes.
Mais les dieux ne répondent plus pour les ivrognes.
Bacchus est alcoolique, et le grand Pan est mort.

Quand deux imbéciles heureux
S’amusaient à des bagatelles,
Un tas de génies amoureux
Venaient leur tenir la chandelle.
Du fin fond du champs élysées
Dès qu’ils entendaient un " Je t’aime ",
Ils accouraient à l’instant même
Compter les baisers.

La plus humble amourette
Etait alors bénie
Sacrée par Aphrodite, Eros, et compagnie.
L’amour donnait un lustre au pire des minus,
Et la moindre amoureuse avait tout de Vénus.

Mais en se touchant le crâne, en criant " J’ai trouvé "
La bande au professeur Nimbus est arrivée
Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement,
Chasser les Dieux du Firmament.

Aujourd’hui ça et là, les cœurs battent encore,
Et la règle du jeu de l’amour est la même.
Mais les dieux ne répondent plus de ceux qui s’aiment.
Vénus s’est faite femme, et le grand Pan est mort.

Et quand fatale sonnait l’heure
De prendre un linceul pour costume
Un tas de génies l’œil en pleurs
Vous offraient des honneurs posthumes.
Et pour aller au céleste empire,
Dans leur barque ils venaient vous prendre.
C’était presque un plaisir de rendre
Le dernier soupir.

La plus humble dépouille était alors bénie,
Embarquée par Caron, Pluton et compagnie.
Au pire des minus, l’âme était accordée,
Et le moindre mortel avait l’éternité.

Mais en se touchant le crâne, en criant " J’ai trouvé "
La bande au professeur Nimbus est arrivée
Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement,
Chasser les Dieux du Firmament.

Aujourd’hui ça et là, les gens passent encore,
Mais la tombe est hélas la dernière demeure
Les dieux ne répondent plus de ceux qui meurent.
La mort est naturelle, et le grand Pan est mort.

Et l’un des dernier dieux, l’un des derniers suprêmes,
Ne doit plus se sentir tellement bien lui-même
Un beau jour on va voir le Christ
Descendre du calvaire en disant dans sa lippe

" Merde je ne joue plus pour tous ces pauvres types.
J’ai bien peur que la fin du monde soit bien triste. "

Georges Brassens


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Salut c’est jess !

Pas de grosses nouvelles si ce n’est qu’avec Nat on est un peu fatigué ... alors on a arrêté la piscine, d’après Titus on en sait bien assez comme ça !

Le temps et variable, il pleut souvent mais déjà les arbres fruitiers sont en fleurs dans la plaine ... le printemps est déjà là

Les modifications techniques ( changement de serveur et de base de données) se précisent : on fera tout pour que ce soit le moins gênant possible pour tous !

Passez une bonne semaine jusqu’à la mi-carême ...vous êtes plus de 160 à le suivre à ce jour !!! un record pour l’ermitage !

Jess et Nat +


[1Je viens de lire un excellent livre de Dominique Lestel "les Amis de mes amis" paru au Seuil, sur la psychologie des animauxje vous en reparlerai

[2monnaie communautaire crée dans la région de Berlin pour encourager le commerce local