Bulletin de l’Ermitage

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Des nouvelles de notre vie à l’ermitage

Quand tout retient son souffle dans l’attente d’un printemps-carême (15)

Je rêvais réalité

mercredi 14 février 2007, par frere francois

L’esprit ressemble au ciel
aussi pour en parler au ciel on y a recours
Lorqu’on comprend ce qu’est le ciel
plus rien n’est vrai, plus rien n’est faux
Assis tranquillement en méditation dans ma hutte
Les nuages blancs s’élèvent du sommet de la montagne

.

Notre ermitage du Vercors le 14 Février 2007

Alors que le soleil de printemps lance déjà des clins d’œil de connivence au travers des nuages,
la douceur s’est installée,
poursuivant les restes de neige qui essayent de s’accrocher encore à la maigre végétation...

Le temps s’écoule familier...
se faisant plus léger...

Alors il est bien difficile de se maintenir devant l’écran...
l’espace des plateaux nous aspire...
le ciel nous inspire et nos commensaux et autres loupiots s’agitent nous invitant au jeu ...

Immensité désolée des plateaux qui dominent la plaine
où l’air pur et frais fait éclater nos poumons...

Nous nous rendons un jour sur deux à la piscine voisine pour initier les jeunes à l’art de vivre sous l’eau...
indispensable apprentissage pour notre périple de cet été...
à condition de ne pas revivre le naufrage de Maud de Fontenoy qui a démâté en plein océan indien...
il nous faudra faire très attention à la fatigue des gréements qui comme les équipages s’usent et sont fragiles jusqu’à la rupture...

Déjà de nombreux migrateurs remontent vers le Nord,
oies, échassiers...pigeons
le printemps approche

La semaine prochaine débutera la première méditation de Carême que je vous adresserai après les "Cendres"
et dont le thème est cette année : "et si l’aventure humaine devait échouer ?" un thème cher à Théodore Monod dont nous nous inspirerons souvent

Nous y aborderons successivement :

- Comment vivre dans une poubelle :
Un état des lieux peu reluisant :
- l’anti arche de Noé :
l’importance de tous les êtres
- A l’école des peuples premiers :
souvenirs d’un été indien
- la responsabilité des religions monothéistes
- Gaïa notre mère universelle
 : pour une sacralisation de la terre
-de nouveaux cheminements ... ultime espérance

Le sujet est porteur, important..et pour nous ermites il va de soi...
mais hélas nos sociétés sont de plus en plus urbanisées et perdent tout contact avec cette composante essentielle de notre équilibre : une bonne raison d’y réfléchir pendant 40 jours

Voilà... aujourd’hui et en attendant je vous laisse encore avec Frédéric Tristan...

Nat, Jess, ff+ ...Igor...et toute la "compagnie des guignols de l’ermitage" comme dit Jess vous souhaitent une bonne semaine !



Une certaine réalité...
Le réel...la réalité...

L’homme saisit une certaine réalité.
Communément, il l’admet comme telle, ne serait-ce que par commodité.( en fait il ne perçoit que celle fournie par ses sens, mieux par l’abstraction de son cerveau... mais quand à la réalité même ? ... nous en sommes incapables... à moins que ces distinctions ne soient elles aussi que des catégories illusoires de raisonnement)

Il a beau considérer le monde comme un autre en dehors de soi, il ne peut s’empêcher de l’accaparer comme une part de lui-même.

Plus il réfléchit, plus il comprend que ce n’est qu’une apparence, et qu’il existe d’autres réalités qui ne sont peut-être qu’apparences elles aussi.

Le regard de l’homme fait de l’univers un monde anthropomorphe.

Les choses, l’univers n’ont pas de nom.
C’est l’homme qui, en les nommant, les dénature.

L’homme est le ventriloque de l’univers.

Pourtant... se dit-il,
portant il doit bien exister une "véritable réalité" à quelque degré, une réalité hors de moi ! Une réalité mathématique, par exemple ?

Dieu serait-il le maître suprême des mathématiques ?
L’esprit de l’abstraction capable, de surcroît, de régler la réalité selon ses normes ?
Aurait-il été ce Dieu créateur par poids et mesures qu’évoque la Bible ?
Le Grand Horloger de Voltaire ?
Le Grand Architecte de l’Univers des francs-maçons ?

Dès lors, ce grand ordinateur originel n’aurait-il pas préconçu l’homme dans une trajectoire vers quelque projet dont il ne serait qu’un élément transitoire (« le point oméga » de Teilhard) ?

Reconnaissons-le modestement, ce Dieu ordinateur ne ferait que renforcer le mystère dans nos balbutiantes petites cervelles. Pour ma part, je le trouve plutôt terrifiant !
En revanche, la fiction est belle.

