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L’Être de la Guha (24)

En quête d’essentiel et de beau temps

mardi 19 avril 2005, par frere francois

Samedi 16 Avril 2005

Nuit après nuit
Ma soupe de légumes
Accompagne la neige
Kobayashi Issa

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Nous sommes de nouveau enfouis sous la neige...et cette fois -çi nous n’avons pas pu nous échapper à temps...
tant pis !

Le beau temps était pourtant revenu et nous avions même fait de la bronzette au soleil comme en plein été ... avec en prime une délicieuse brise...

Jess avait même commencé à brunir et à reprendre ses belles pommettes dorées tachetées d’éphélides marron qui lui donnent sa délicieuse frimousse poivrée..
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et puis vlan ! de nouveau la pluie, le vent ...et depuis deux jours la neige...nous en sommes à 50 cm...
de nouveau il faut dégager et attendre que ça passe...

Alors exit le Vtt , les pinceaux et les tee shorts...et les travaux de réfection de la toiture...
et bonjour les raquettes, la luge et les blousons que nous avions déjà rangés dans des cantines pour l’hivers prochain...et tout le monde au chaud !...devant la cheminée ( heureusement que j’avais commencé à couper du bois !)

Dimanche "comme dab" nous sommes descendus au bourg... tous bien serrés dans la luge de Jess ...et avec Igor... pour poster cette lettre sur le net...
mais plus d’électricité ! : la neige collante et épaisse avait fait tomber les lignes...

J’ai confié ce message à Nono qui l’enverra dès que le courant sera revenu...
Voyant la déception de Jess qui voulait surfer pour préparer son article il a tenu à nous garder pour le déjeuner... omelette au jambon et patates ,...un bon bouillon...et même de la tarte ! devant un bon feu de bois...car plus de chauffage non plus bien sûr ! et à la lueur de la lampe à pétrole...

Nous nous sommes régalés et Igor à l’allure de la trajectoire de sa queue semblait plus que satisfait !

Nono a même voulu avec son 4x4 nous accompagner à mi pente nous évitant ainsi la pénible montée sous la neige et dans le froid humide...nous n’avions plus que le replat à parcourir...et étions de retour plus tôt que prévu...sous les couvertures...

Avec le mauvais temps comme toujours le moral de Jess en a "pris un coup" et depuis nous nous tenons le plus souvent possible serrés et unis l’un contre l’autre en communion devant le feu ,Igor à nos pieds...seule manière de subsister dans l’humidité et la brûme et/ou le brouillard dans un hivers qui ne veut pas finir...

Espérons cependant qu’en Mai nous pourrons enfin aller à l’océan comme prévu...nos "ermites du pays basque" s’impatientent... autant que nous !

Nous avons médité un peu cette semaine avec Dürchkheim sur l‘Essentiel...et Jess conclura avec Jean-Jacques Goldman...et compte bien pouvoir descendre pour publier son article cinéma

Alors à bientôt peut-être ?

Jess et Francois ermites en Vercors


L’essentiel ?

Il est bien difficile de donner une définition de l’essentiel parce que, parlant de l’essentiel, c’est justement quelque chose dont on ne peut pas donner de définition.
L’essentiel, pour l’homme, c’est une expérience profonde, et comme on ne peut pas donner une définition de ce qui est rouge, ou ce qui est bleu, on ne peut pas donner une définition de l’essentiel.
On peut essayer d’indiquer des expériences qui nous permettent de chercher un mot particulier pour le nommer ; dire pour quelle expérience veut-on faire usage des mots essence, essentiel, et être essentiel.(...)

Alors de quoi parle-t-on ?

S’il y a l’essentiel, il y a quelque chose qui n’est pas essentiel.
Quelles sont les expériences qui nous permettent d’user d’un mot particulier, ainsi le mot essentiel vis-à-vis d’autres ?

