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L’être de la Guha (27)

Solitude et Essentiel

jeudi 19 mai 2005, par frere francois

Jeudi 19 Mai 2005

La solitude est un cadeau royal que nous repoussons
parce qu’en cet état nous nous découvrons infiniment libres
et que la liberté est ce à quoi nous sommes le moins prêts.
Solitaire je suis.
Depuis toujours et plus que jamais.
La solitude est ce qui me fait tenir debout, avancer, créer ;
C’est une terre sans limites et ensoleillée,
une citadelle, offerte à tous les vents mais inexpugnable.
C’est la seule part d’héritage que je défends âprement,
part d’ermitage qui est tout et qui est moi.
Solitaire, donc, quoique bien entourée et riche d’amitiés.
Solitaire comme un défi à la banalité, comme un refus de se résigner.
Solitaire pour continuer à m’aventurer, pour honorer la précarité humaine
et ne pas démériter de l’Esprit.
Sauvage, émerveillée ou poignardée,
je me tiens en solitude comme au seuil de l’immensité.
La souffrance n’en est point absente,
elle creuse même davantage
puisque tout dans ce climat reprend intensité.
Mais justement, si dans cet état je me sens bien plus vivante qu’en la compagnie des autres,
c’est parce que toute sensation, toute soif, toute pensée s’y trouvent avivées,
aiguisées jusqu’à un point extrême.
J’aime ce danger, cette radicalité :
le véritable artiste évolue sans filet, au péril de son existence
et sans attendre d’applaudissements.
La voie solitaire n’apporte ni gloire ni consolation,
aussi vaut-elle plus qu’une autre d’être tentée.
C’est la voie fulgurante de tout être impatient d’absolu
dont l’apparent orgueil s’avoue si proche de l’anéantissement suprême
L’esprit de solitude suprême ;
ou la "voie sèche" de l’alchimie : brève, au creuset, mais infiniment risquée.
Ils sont seuls, les grands passants de la Terre et les grandes amoureux,
seuls comme Jésus au mont des Oliviers,
comme Hallâj se proclamant la Vérité dans une ivresse de soir d’été,
comme Don Quichotte incendiant de rêves et de poésie la lugubre plaine de la Manche,
comme Juliette confiante et ensommeillée dans son tombeau.
Non pas tant incompris ou rejetés par leurs contemporains
que singuliers et entiers dans leur aventure.
Mais voici : les grandes âmes font peur et chacun semble craindre pour soi un destin d’exception.
De tout temps, les petits hommes ont tourné le dos à qui leur révélait leur nature immense
et ils ont brillé ou crucifié les prophètes de la liberté et du pur amour,
de la béguine Marguerite Porete au savant Giordano Bruno...
Que faisaient les Hébreux, libérés par Moïse du joug de Pharaon ?
Ils pleuraient, ils regrettaient leur terre de servitude, les oignons qu’ils mangeaient à satiété.
Et que firent, juste après le Calvaire, les disciples qui fréquentèrent jésus ?
Ils retournèrent, tête basse, à leur activité de pêche, à leur tâche administrative.
Comme si rien ne s’était passé.
Bien à tort, je m’étonne et je m’irrite encore
de cet entêtement de la société à vouloir nier ou combattre la solitude
- ce fléau, ce malheur -
afin d’entretenir l’illusion d’un partage total et transparent entre humains,
d’une communication étendue à la planète entière,
allant de pair avec une solidarité sans faille.
La société ne tient qu’en bouchant toutes les issues vers le haut
et en empêchant les conduites singulières.
Aussi la lutte contre l’exclusion, la solitude et le chômage lui parait-elle forcément prioritaire.
Dans la solitude je ne m’enferme pas ;
je prends du recul, de la hauteur aussi ;
je rassemble mes forces et j’ouvre grand les fenêtres
celles qui donnent sur les choses, sur l’ailleurs et sur l’intérieur.
Vivre solitaire demeure la seule façon de ne pas se compromettre,
de sauvegarder son irréductible étrangeté et d’accéder à ce qui ne périt pas.
"Souffrir de la solitude, mauvais signe ;
