Bulletin de l’Ermitage

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Depuis 730 le débat perdure

Les sanglots longs de l’évêque

ou l’éternelle querelle des iconoclastes et des représentations divines

lundi 6 février 2006, par frere francois

Exode 20:4-6 Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi, l’Eternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fais miséricorde jusqu’à mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements. (Traduction de Louis Segond, édition de 1909).

L’archevêque de Lyon, Mgr Philippe Barbarin, a affirmé jeudi en sanglots au cours d’un prêche qu’il comprenait "la blessure des musulmans" après la publication de caricatures représentant le prophète Mahomet, se disant choqué "qu’on se moque" de l’islam.

"Je n’aimerais pas qu’on fasse cela avec le visage de Jésus. Si je vois ça dans une publication à propos de Jésus, cela me blesse. Donc je comprends la blessure des musulmans et je trouve que ce n’est pas respectueux", a-t-il déclaré à des journalistes....

Il est vrai qu’il semble moins choqué quand c’est le visage des sans papiers ou des SDF voire des immigrés de son diocèse qui lui demandent de les aider et qui frappent à sa porte....
Pourtant il suffirait d’ouvrir tout grand une de ses églises... ou de ses "palais" désertés et chauffés... et de faire preuve d’un peu plus d’humanité,de courage et de moins de sensiblerie.

"Moi ça me choque qu’on se moque ainsi de la religion", a-t-il affirmé après avoir vu les caricatures publiées dans un journal du soir.

"Quand il y a eu ces grandes affiches qui ont caricaturé la Cène, pour nous c’était une blessure profonde (...), nous avons attaqué en justice", a rappelé l’archevêque primat.

Effectivement la cour d’appel de Paris avait confirmé en avril 2005 l’interdiction de l’affichage publicitaire des stylistes Marithé et François Girbaud, figurant une libre interprétation du tableau de Léonard de Vinci évoquant le dernier repas du Christ avant sa mort. [1]

"On ne peut pas faire n’importe quoi avec des visages et avec des scènes qui touchent les convictions très intimes des personnes". ... mais que l’on fasse n’importe quoi des exclus jusqu’à les expulser "en douce" cela ne le choque point...pas plus que les inégalités sociales ou l’expoitation des faibles...

"Les autorités politiques seraient bien inspirées de prendre très au sérieux le respect (...) des convictions religieuses intimes. Les gens ont le droit d’être respectés", a-t-il estimé. Même par les églises Monseigneur ? Alors pourquoi vous taisez vous devant l’irrespect de l’Eglise envers une vieille femme de 91 ans dans l’affaire Léoncel...et avez vous refusé d’intervenir ?

Or les religions, l’Islam comme le Christianisme, ne peuvent faire l’économie de se regarder telles qu’elles sont et telles qu’elles ont été.... pas toujours respectables... pas toujours des facteurs de paix et de justice .

Quand les religions accepteront-elles d’entrer dans la modernité ?, ce qui implique une attention à la fois bienveillante et critique à la parole de l’autre... quelqu’il soit ,comme Jésus qui passait pour un glouton et un ivrogne parce qu’il était toujours avec les publicains et les prostitués (Cf. Mat 11, 19) ?

Du reste les blasphèmes ne le préoccupait point lui sauf celui contre l’Esprit ...contre l’être...contre l’existant...

Il ne faut jamais oublier que l’ironie est un pont qui permet, par la remise en question de soi et de ses convictions, de passer du mépris au respect de l’autre ! Et c’est l’autre qui souvent peut nous interpeller sur nos propres limites.

L’Ironie est le miroir qui nous renvoie l’image que nous présentons aux autres...

Il est paradoxal que ce soit au nom d’un Islam interdisant toutes les images comme idolâtriques, que l’on juge blasphématoires des caricatures qui justement barrent la route à toute idolâtrie : en acceptant de rire de soi-même, on se rappelle qu’aucune de nos images ne peut dire le Réel et l’Absolu... dans la mesure où il soit unique

Dans son dernier livre Marie Balmary , [2] écrit... :

« je crois qu’il y a une religion universelle avec laquelle on ne compte pas assez : c’est justement celle que combattent tous les penseurs (...)