Je crois tout d’abord qu’on doit dire deux choses.
En français il y a le mot essence, l’essence, comme base du mot essentiel, l’essence des choses.
L’essence des choses c’est ce qui est distingué de leur apparence.
L’essence, c’est la réalité profonde.
L’essence de tout ce qui est vivant, c’est ce qu’on pourrait appeler la vie, ce qui fait vivre le vivant, et la vie ce n’est pas la somme de tout ce qui est vivant. Et il y a là une réalité créatrice et transformante à la base de tout ce qui est, tout ce qui vit. Mais ça devient de nouveau abstrait.

En tant qu’expérience il existe quelque chose qui touche l’homme d’une autre façon, d’une façon particulière. On peut regarder une fleur et dire c’est une rose, c’est un oeillet, on peut dire elle est belle, et tout cela n’a encore rien à faire avec l’essentiel.

Et tout à coup on peut se sentir touché dans une profondeur, goûter une qualité complètement différente, quelque chose qui nous engage en entier. Et je crois qu’en ce qui concerne l’expérience, le mot essentiel indique quelque chose qui nous touche dans une autre profondeur. Peut-être même pourrait-on dire, nous touche en tant qu’autre personne, quelqu’un d’autre. Nous ne sommes pas les mêmes, dès que nous ressentons ce qu’on appelle l’essentiel. [ il pourrait s’agir là que d’une manière de dire, d’exprimer une sensation]

Mais l’essentiel reste très neutre.

Je crois qu’on doit parler aussi de nous-mêmes en tant qu’être essentiel. [mais...un peu anthropomorphique non ?]

On pourrait maintenant donner une définition et dire qu’existe l’homme en tant qu’être conditionné, conditionné par les conditions, les circonstances de son existence ; et de l’autre côté, l’homme en tant qu’être non conditionné, et c’est là qu’il est manifestant de l’Être avec un grand E, qui s’exprime, se manifeste et cherche à se réaliser à travers l’homme ou dans l’homme, à travers ce qu’on appelle son être essentiel.

Et voilà cet être essentiel en nous-même, il faut bien parler d’un être essentiel, ce n’est pas l’essence, c’est quelque chose qui nous appelle, quelque chose qui nous touche, à quoi nous devons répondre, vis-à-vis de quoi nous sentons une responsabilité, et ce n’est que dans la mesure où nous sommes capables de nous ouvrir à cet être essentiel en nous-même, que nous saurons goûter l’essentiel dans tout ce qui nous entoure ( synthèse de mémoires) ; les yeux et l’oreille ouverts pour cette autre dimension, nous allons éprouver une réalité complètement différente de celle qu’on appelle en général l’existence ou la réalité existentielle.

Eh bien, vous voyez, le mot essentiel pour moi représente autre chose que l’essence de toute chose : ça c’est un terme philosophique.
Le mot essentiel,pour moi, indique une expérience pour laquelle nous nous servons de ce mot.

Il y a par exemple la grande différence entre la philosophie occidentale et la philosophie orientale.

La philosophie occidentale a depuis toujours fait de son mieux pour transformer les expériences de l’homme en concepts,jusqu’à Descartes pour lequel à la fin le mot réel ou réalité pouvait être donné à quelque chose qui entrait, bien et sans frottements, dans un ordre de concepts bien définis.
C’est cela qui est réalité.

Ce qui n’entre pas dans cet ordre n’a pas de réalité.
Eh bien il y a bien des expériences pour lesquelles on n’a pas de concept, et les concepts les plus clairs sont les plus éloignés des expériences les plus profondes, ainsi que le mot être qui est pour ainsi dire le sommet de la pyramide des concepts, et comme tel est le concept le plus abstrait du monde ; sur la pyramide vers le bas, la pointe de cette pyramide qui va vers le bas indique la chose la plus concrète en tant qu’expérience.

Et voilà la différence entre la philosophie occidentale et la sagesse orientale : la sagesse orientale se sert des mots pour indiquer des expériences qu’on ne peut pas définir.
Tandis que tout effort des philosophes occidentaux était de bien établir un ordre de concept qui explique ou fixe les expériences, mais en faisant ainsi, les bloquant de la possibilité d’être forces créatrices pour la transformation de l’homme.