je n’ai jamais souffert que de la multitude"... disait Nietzsche
Le célibat désigne un état civil.
La solitude est un état d’esprit.
On veut la faire passer pour une malédiction alors qu’elle est le sceau de notre nature humaine,
sa chance d’accomplissement.
Lorsqu’on parle de la solitude des personnes âgées,
des malades, des prisonniers, de tous les inadaptés à la vie de société,
on évoque un abandon, un oubli, une mise à l’écart.
C’est une solitude triste, souffrante, qui tremble ou crie.
Plus exactement c’est un isolement.
Mais notre époque, friande de grand public et de rassemblements,
parle très peu de cette conduite de vie solitaire
qui favorise la réflexion et affermit l’indépendance,
de cette solitude belle et courageuse, riche et rayonnante,
que pratiquèrent tant de sages, d’artistes, de saints et de philosophes.
Comme si cette voie était réservée à quelques originaux ou tempéraments forts,
comme si elle constituait l’ultime bastion de résistance face à la bêtise, au conformisme et à la vulgarité.
Aussi ne m’intéresserai-je ici qu’à cette démarche rare et grave,
à la solitude magnifique dans le sens où Poussin en peinture employait la "manière magnifique".
Et d’abord, je poserai la question :
quel grand feu couve donc sous ce bloc de solitude,
cet état de parfaite densité pour qu’on s’ingénie à le combattre
et à le confondre avec l’isolement et la difficulté de vivre ?
Lorsqu’on va seul dans la vie,
ce n’est pas qu’on soit méchant ou délaissé :
c’est que le monde entier vous sourit et offre du sens.
Lorsqu’on vit seul,
ce n’est pas manque de chance ni absence d’amour :
c’est que justement jamais on ne se sent seul,
que chaque instant déborde de possibles floraisons.
Pour devenir soi et devenir quelque peu libre,
il faut lacher le recours permanent à l’autre, au regard de l’autre.
Marcher seul.
Refuser l’aide autant que l’apitoiement et la flatterie.
La voie solitaire n’engage pas nécessairement à un combat héroïque,
elle invite d’abord à la rencontre avec soi-même,
à la découverte de cet être qui n’est pas seulement un produit de la société,
de la famille, de l’histoire ou de la génétique.
Et ici, le précepte du temple de Delphes,
invoqué par Socrate, prend toute son ampleur :
"Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux".
Son équivalent se trouve dans la mystique de l’islam, avec ce hadith :
"Celui qui se connaît, connaît son Seigneur".
Car il ne s’agit pas d’une introspection, d’une analyse psychologique,
mais d’un éveil au Moi,
au Moi transcendant qui échappe à toute contingence, à tout conditionnement,
à la mort même, et se rencontre dans la solitude,
le silence, tout au fond ou plutôt au sommet de la profondeur.
Par la puissance et l’intensité qu’elle recèle,
la solitude tient à la fois de l’insolence et de l’insolation.
Elle peut faire office de détonateur au sein d’un monde tiède et mou et ouvrir de grandes perspectives.
C’est pourquoi tout humain pourvu de quelque conscience et dignité devrait apprendre à bàtir sa solitude,
à l’habiter avec agrément,
et aussi à la défendre contre tous les niveleurs de citadelle et rongeurs de liberté.
Cette solitude peut paraître dure, intransigeante.
Certes, elle est haute, même élancée, mais elle n’a rien de désolé :
c’est comme un amandier qui, même seul et même en temps de guerre, persiste à fleurir ;
c’est comme une nef partant sur l’océan ;
c’est comme une flèche légère se perdant dans l’azur.
La solitude comme je l’entends
Ne signifie point condition misérable
Mais plutôt royauté secrète
Incommunicabilité profonde
Mais connaissance plus ou moins
Obscure d’une inattaquable singularité
(J. Genet)
Il y aura toujours de la solitude
Pour ceux qui en sont dignes...
extraits de "l’esprit de solitude" de Jacqueline Kelen paru chez Albin Michel  [1]

