Bulletin de l’Ermitage

Accueil > Bouffées d’air mitage > Cent sixième à cent huitième journée

Bouffées d’air -mitage

Cent sixième à cent huitième journée

lundi 20 septembre 2004, par frere francois

Mon ermitage, Dimanche 12, Lundi 13 et Mardi 14 Septembre 2004

Une nuit d’automne trop longue
le froid s’insinue dans la couche
Bientôt soixante ans
Qui pourrait s’inquiéter d’un être comme moi, solitaire et silencieux
La pluie a cessé ; les gouttes se font rares
Le chant des insectes augmente
Eveillé je ne peux me rendormir
Me redressant sur l’oreiller, je veille jusqu’au petit matin limpide
Ryokan

C’est fou ce que que cet ermite japonais est sincère...et se décalque sur les sentiments que j’éprouve en ce moment...

Heureusement Igor est là qui me réchauffe les pieds...
Brave Igor que je n’ai pas eu le temps de reconduire...et puis Jess avait besoin de lui...
j’ai averti ses maitres qu’il n’était pas perdu...

La chasse a débuté ...et c’est au bruit sinistre des coups de feux et des hurlement des chiens...des froissements de plumes remplies de terreur...du martèlement des sabots paniqués et des broussailles qui se referment protectrices que nous sommes remontés hier dans la brume... redoutant à chaque instant d’être pris pour cible...

Jess frémissait à chaque claquement sourd...à chaque sifflement de plombs...revivant les coups reçus jadis en silence dans le recoin du couloir...les hurlements de sa mère et la brûlure des clous de la ceinture du concubin qui déchirent...ses gémissements et ses sanglots silencieux ou presque ont repris cette nuit...

Le Week End s’est passé dans la brume à jouer aux cartes ou aux échecs devant la masse de laine fumante...mon moinillon a pu se reposer hagard et perdu dans ses souvenirs...
mais il a mal...
l’automne...la séparation prochaine avec son père...la nouvelle vie...la maladie ne sont pas là pour conforter son moral...

Manuel et moi avons fait le maximum pour appaiser ses douleurs...mais les blessures sont plus douloureuses à l’automne au moment où l’on se replie sur son vécu... il n’a pas voulu aller à la fête des bergers qui fêtaient entre eux la fin de l’estive...je suis resté avec lui...

...Je suis devenu son "cachet d’aspirine" (dixit)

Nous sommes remontés ainsi en silence...lui toujours sur mon dos et dont je ressentais mieux les maux, les soubresauts...la tension...la blessure...jusqu’à la faire mienne comme un buvard absorbe le trop plein...mais ne peut en effacer la tache...

Nous ne partirons pas cette semaine...un vieil ami ermite du Japon venant nous faire sa visite bisannuelle...une tradition à laquelle je ne veux pas déroger...ce sera pour la semaine qui suit si la météo le permet...

Je vous glisse la suite de ma méditation inspirée de Mr et Mme Goettmann que vous trouverez aussi dans la cahier no 81 de "Question de..." aux Editions Albin Michel et dont je me suis inspiré :

Bonne lecture...et à demain peut-être ?


LA CONSCIENCE-VISION

Une conscience-vision qui ne découpe pas et n’oppose pas, mais qui relie tout dans un seul faisceau.
Cette unité de la vision est l’unité de l’Être, et par là une conquête de l’espace et du temps. Pour elle, l’infini est dans le fini des choses et toute à l’éternité dans la seconde qui passe.

Chaque instant est un absolu, une plénitude totale, une béatitude inaltérable, contrairement au creux du mental toujours projeté en avant ou tiré en arrière, jamais entièrement dans le présent, ballotté d’espoirs en regrets.

De même pour l’espace : chaque chose est une totalité pour cette nouvelle conscience ; engendrée par l’Absolu, elle découvre l’Absolu dans tout et c’est la reconnaissance d’un être à l’autre, l’émerveillement.

Au centre du moindre objet se dévoile l’immensité infinie qui contient tout...

Mais voilà qui exige une démarche permanente de vigilance sur le Chemin.

Nous aboutissons ainsi à un lieu géométrique de tout accomplissement humain, lieu qu’on pourrait appeler méditation dans le sens précis que nous aurons à développer, où vivre intensément, c’est s’exposer à la fois au mouvement incessant de la transformation intérieure, totale, et à l’affrontement extérieur. Dialectique indissociable si l’on ne veut pas tomber du côté de l’intériorité dans une espèce d’étouffement de moi par moi et du côté de l’extériorité dans le rationalisme destructeur mais cependant garde-fou nécessaire .

