Bulletin de l’Ermitage

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Bouffée d’air mitage

Cent dixième journée

mercredi 22 septembre 2004, par frere francois

Mon ermitage, Jeudi 16 Septembre 2004

Sur la branche écorchée
du couchant
un corbeau s’est perché
Matsuo Basho

Ce matin le froid nous a réveillé tôt...et la première occupation fut de faire le feu pour réchauffer la maison...le soleil malgré une présence matinale et bienvenue n’y arrivant plus...

En attendant nous avons fait une petite gym en tenue d’adam dans la rosée...j’en frissonne encore...mais Jess n’a jamais froid sauf dans la soufrance de la nuit...et Igor non plus...alors je m’incline

Après une bonne partie de "baballe à trois" nous avons trouvé de l’appétit pour le petit déjeuner que Jess a tenu à servir et préparer lui même...un vrai repas avec omelette et jambon...c’est bien agréable de le voir ainsi apaisé et en équilibre...un rayon de soleil en plus tant son sourire est agréable...un vrai clin d’oeil du bon Dieu...

Le reste de la journée s’est passé à réceptionner les panneaux de bois de la future cabanne...et à commencer l’assemblage...le livreur n’a pas voulu les monter...il faut donc les prendre un par un depuis le bas où bien enveloppés sous une bâche ils attendront un peu...ils ne risquent rien...nous irons peu à peu car je ne veux pas que Jess s’y épuise lui qui veut absolument m’aider : il assurera essentiellement l’assemblage...

Ce soir nous étions tous courbaturés et je du lutter pour vous envoyer ce texte inspiré de Mr et Mme Goettmann sur les techniques de méditation, la suite de mardi...

D’ailleurs avec l’automne je vais cesser mes lettres quotidiennes qui prennent trop de temps dans les jours désormais plus courts et compliquent les choses...mais devant le succès de mes écrits je ne peux plus me taire...je me contenterai d’une lettre hebdomadaire avec l’aide de Jess ce sera bien suffisant...mais je vous en reparlerai plus en détail sur un bulletin de rentrée que j’écrirai sur le site bientôt...

en attendant...à demain...peut-être ?

Voici quelques pistes possibles de méditation.

LA SENSATION DU DIVIN

Dans l’assise méditative, l’exercice de détente dans le sentir du corps, une fois que l’on a atteint une certaine profondeur et un bien-être
à entrer dans son corps, sous la peau en quelque sorte avec toute sa conscience, demeurer longuement et sans résistance dans la lourdeur de ses membres ; là, goûter le corps que je suis, percevoir avec toutes mes fibres le changement profond qui s’introduit peu à peu dans ma manière d’être là : cette absence de frontières, l’exclusion du moi dominateur, une chaleur inhabituelle qui n’a rien à faire avec la température du corps, le sentiment d’une force mystérieuse qui me porte et me soutient, l’impression d’une remise, d’un abandon total ; je ne m’appartiens plus et pourtant je suis plus moi que jamais, intensément recueilli en moi même et cependant relié à tout l’univers...

Ouverture de tout mon être à ce qui le dépasse infiniment, comme s’il venait de répondre à l’invitation secrète mais permanente du souffle de l’Esprit au fond de son coeur : "Ephata - Ouvre-toi ! (Mc 7, 34)."

Et, en effet, la profondeur de chaque sensation, dirait Vittoz, est une recréation de soi, une véritable marche vers la liberté, c’est-à-dire l’éveil de la personne sous les cendres du petit moi.
La détente au sens initiatique, loin d’une simple relaxation musculaire, ouvre les portes du mystère intérieur et offre le corps comme lieu d’alliance avec l‘Ultime...avec l‘Être. ’ ’Voici que je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi (Apoc 3. 20)..."

"Offrez vos corps à Dieu... le corps est pour le Seigneur... Ne saviez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu ? (Rom 12, 1 ; 1 Cor 6, 13).’’

Mais, s’il est vrai que notre corps est le sanctuaire de la Présence , on peut dire avec saint Grégoire Palamas que nous sommes chair de Sa Chair et os de Ses Os ......

L’Être cesse enfin d’être ’ ’un fantôme" pour l’homme, nous pouvons le’ toucher (Lc 24, 39" ! On ne le rencontre pas dans des abstractions ou des mots, ’’ne rabâchez pas" dit le Christ (Mt 6, 7), "Touchez-moi ! (Lc 24, 39).

" S’il est en effet sorti de l’Abime infranchissable de "ce que nul oeil n’a vu, nulle oreille entendu..", c’est précisément pour devenir chair et s’assimiler à nous afin que nous puissions « ’voir Sa Majesté de nos propres yeux (2F, 16)", "l’entendre de nos oreilles (Mt 13, 9 et 16", "le toucher de nos mains (1 jn 1, 1)", le sentir avec tout notre être... et nous ’’laisser saisir par Lui".

Cette méditation par le sentir va de l’extérieur vers l’intérieur, de notre surface vers la profondeur. La sensation, telle une vague de l’océan, selon la belle image d’Aurobindo, est éphémère : elle apparaît et disparaît, ne dure qu’une fraction de seconde, mais comme la vague est reliée à l’immensité profonde de l’océan tout entier, ainsi la sensation est reliée à l’infini de notre conscience intérieure et, s’il y demeure pour l’approfondir, le méditant entre peu à peu dans ce que Claudel appelle à la suite des Pères (de l’Église) la sensation du Divin...

Le sentiment d’une
Présence ineffable au contact du Mystère qui l’imprègne jusque dans la moindre de ses cellules.
Comme le feu qui pénètre le fer lorsque celui-ci est jeté dans le brasier : le fer garde la substance du métal mais il devient et réalise le feu qui l’habite et le transfigure littéralement.

Cette parabole merveilleuse utilisée pour la première fois par saint Macaire le Grand résonne à travers toute la tradition chrétienne, de l’Orient à l’Occident. Aujourd’hui comme hier, le Christ nous invite à gravir la Sainte Montagne pour entrer avec Lui dans ce feu divin. la méditation nous en ouvre le chemin concrètement...

D’après le No 81 de Question De chez Albin Michel


un ermite tient un "livre de bord" quotidien...pourquoi ne pas le partager ?... le message placé dans le bidon qui sert de boite aux lettres au bas du vieux chemin...le long de la route, vous parviendra tous les jours avec un certain décalage...et vous pourrez même me répondre...