L’histoire du mot « Dieu » est une longue chaîne de réflexions et de sentiments ouverts à tous les détours .... Dieu du désert, Dieu des rivières, Dieu des steppes, Dieu des montagnes, Dieu des livres, Dieu du prince, Dieu de l’esclave, Dieu de la veuve et de l’orphelin... Le Dieu du manque, le Dieu nounours...

L’homme est un affabulateur fabuleux.
Il se prend à son propre jeu et habille Dieu des besoins de son ego...et de celles de son époque.
Or cet ego, nombreux sont ceux qui l’appellent l’âme. « Mon âme ! » La belle affaire !

L’ego ne peut admettre le néant. C’est pourtant de là qu’il vient.
C’est en équilibre instable au-dessus de cet abîme qu’il se tient.
C’est là qu’il s’en ira.

Mais qu’est-ce ?

Bergson n’y voyait qu’un mot, une pseudo-idée.
Comme Dieu, le néant n’est qu’un abus de langage ouvert à tous les vents.
Nous avons inventé le mot « Dieu » par peur du mot « néant ». Ni l’un ni l’autre ne sont des concepts acceptables. Pourtant ils sont reçus avec une hypocrite ou aveugle assurance.

Extrêmes absolus, personne ne sait au juste ce qu’ils sont. Nul n’en a parcouru l’expérience autrement que par le sentiment qu’il croit en avoir.

D’ailleurs, l’ego non plus n’est pas un concept acceptable.
Il s’érige en tant que tel aux dépens de la conscience qu’il masque et manipule.
Les mots « Dieu »,« néant » et « ego » sont des approximations ressassées que l’illusion du langage a transformées en truismes...on se gargarise de mots

Heidegger a pu prétendre que l’homme est l’être par qui le néant vient au monde.

Et Dieu ?
Il est l’anagramme du vide.

Au vrai, qu’est-ce que l’ego ?
Une marionnette que notre vanité s’est créée et qui peut devenir notre tyran.
« Le moi n’est ni dans le corps ni dans l’âme », notait Pascal.

L’ego et Dieu face au néant ! Le beau théâtre !

Mais ce n’est que théâtre, et un théâtre qui affirme, tranche, solutionne alors que nous ignorons tout de qui nous sommes. Je penche pour une résultante de nos métabolismes cérébraux

Nous baignons dans un océan tumultueux d’existences et inventons des parcelles d’être pour tenter de nous reconnaître dans le magma.
Dieu et le néant sont insondables. Ils n’ont de consistance que par le mot fallacieux qui fait semblant de les désigner à notre ego.
Ce sont des compères habiles à nous tromper. Le mot que nous prenons pour un véhicule obstrue notre entendement. N’est-il pas la première des idoles ?

Le réel est tout ce qui n’appartient pas au langage. Tout est nu, mais nous ne savons que le masquer.
il nous faudrait un 6ème sens (...)

De plus en plus, l’homme occidental tourne la plupart de ses efforts vers un accommodement du réel immédiat à des fins lucratives, dominatrices et ludiques.
Qu’importe le dérisoire de ce réel !
La technique lui donne raison. L’intellect y trouve son compte.
L’esprit s’endort, bercé par la commodité.
Dieu, dans cet état, devient l’alibi béat du conformisme.

Certes la notion de Dieu fut civilisatrice ...aux moments où il se confondit avec le Sens.
Tout venait de lui, tournait autour de lui et retournait vers lui.
Une cohérence et une cohésion étaient possibles. Dieu agglutinait.

L’Égypte pharaonique, l’Israël biblique, le Moyen Âge chrétien, l’islam ont connu ce Dieu-là.
Rien (ou presque) n’avait de sens en dehors de lui.
Tout (ou presque) prenait sens à l’ombre de sa lumière.
La société se mouvait dans une réalité décryptée et suffisante. On ne croyait pas puisqu’on « savait » !

Mais le « presque » se voulait libre et chercheur....
Trop longtemps entravé, il creusait ses sapes à travers le langage.
Bientôt, aux yeux des siens, Dieu devint un mot criblé de trous. ...et puis terriblement opresseur, pilier de l’obscurantisme et/ou de la stagnation des idées.

Crise religieuse, crise philosophique, crise morale, crise de société. Depuis la Renaissance, nous y sommes.

Mystère, perplexité. Sans doute est-ce par là qu’il faudrait recommencer. Au-delà de toute
croyance, une foi fondée sur le mystère est-elle à nouveau possible ?

Jadis on apprenait que, comme le prétendait Irénée de Lyon, « la foi est l’anticipation de la connaissance ».
La connaissance du divin ?

Mais quelle connaissance pourrait anticiper la foi, pour nous qui, par la modernité, avons substitué l’ignorance au mystère et, de ce fait, n’avons plus accès qu’au profane ?
Même notre sentiment du sacré demeure profane. Il s’arrête à la liturgie, à des principes moraux et à des symboles.

