Bulletin de l’Ermitage

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Des nouvelles de notre vie à l’ermitage

Se contenter de tendre une fleur (14)

Apophatismes divins

mercredi 7 février 2007, par frere francois

Voir directement notre nature originelle est l’essence même de la Voie [1]
Quand bien même vous auriez une grande connaissance des écritures
vous resterez ignares
Tant que vous n’aurez pas vu votre nature originelle

.

— -Non, non nous ne prêchons ni le bouddhisme ni le zen..mais au travers de ces spiritualités il y a quelque chose de notre chemin et des vérités que chaque homme devrait apprendre à connaître...

.

Vers la fin du 6ème siècle av., près de Gaya en Inde, Sakyamuni, après plusieurs années de quête spirituelle intense mais vaine, s’est assis en contemplation sous un figuier depuis la tombée de la nuit.

Face à l’Etoile du matin qui jette ses derniers feux, il s’éveille à l’identité de sa nature profonde et de l’univers.
Il est désormais un bouddha, c’est-à-dire un éveillé.

Quelque temps plus tard, sur le mont du Vautour sacré il va prêcher devant une assemblée de disciples et de curieux.

Ce jour-là il n’a pas recours à un long discours.

Il tend simplement une fleur offerte par un disciple.
Sans proférer la moindre parole.

Personne ne semble comprendre, sauf le vénérable Mahakasyapa qui vient à son tour de s’éveiller à sa nature profonde.
Un large sourire illumine son visage.

Le message est limpide : chacun d’entre nous peut s’éveiller à sa nature propre, originelle,
elle est là,

enfouie sous la confusion des soucis quotidiens et des désirs incessants,

étranglée par la fabrication compulsive d’actes affairés,

verrouillée par les catégories du langage et de la pensée,

obscurcie par l’image de soi,

ô combien rétrécie et appauvrie, à laquelle on finit par s’identifier.

Image figée dans les habitudes, incapable d’émerveillement.

Contemplez la fleur !

Chacun de nous, dans la mesure de sa présence au monde, est une ouverture par laquelle l’univers se contemple....

.


Notre ermitage Mercredi 7 Février 2007

brume et de plafond bas...

pourtant ce dernier Week-End le manteau neigeux commençait à se miter sous l’action de la douceur, et d’un soleil déjà bien chaud,
transformant peu à peu la neige en une écume légère et transpirante où il faisait bon marcher...à condition d’avoir des bottes bien étanches...

Igor qui se refuse à tout accoutrement avait pris la silhouette effilée et les collants des chiens mouillés,
semblant avoir fondu de moitié, comme pour passer entre les gouttes ;
un bon shampoing de neige avec séchage devant la cheminée et moult secouages - ébrouages redonnèrent vie au gonflant de son beau poil d’hivers..qui le fait ressembler étonnamment à un mouton...
les crocs et les taches noires en plus ...

Nous avons mis à profit cette douceur pour faire une grand ballade sur le plateau d’Ambel, non sans avoir admiré au passage les merveilleux panoramas du col de la Bataille ..
sur le Royans et la vallée de Quint

Cette vie saine au grand air a redonné toute leur vigueur aux loupiots déchaînés multipliant les courses de luge

Tout s’est calmé , rafraîchi par quelques flocons
assez légers pour ne pas nécessiter de déblaiements poussifs
le ciel est gentil en ce moment !

et comme la visibilité est faible chacun est retourné à son ouvrage : Nat à ses lectures et ses maquettes, Jess à ses rêveries et la restauration d’un site qui part en morceau... entre deux peintures...
Igor à ses siestes
et l’ermite à la rédaction de ses textes, la réponse à ses lettres et la préparation des méditations du Carême qui approche à grands pas !

Je vous donnerai la semaine prochaine "en gros" le plan de la méditation que vous aurez en exclusivité ayant refusé de me déplacer auprès des sœurs d’Anglet qui voulaient que je sois là bas pour quelques conférences... et pour les diriger...
le net est là... et elles se dirigeront bien toutes seules
en fait c’était un prétexte pour avoir les loupiots...

Nous ne redescendrons à Anglet que pour Pâques... le temps de préparer notre expédition.. ;départ prévu : début Mai peut-être... ?

D’ici là je vous laisse avec mes méditations sur Dieu inspirées de Frédéric Tristan...Bon courage !

Jess, Nat, ff+ ...et Igor ermites en Vercors !


Les monothéistes ont quelque mal à se défaire du concept d’un Dieu désignable - même s’ils reconnaissent volontiers que Dieu ne peut être enfermé dans un concept. Or c’est pourtant au moment où l’on dépasse et annule ce leurre que l’esprit d’ouverture peut accéder à ce que dissimule ce faux concept.

Des mots comme « théisme », « déisme », « athéisme », « monothéisme », « polythéisme » appartiennent à un vocabulaire qui ne recouvre plus de solides notions.
Durant des siècles ils ont nourri une dialectique, souvent cléricale, qui n’a fait que classer les consciences dans un catalogue préconçu.

Le Dieu révélé du théisme s’est historiquement manifesté comme plusieurs, prêts à se combattre (Allah contre YHVH, par exemple).
Le Dieu naturel tourne à la raison raisonnante (Voltaire) ou, à l’opposé, au vitalisme, voire à l’animisme.
Quant à l’athéisme, il n’empêche pas le mysticisme. (Le bouddhisme ne connaît pas de Dieu, mais est-il un athéisme ?)

A l’abri de tels mots dévalués, comment les hommes d’au
jourd’hui pourraient-ils échapper à un inconfortable conformisme ou à une errance angoissée ?