Et si aujourd’hui dans l’ordre politique la jeunesse de notre temps se dirige contre tout ce qui est establishment, cela est bien valide, ou valable, pour la situation spirituelle dans laquelle nous nous trouvons.
Toute philosophie dans la mesure qu’elle est un establishment de concepts empêche la transformation de l’homme en tant qu’être vivant.

Ce n’est que par la rencontre personnelle à travers des expériences profondes que ce que nous appelons l’essentiel a et maintient sa réalité.

Je crois qu’il faut donner à cela deux réponses, dès qu’on a compris ce que veut dire l’essentiel. Je crois que tout commence et doit toujours commencer avec une prise de conscience de la qualité particulière de certaine expérience.
Si l’homme comprend ce que ça veut dire, et possède la faculté de goûter certaines choses, en se rendant compte de l’importance de ces expériences, on peut commencer tout de suite à faire attention de ne pas manquer l’instant où quelque chose le touche.

Mais là tout de suite il nous faut faire une distinction très nette : il y a les gens qui sont sourds et aveugles, malgré toute leur intelligence, ils sont intelligents mais pas spirituels, et les autres qui sont bêtes, mais spirituels, ils ont le goût du lumineux et ce sont eux tout seuls qui sont certainement capables de se rendre compte d’un instant à l’autre d’une chance de leur existence qu’ils n’ont pas connue jusqu’à présent, et de cultiver le champ de leur existence pour y trouver, rencontrer l’essentiel.

Et ce travail commence avec le développement de l’organe du goût de l’essentiel.

Et à partir de là alors certainement il y a un chemin à faire, dans le quotidien, qui en partie sera le même toujours et partout, qui correspond à la grande tradition ésotérique du chemin initiatique ; et il y aura un chemin à faire pour nous les occidentaux qui se distingue de celui qui était dans la grande tradition orientale.

EXTRAITS DE LEÇONS ET CONFÉRENCES DE KARLFRIED GRAF DURCKHEIM

( à suivre...)


Hy !, c’est moi Jess !

Une chanson de Jean-Jacques Goldman pour conclure...et vous inviter à faire comme moi...
A bientôt pour un nouvel article ciné...qui sera sûrement "en retard" Bye !

Jess

.

J’irai au bout de mes rêves
Tout au bout de mes rêves
Où la raison s’achève
Tout au bout de mes rêves
Et même si le temps presse
Même s’il est un peu court
Si les années qu’on me laisse
Ne sont que minutes et jours
Et même si l’on m’arrête
Ou s’il faut briser des murs
En soufflant dans les trompettes
Ou à force de murmures
J’irai au bout de mes rêves
Tout au bout de mes rêves
Où la raison s’achève
Tout au bout de mes rêves
Et même s’il faut partir
Changer de terre et de trace
S’il faut chercher dans l’exil
L’empreinte de mon espace
Et même si les tempêtes
Les dieux mauvais les courants
Nous font courber la tête
Plier les genoux sous le vent
J’irai au bout de mes rêves
Tout au bout de mes rêves
Où la raison s’achève
Tout au bout de mes rêves
Et même si tu me laisses
Au creux d’un mauvais détour
En ces moments ou l’on teste
La force de nos amours
Je garderai la blessure
Au fond de moi tout au fond
Mais au dessus je te jure
Que j’effacerai pas ton nom.
J’irai au bout de mes rêves
Tout au bout de mes rêves
Où la raison s’achève
Tout au bout de mes rêves
Jean-Jacques Goldman

Un ermite tient un "livre de bord"...pourquoi ne pas le partager ?... le message placé dans le bidon qui sert de boite aux lettres au bas du vieux chemin...le long de la route, vous parviendra toutes les semaines avec un certain décalage...et vous pourrez même me répondre...

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