.

J’ai retrouvé les lignes exactes que j’avais déjà cité de mémoire en réponse à un lecteur dans notre lettre précédente...ceux qui sont tentés par une vie de ce « tonneau là » peuvent en guise de « mise en route » lire le livre de Jacqueline Kelen .

En vérité nos deux solitudes, celles de Jess et de Titus se sont muées depuis un an en une seule ...mais vécue à deux... et je comprend mieux désormais ce qu’est une vie koïnoniale, entre frères qui partagent tout, qui ne décident rien l’un sans l’autre, qui ne peuvent vivre une chose sans que l’autre en vive aussi... qui souffrent ou se réjouissent pleinement avec son jumeau... car elle est la nôtre désormais... un peu comme si la vie érémitique devait nécessairement déboucher un jour sur cette vie commune ne serait-ce que pour se donner un avenir...ou une expansion... ou peut-être à cause du vieillissement qui ne permet pas de tout assumer tout seul...
hélas... en voulant toujours aller trop vite et institutionnaliser la chose on a fait de ces communautés des caricatures, des semblants de vie communes...les réduisant à des collectivités...d’individus qui refusent de s’assumer seul... des sépulcres de personnes en voie de décomposition...

L’Esprit de pentecôte est venu mettre un terme à nos « turbulences « et tout est calme et serein désormais à l’ermitage... Agnès a retrouvé son bout de pré qu’elle s’applique à tondre avec application en compagnie de mouton...eux aussi semblent avoir trouvé le sens d’ une vie commune... trop longtemps confinée à cause de l’hivers...
les poulettes sont heureuses : elles de pouvoir gambader un peu partout sous l’œil vigilant mais bienveillant d’Igor toujours prompt à intervenir fermement en cas d’écart non autorisé... que serait sans lui l’ermitage...un radeau à la dérive certainement... lui seul est là pour faire régner un peu d’autorité !

Sous la houlette de Jess les commandes et chantiers de travaux vont bon train... prévoir du bois et du fourrage pour le prochain hivers... des granulés pour les poulettes... réparation du toit...ramonage de la cheminée... nettoyage de printemps...curage de la fosse...révision et entretien du groupe électrogène...etc...etc...nous allons même faire installer des panneaux solaires prêtés à titre expérimental par des écolos du coin qui voient notre communauté avec bienveillance... entre marginaux amoureux de la nature on se comprend toujours... mieux qu’avec la propriétaire...
nous pourrions si tout va bien avoir même de l’electricité et même en revendre au réseau... si nous étions connectés... sans compter l’eau chaude à profusion... l’entreprise fait cela à titre promotionnel et d’essai...pour la pub certes...mais ne nous oblige pas bien sûr à quitter notre clôture...condition nécessaire que Jess mit à la réalisation de tels travaux... promesse aussi de ne pas dévoiler notre cachette...qu’ils ont juré sur la tête de leurs enfants !
Jess tient à sa tranquilité !

Après la sieste des après midi ce sont de longues randonnées dans les herbages verts tendres couverts de fleurs...en vtt nous pouvons parcourir aisément tout le plateau et Jess faire de la vitesse et des acrobaties où je ne me risque pas ...sous l’œil quelque peu inquiet d’Igor qui n’hésite pas le cas échéant à rappeler à l’ordre le petit maître quand cela lui semble aller trop loin...

Le jour de la Pentecôte nous avons passé l’après midi avec frère Xavier de Léoncel qui nous a mis au courant des dernières nouvelles sur place où l’ignominie ecclésiale envers la vieille ermite se poursuit...dans le silence et la bonne conscience de ceux qui ne veulent rien faire... si ce n’est de chanter à l’harmonium en guise d’apéritif pour se donner des illusions...ou des airs...(de c... dirait Jess)

Lundi , jour de la fête du sel et de la transhumance nous avons eu un pincement de cœur en pensant à Manuel qui devait remonter seul avec son troupeau sur le plateau... aussi nous sommes passés voir nos vieux qui nous avaient prêté Agnès pour les rassurer...ils avaient bien compris... d’ailleurs Manuel leur avait dit sans acrimonie que désormais il montait seul...avec deux jeunes sans emploi qu’il avait recruté pour l’été... c’est mieux comme cela...

Nous nous sommes mis d’accord avec loupiot pour y passer de temps en temps ...mais sans y dormir m’a demandé Jess...ce que nous ferons surtout s’il fait trop chaud car le plateau toujours balayé par le vent est alors très agréable....

Je vais vous livrer la méditation sur Dürckheim comme prévu...Jess ne conclura pas...il ne le souhaite pas encore pour l‘instant...utilisant ses forces à la rédaction de quelques articles ciné difficiles en collaboration avec votre serviteur...et à la construction d’un site...qui devrait voir le jour à la fin de l’année...peut-être...

La voiture fonctionne...nous irons certainement à l’océan très bientôt...alors ne vous étonnez point si durant les vacances qui débutent désormais pour nous...nos lettres se fassent rare...