Il est remarquable de constater que nos contemporains, à la suite des Psychologies dites des profondeurs, ont accepté la stratification de leur conscience en ça, moi et surmoi.
Il leur est plus difficile d’admettre que leur conscience est faite d’autres étages encore, ceux qui ouvrent sur les réalités de l’esprit réunies, par exemple, dans la notion de « monde imagina [2] ».

Ils s’en sont interdit l’accès non pas tant par le fait du matérialisme qu’en raison du fardeau de religiosités qui confondent psychisme et psyché, puis psyché et pneuma.

La morale, le social, les rites ont recouvert la spiritualité d’une chape de plomb. Pis ! La spiritualité est devenue un commerce ! Dieu et Bouddha se vendent bien. Le spectacle, hélas,l’emporte sur tout.

Ainsi l’intuition et la perception du monde
spirituel ont-elles aujourd’hui de singulières barrières à franchir, le fidèle patenté accaparé comme
il l’est par des expériences (et des interdits) sans perspective de véritable transformation.

Les conceptions dogmatiques (elles sont légion) déclarent du haut de leur tribunal que cette intuition créatrice et cette perception seconde ne sont que des leurres et qu’il s’agit, au mieux, d’un état psychotique au parfum hérétique, voire d’un tour de prestidigitation spirituelle.

Ce « monde imaginal » serait imaginaire et sortirait d’un chapeau à double fond....et plus vraissemblablement de l’inconcient

Il est vrai que les dogmes se veulent raisonnables, alors même qu’ils reposent sur des sources et des logiques invérifiables. Ils accusent : qu’est-ce que Cela sinon un substitut de Dieu ? Un Dieu impersonnel ? Un état ? Un paralogisme ? Quoi donc ?

Un texte de Denys l’Aréopagite (ve siècle) évoque la « Cause » en ces termes : « Elle ne possède ni imagination, ni opinion, ni raison, ni intelligence ; elle ne peut s’exprimer ni concevoir,
elle n’est ni puissance, ni lumière ;
elle n’est ni vie ni non-vie ;
elle n’est ni essence, ni perpétuité, ni temps,
elle n’est ni science, ni vérité, ni royauté, ni sagesse, ni un, ni déité, ni bien, ni esprit au sens où nous pouvons l’entendre ;
ni filiation, ni paternité, ni rien de ce qui est accessible à notre connaissance ni à la connaissance d’un autre être ;
elle n’est rien de ce qui appartient au non-être, mais rien non plus de ce qui appartient à l’être ;
elle n’est ni erreur, ni vérité, ni ténèbre, ni lumière.

Toute affirmation reste en deçà de la transcendance de Ce qui est simplement dépouillé de tout et qui se situe au-delà de
tout. »

On entend déjà Nicolas de Cuse et la « définition » de son Dieu, « coïncidence des contraires » ! À quoi le grand théologien Hans Urs von Balthasar ajoute : « Dieu n’est pas être, mais au-dessus de l’être . »
Et Lao Zi : « On regarde. On ne voit rien. On l’appelle l’invisible.
On écoute. On n’entend rien. On l’appelle l’inaudible.
On palpe. On ne touche rien. On l’appelle l’Imperceptible. (...)
Cela s’appelle la forme du sans-forme, l’image du sans-chose. »

Là, en cette impénétrable dimension, il n’y a plus rien ni personne - hormis Cela.

Un astrophysicien le nommerait peut-être : les tensions énergétiques du vide avant le big bang ! Gardons en au moins l’image avec humour.

Un taoïste (Wang Bi) écrit : « Nous voudrions dire que Cela est présence, pourtant on n’en voit pas la forme.
Nous voudrions dire que Cela est absence, pourtant toute chose en est issue. »

L’apophatisme du christianisme orthodoxe (issu de Byzance) rejoint, à cet égard, les paradoxes du bouddhisme t’chan. L’innommé n’est rien de ce que la pensée peut concevoir, non pas que l’Innommé ne soit pas pensable, mais il l’est par lui seul.
Cette « solitude » apparaît à notre entendement comme un gouffre d’une obscurité plus obscure que les pires ténèbres. Platon écrivait déjà : « L’Un est identique au non-être. L’Un est identique à ce que l’on saisit par la négation’. »

De son côté, le mythique maître Chù déclare
« Cela n’est ni quelque chose, ni quelqu’un’. » Et ailleurs : « Vide et plein sont Cela. Cela ne peut être non-Cela. Si non-Cela avait été possible, jamais Cela n’aurait été possible. Tenez-vous-en à cette certitude : il y a Cela. » Cela est-il une réponse ?

Marcel Duchamp déclare : « Il n’y a pas de réponse parce qu’il n’y a pas de question. »

Cela n’est ni une réponse ni une question.
Cela est, mais nul ne peut définir ce qu’il est, et même s’il est ce que l’on ose nommer « l’Être ».

Cela est en suspens dans la vacuité la plus extrême. C’est ce que l’Orient nomme « le Vide parfait », et Jacob Boehme « le Néant éternel ». Heidegger n’évoque-t-il pas l’homme à la fois « berger de l’être » et « sentinelle du vide » ?  [3]

.

Au milieu de la pluie voir briller le soleil
au coeur du feu puiser à la source limpide

Vous pouvez répondre

- soit çi dessous

- soit en écrivant à rmitte@free.fr


[1ou du Zen

[2réalité perçu par une vision

[3inspiré de l’Anagramme du vide pour commander cliquer içi

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