Cette religion n’a pas de nom, ou plutôt elle a tous les noms, christianisme, judaïsme, islam,
et elle consiste aussi bien dans toute conformité absolue à un ordre, à une caste, une classe.

En fait, elle traverse toutes les religions et même les idéologies athées : c’est celle du dieu obscur qui demande à l’homme le sacrifice de sa pensée, le renoncement à sa conscience » ... et à l’ironie !"

Pratiquer l’humour et nous le savons bien à l’ermitage c’est prendre de la distance, relativiser les petits drames de la vie, ceux des systèmes si vite auto-satisfaits, nous interroger et les interroger sur leurs fonctionnements, dénouer nos crispations intellectuelles et abattre nos dogmatismes... ou nos conforts de pensée...pour continuer la route...
pour reconnaitre que nous sommes dans l’errance et la quête du Vrai et de son pourquoi...
et qu’il convient en permanence de se remettre en cause et d’abattre les idoles et les images que jour après jour nous construisons de nous même et des autres.

Aucun système aussi imposant qu’il soit ne peut enfermer notre être épris de liberté !...et de Vérité !.
Chacun doit demeurer libre d’y aller à sa manière et à son rythme... ou de le refuser... et nous avons que faire de l’embrigadement destructeur et stérile des religions qui ne servent qu’à les leurrer pour asseoir le pouvoir des nantis et/ou des auto-satisfaits.

« Il y a parfois des apparences de liberté qui masquent des réalités d’enfermement. (...) Car la pire des dictatures, c’est bien celle qui gangrène les esprits au point qu’advient le jour où le prisonnier aime son asservissement, fait de son geôlier son ami et pactise avec ceux-là même qu’il s’était juré de combattre au temps de son idéal !

« Nous avons un envahisseur (...) Nommez-le comme vous le voulez, mais que cessent enfin les tromperies de l’inconscient !

Vous prétendez célébrer l’individu, alors même que vous êtes devenus les serviteurs d’une civilisation de masse.

Prenez donc le temps de reconnaître ce collectivisme de l’émotion, ces grands mouvements de foule orchestrés autour d’un même événement ou d’une même idole, en un mot cette dictature émotionnelle !

La dictature commence dans la collectivité des tendances et la communauté des fantasmes.
Vous avez vos modes et vos idoles.
Eh bien, même si l’on vous rabâche que vous êtes dans un pays libre,
même si vous êtes bien sûr enclin à le répéter, à vous y conforter,
à vous en convaincre,
prenez garde à la collectivisation des comportements.

C’est ainsi que tout commence.
Par la confiscation de votre singularité légitime !
 [3]

Or le christianisme n’est en rien le collectivisme du Temple. Il se veut démarche personnelle : "Toi suis moi !...laisse les autres pour l’instant ! , ferme la porte de ta chambre et déverse ton coeur !" et en ce sens il n’est pas du tout dans la mouvance que l’ECAR nous en donne aujourd’hui.

Le christianisme propose une voie proche de celle de l’érémitisme ou des philosophies des cyniques ( nous en parleront une autre fois) celle de Diogène ou d’Antisthène... celle de Jean le Baptiste... ce qui n’empêche pas ces errants solitaires d’aimer la convivialité et de se sentir terriblement solidaires de tous les êtres... mais jamais à la manière des phallanges totalitaristes ou des troupeaux bêlants.

Véritas !


Pour plus de renseignement sur la querelle des iconoclastes http://fr.wikipedia.org/wiki/Iconoclasme


[1vous pouvez revoir cette affiche en cliquant sur ce lien

[2Marie Balmary "dialogue entre un moine et une psychanalyste" chez Albin Michel pour commander cliquer sur ce lien

[3in François Garagon : " L’homme qui cherchait la beauté derrière l’apparence des choses Monte-Cristo éditeur