La religiosité a le plafond bas. Qu’est-ce encore que la transcendance ?
Une idée vague, ou rien du tout.
Nous transformons une vapeur en idole, décidément.

L’homme ne fait qu’inventer Dieu ou son absence, incapable comme il l’est de se dévêtir de son ego. Son Dieu est une part de son moi.

Les Orientaux disent : « Si tu rencontres Dieu, tue le ! »
On ne peut jamais rencontrer qu’un simulacre de Dieu.

C’est en tuant les dieux successifs que l’on peut approcher de Cela qui n’a pas de nom,
parce qu’en tuant ces dieux on arrache de soi les apparences qui nous leurrent.

Maître Eckhart précisait que l’âme-ego doit se mettre elle-même à mort si elle veut « dépasser la mort ».
Dieu est un bel alibi pour l’orgueil de l’âme. « J’ai rencontré Dieu. » Quelle imposture ! Quelle régression ! Et comme il serait préférable d’entendre : « J’ai cherché Dieu et il ne m’a pas encore trouvé. »

C’est que le langage nous fait chercher l’Innommé là où il n’est justement pas !
Nous l’avons englué dans des anecdotes. Nous lui avons donné forme.

Nous le rendons sujet d’un réel egotique qui n’est jamais que fiction.
Nous lui prêtons la parole. Il est l’écho de notre propre voix.
Nous le chosifions avec une outrecuidance qui chosifie notre être en retour.

Thomas d’Acquin écrivait : « Un homme, en tant qu’homme, ne peut pas voir Dieu dans son essence. La raison en est que la manière de connaître est relative à la nature du sujet connaissant. »

À quoi maître Eckhart ajoutait : « Dieu est quelqu’un dont le néant remplit le monde entier. Son quelque chose n’est nulle part. »

Un ailleurs auquel il convient d’accéder par une sortie de soi

Sortie dans l’irréel ,dans cet ailleurs qui est, la texture même de l’ineffable.
L’ esprit dégagé de l’ego se dote d’un corps spirituel qui connaît dès lors un autre regard et un autre langage.

Comment ? Certains le disent : par une révolution intégrale, un prodigieux retournement.
Seules la rectitude dynamique de l’esprit et l’humilité du cœur peuvent s’extraire de l’enceinte illusoire que s’est construite l’ego.

Nous lisons que l’esprit doit retirer ses sens vers l’intérieur, puis intégrer ces sens intérieurs dans l’« âme supérieure » (Occident) ou le « Vide parfait » (Orient) où ils s’immergent.
Ces retraits intérieurs pourraient faire penser que la méditation puis la contemplation s’opèrent dans le parfait dégagement de l’esprit et des sens corporels...

Cela est vrai des mystiques occidentaux , méfiance du corps oblige, les orientaux hésitant moins à utiliser le corps par des exercices et des postures

Corps et esprit participent de concert à la reconnaissance du monde sensible( visible) et la perception de monde ouvert sur l’illimité ( invisible)

" La vraie vie est ailleurs" disait Rimbaud ,Celan ajoute " j’ai ouvert une brèche dans les murs et les objections de la réalité et me suis trouvé devant le miroir de la mer. J’ai du attendre un moment avant qu’il ne vole en éclat et que je puisse entrer dans le grand cristal du monde intérieur"
ce qu’André Breton nommait " la voie royale qui nous remet sur le chemin de la gnose en tant que connaissance de la Réalité suprasensible"

et puis n’oublions jamais le rire, aussi !

Tourner le langage commun en dérision afin de n’être plus dupe de ses fallacieux diktats.
Ravager la logique et l’évidence !
Nier le Dieu forcément factice pour découvrir l’Innommé au bout d’un renversement de tous les sens et de toute intelligence !

Ainsi, le corps spirituel naît des cendres du mental et des croyances.
Grâce au corps spirituel, la foi se fait voyance.
Moïse, pas plus qu’Abraham, n’a dit qu’il croyait en "je suis". Il l’a vu de dos et a entendu sa parole.
L’expérience du corps spirituel fait fi de la croyance.

...Et là, dans cet espace atopique, peut paraître l’ouverture sans limite, la perspective à l’infini, ce que d’aucuns nomment la « transcendance ».

L’infini se glisse dans les interstices du fini, dans le blanc des choses.
C’est au creux d’ici qu’il réside, dans l’au-delà de nous-même.

Le réel est stratifié.
Nous n’en voyons d’ordinaire que l’apparence.

S’élever (ou descendre) dans les couches successives des réalités s’opère par l’abandon de l’âme-ego, le dénudement progressif de l’esprit, et la rencontre d’un immobile présent.

In illo tempore. Ce temps achronique est aussi celui du mythe.

Ce dévoilement sous le voile est, en effet, le silencieux langage de l’Innommé.
Cet Innommé qu’Henry Corbin, à la lumière de l’islam duodécimain, situait au coeur du « monde imaginal »....
 [1]

.

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