C’est un tout, et l’action dans cette perspective perd son autonomie close, privée qu’elle est de toute efficacité durable si elle n’est pas branchée sur les sources intérieures de l’Être. Mémoires cachées du sub, de l’in et de l’infra conscient constitué au cours de notre expérience mais aussi véhiculée de par nos racines...

Mounier parle « ’ d’induction contemplative ". C’est se situer, en effet, au seul niveau où se font jamais les percées de l’histoire !

Inventer en quelque sorte une sagesse active qui soit aussi un instrument de combat,
libérer le potentiel extraordinaire des forces spirituelles de l’homme et laisser surgir enfin tout le bonheur qui l’habite déjà.

C’est ce à quoi prétend la méditation :réussir l’homme vivant " et cela " jusqu’à voir l’Ultime...
Le chef-d’oeuvre pour l’homme c’est lui-même.

En conséquence de quoi le mot méditation, qui recouvre à l’heure actuelle un ensemble d’activités diverses, pourrait induire en erreur celui qui le prendrait par exemple pour une réflexion sur un thème, une recherche de type rationnel ou une objectivation quelconque opérée par le mental volontaire...

Disons d’emblée ce qui va être le contenu de tous
les développements ultérieurs : méditation est entendu ici au sens de chemin de transfiguration.

Il s’agit d’une maturation de tout l’homme : dans son rapport à soi la transparence à son être essentiel ; dans son rapport aux autres et au monde : une tout autre forme de relation que l’échange fonctionnel ; dans son rapport à l‘Ultimité : la transfiguration en lui et dans les autres de l’Être Absolu. Mais dans ce processus les trois ne font qu’un : l’expérience de l’Être en effet contient tout.

La méditation ne peut être qu’un exercice de l’homme tout entier, où rien n’échappe, pas même la moindre cellule de son corps, à l’appel de la conversion. Tout doit être en chantier pour la transparence à l’Être et se préparer à mourir pour se laisser transfigurer par Lui.

Ici les extrêmes se touchent et se compénétrent. L’homme est un. Rejoindre l’extrême intériorité jusqu’aux bords de la source mystérieuse de vie pour en recevoir le jaillissement n’est pas abandon de la surface extérieure, mais intégration. C’est même là que tout commence, par le corps que je suis. Celui-ci n’est pas mon objet, mais ma manière d’être là : dans ce sens, je suis mon corps, il est mon expression au monde, ma capacité de réaliser l’unité originelle dans laquelle tous les contraires sont fondus et d’atteindre à un au-delà de toute dualité corps-ârne pour vivre dans la dimension annoncée.

Ainsi, tout ce qui tient debout dans notre vie d’homme s’enracine dans l’expérience corporelle. Tout ce qui exprime l’équilibre, le mouvement et une sainte créativité, surtout lorsqu’il s’agit de l’avènement de la Vie même, toutes choses qui sont la condition de l’être humain, respecte les lois inscrites dans sa chair.
Dans ce sens, il est frappant que la Bible n’ait même pas de mot pour dire le corps en tant que séparé du reste 1 L’unité est telle qu’il n’y a pas de modification du corps sans modification de l’esprit et, vice versa, pas de modification de l’esprit sans modification du corps, comme le disait avec force saint Basile au ive siècle.
Or, comme tout le monde le sait ou au moins le pressent, les trois fonctions essentielles qui permettent au corps cette réalisation de l’unité sont : l’attitude juste, la bonne tension et la respiration. C’est par elles que nous faisons notre entrée dans la méditation, qui met ainsi tout l’homme d’une façon très réaliste en état d’exercice. Il n’y a de transparence qu’à ce prix-là.

Nous arrivons ici à la porte de la méditation. Les voie d’accès sont multiples. Il faut chercher, expérimenter, et chacun trouvera sa voie, guidé par sa propre force intérieure.


un ermite tient un "livre de bord" quotidien...pourquoi ne pas le partager ?... le message placé dans le bidon qui sert de boite aux lettres au bas du vieux chemin...le long de la route, vous parviendra tous les jours avec un certain décalage...et vous pourrez même me répondre...

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)