"Bouffées d’air mitage deuxième saison" prendra le relais de "l’Être de la Guha" dans quelques semaines et ce durant toutes les vacances... des lettres plus légères, moins fréquentes, cartes postales destinées à vous donner des nouvelles de nos errances ou villégiatures estivales...un manière de garder le contact avec nos fidèles lecteurs toujours aussi nombreux !

Alors à bientôt...peut-être ?

*** Jess et Francois ermites en Vercors ***


Nous poursuivons le texte de Dürchkheim qui nous parle de l’Essentiel et dont vous trouverez le début en suivant ce lien

LA PERTE DE PROFONDEUR

Le temps d’aujourd’hui n’est-ce pas le temps de l’homme qui ajustement perdu sa profondeur de son être essentiel ?
Qui a sacrifié la totalité de sa personne à des aspects qui ne lui permettent pas d’être un homme intégral, il a sacrifié le féminin qu’il est en tant qu’homme ?
Ou en tant que femme, à l’esprit masculin qui fait, qui organise, qui distingue ?
Tout ce qu’il y a de masculin n’est-ce pas, c’est ce qui pénètre, ce qui coupe et ce qui forme.

Le féminin au contraire, c’est ce qui reçoit, ce qui unit, ce qui tente de dissoudre.
Nous sommes tous dirigés vers cet esprit plutôt masculin, nous nous trouvons tous dans le danger de perdre notre individualité au service, disons, de la masse, ou d’un titre, d’un ensemble, d’une communauté ; démarche importante, mais qui va jusqu’à un point où finalement l’homme a une mauvaise conscience de ce qu’il pense en tant qu’individualité.

Mais, la chose la plus importante, c’est que nous avons perdu plus ou moins le contact avec notre être essentiel.
Le centre s’est perdu dans la périphérie.

Il y a là quelque chose de profond qui n’a rien à faire avec les choses conditionnées sur le plan de la causalité, mais une chose complètement oubliée, et nous nous trouvons aujourd’hui dans cette situation extraordinaire : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’occident s’ouvre à la prise au sérieux de la profondeur de son âme, de son être personnel, cet essentiel, ce point profond en lui-même, la présence du divin en lui-même.

Il s’ouvre à cela non en tant qu’homme croyant, qui est disons mis sur le plan d’une foi, mais à quelque chose en tant qu’expérience et qui dépasse aussi en tant que chrétien celui qui dit qu’il n’y a pas que la foi et la grâce, qu’il y a l’expérience et la possibilité de cheminer, dans un travail ascétique sur lui-même qui lui permet de se transformer d’une façon qui le rend capable de s’ouvrir de plus en plus à ce qu’il est au fond de lui-même.

C’est là de nouveau quelque chose qui nous relie, disons, à la sagesse orientale qui parle de la nature du Bouddha par exemple. Le sens de l’exercice c’est de te retrouver vis-à-vis de ton image originelle, ce que tu était avant que tes parents soient nés...

Alors pour indiquer quelque chose qui est au-delà du temps, nous devons nous situer dans un autre être profond, quelque chose qui est au-delà de l’espace et du temps.

Voilà une longue histoire n’est-ce pas, curieuse pour un homme qui est éduqué dans l’esprit occidental ; il dit : est-ce bien ce moi ? Et bien ce moi c’est le centre d’un monde qui m’entoure ; sans ce moi, sans ce conscient, il n’y aurait pas le monde.

Alors vraiment crois-tu que si tu enlèves ce moi qui est au centre de la vie conçue par notre intelligence, que le monde va continuer à nous entourer si on enlève ça ? Il faut pourtant un moi qui a quelque chose qui est en haut et en bas, qui a lieu après ou avant ? Le temps, n’est-ce pas, est pourtant orienté vers quelque chose pour lequel il y a un en-haut et un en-bas.

Et si j’enlève ça, qu’est-ce qu’il reste alors ? Si j’enlève ce moi ?

Alors l’homme occidental dit "il ne reste rien", et l’homme oriental dit "c’est là que commence la réalité".
Ce n’est que dans la mesure où tu te débarrasses de ce moi par rapport auquel il y a un avant et après, un en-haut, un en-bas, et à droite et à gauche, c’est tout relatif ça, mais le réel est absolu.

Mais alors où est ma conscience ? Tu as besoin d’une conscience différente. Et alors, et c’est ça au fond le sens des méditations, le travail méditatif consiste à trouver cette conscience supérieure qui justement fait prendre part à une réalité qui est au-delà de ces coordonnées tellement naturelles pour le moi naturel.

On pourrait dire la transcendance, ou le transcendant, commence où il n’y a plus de quoi, de ça, de où, de quand, d’où et d’à quoi bon.

Toutes ces catégories sur lesquelles nous vivons en tant qu’être existentiel, sont dépassées par la transcendance de la réalité qui commence là où nous dépassons l’horizon de notre conscience naturelle qui n’existe plus. Et c’est comme ça que l’homme d’Orient peut nommer, l’Hindou son Brahman, le bouddhiste son Bouddha.

Il y a là une réalité profonde, et il faut qu’un beau jour tu te réveilles de ton sommeil, ensommeillé par tous ces concepts, à cette réalité profonde, et c’est là que tu penseras être un être humain dans le sens que tu avais voulu.

Alors ? Oui, là il y a quelque chose de nouveau.
Et croyez-vous vraiment que le Bouddha en nous soit un privilège oriental ?

Il y a cette réalité qui n’a plus rien à faire avec le temps et l’espace à laquelle il faut s’éveiller, et c’est là que commence la maturité de l’homme.
Et alors c’est ce qu’on doit essayer aujourd’hui de retrouver, le sens de l’homme en tant que sujet. Il n’est pas un objet.

Vous pouvez dire à l’homme de science : tu as complètement raison s’il s’agit pour toi de faire une machine quelconque, de trouver une belle formule chimique, alors c’est tout à fait naturel que tu me considères comme quelque chose qui n’est que subjectif par rapport à ce que tu cherches toi en tant qu’objectivité !
Mais si toi, mon cher ami, tu veux savoir qui moi je suis, en tant que sujet, laisse dehors tes lunettes objectivantes, tu ne trouveras rien autrement.

Tu pourrais me voir moi en tant qu’objet, mais si tu es dirigé seulement vers l’objectivité, tu ne verras de moi que ce que tu peux faire de moi en tant qu’objet.

C’est comme ça que toute la grande médecine classique ne sait rien de la personne, mais qu’elle sait beaucoup de l’homme dans la mesure où on peut faire de l’homme un objet, et c’est énorme ce qu’on peut faire !

Mais les découvertes médicales ne disent rien qui fasse que le médecin sache quelque chose de l’homme en tant que personne ; et en vérité on sait très peu de chose.

Si un grand chirurgien dit j’ai travaillé, j’ai ouvert tant de corps, je n’ai jamais rencontré une âme ! et alors ? Qu’est-ce que cela prouve ?

Vous avez des hommes de science qui ont fait toutes ces découvertes magnifiques sur la mathématique, tout ça, ils sont au fond poussés par une force irrationnelle, et ce qu’ils cherchent finalement dans la grande formule ou quoi que ce soit, c’est quelque chose qui leur donne une satisfaction spirituelle, cela n’a rien à voir avec le rationnel !

La poussée, le moteur du travail rationnel de sciences n’est pas rationnel lui-même - alors il ne faut pas confondre l’homme de science et sa science -, mais en tout cas c’est un monde complètement différent de celui dans lequel nous nous trouvons en tant qu’être humain, en tant que sujet.

Notre système de coordonnées dans lequel nous nous trouvons ce n’est pas le temps et l’espace, la causalité et l’individualité, c’est l’amour, c’est la haine, c’est la recherche de la libération, c’est la souffrance, c’est la promesse, c’est l’accomplissement selon la promesse que nous sommes dans nous-mêmes.

Vous voyez, c’est tout autre chose, ce n’est que subjectif pour les autres, mais c’est cela la réalité dans laquelle nous vivons, et dans laquelle on peut faire un travail systématique.

Le chemin initiatique n’est pas une invention ni une improvisation perpétuelle, car il est lié à certaines lois du développement de l’homme intérieur.
Il y a des règles là-dedans pour cheminer...

( à suivre)


Un ermite tient un "livre de bord"...pourquoi ne pas le partager ?... le message placé dans le bidon qui sert de boite aux lettres au bas du vieux chemin...le long de la route, vous parviendra toutes les semaines avec un certain décalage...et vous pourrez même me répondre...


[1de Jacqueline Kelen L’esprit de Solitude chez Albin Michel cliquer pour commander