Bulletin de l’Ermitage

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Bouffée d’ermitage

Cent cinquième journée

vendredi 17 septembre 2004, par frere francois

Mon ermitage Samedi 11 Septembre 2004

Vivant en harmonie avec le vent et la clareté de la lune
Si je rencontre des enfants, je joue à la balle avec eux
M’abandonnant au plaisir je compose des poèmes
Un jour un homme demandera :
"Où est donc le moine, absorbé au point de paraitre idiot ?"
Ryokan

En remontant du "bidon" avec Igor je suis passé à la ferme pour un nouveau téléphone à Francoise ma proprio ...qui m’a dit que c’était OK pour un petit complément de cabane... mais certainement pas pour un hébergement cet hivers chez elle...elle a déjà un locataire... ( comme elle est très catholiquement correcte je subodore que c’est une manière diplomatique de s’esquiver...dommage...
Elle m’a dit d’autre part que nous ne pourrions pas tenir là haut l’hivers...elle va se renseigner pour éventuellement trouver quelque chose...
je l’ai remercié...nous irons certainement à Lyon dès la première neige...

Sur la route du retour Igor devint nerveux et pressa le pas...
des petites crottes sur le chemin...
des branches cassées...des feuilles à moitié mangées annoncèrent le passage de Rit et de ses chèvres...vaguement inquiet je pressais moi aussi le pas...

Arrivé sur le petit plateau je vis le petit troupeau en train de brouter les feuilles de la lisière...et qu’Igor surveillait déjà...mais pas de trace de Rit...ni de Jess...

M’approchant jusqu’à la porte fenêtre de la petite terrasse en planches je les vis installés sous le kotatsu [1] et Jess lui servant le thé avec grande courtoisie...

Il avait revêtu pour l’occasion la petite polaire à capuche bleu marine que je lui avait acheté...et portait aussi la petite croix en bois que je lui mis autour du cou à son arrivée... et fait rarissime il s’était peigné !...

Au coin de la terrasse en bois une bassine avait été sortie...et une serviette éponge... "il" n’avait pas oublié les ablutions...

Je restais un long moment en retrait sans les écouter bien sûr...heureux de cette rencontre... mais Igor étant lui moins réservé et ayant signalé ma présence je fus obligé de le suivre pour ne pas paraitre impoli...

Nous partageâmes un "brunch" avec elle et échangeâmes des banalités...mais elle devait redescendre : ses deux fils étant avec elle ce Week End...elle reviendra les présenter si nous sommes encore içi aux prochaines vacances...

Jess a dit qu’il les accueillerai volontiers et je donnais à Rit une tome de brebis...qu’elle accepta en échange de quelques fromages de chèvres...

Puis comme à regret elle embrassa le petit moinillon...un peu impressionée par sa sagesse...lui se contentant d’une métanie mains jointes et d’un sourire...je fis de même et l’assurait qu’elle pouvait passer quand elle le voulait... quand elle en avait besoin... qu’elle serait toujours la bienvenue et ses chèvres aussi...

Avant de prendre congé Jess alla lui couper une belle rose au grimpant installé sur l’arrière de la cabane...et lui offrit enveloppée d’une petit papier métallique...elle devint toute rouge...et l’embrassa à nouveau très fort...très émue...

Elle se dépêcha pour cacher ses larmes...le bruit des clochettes diminua...Igor les accompagna un moment puis remonta vers nous...

Nous remirent tout en ordre en silence...et à la fin je m’agenouillais devant Jess...pour le saluer, lui un peu étonné...

"- je suis fier de toi Kohai ! tu as franchi une deuxième étape"

et lui de se précipiter à mon cou en me serrant très fort

"- la première c’était quand ?"

" - la joie du balayage..."

Je sentais son coeur battre très fort et chauffer le mien d’une grande amitié...tout en constatant qu’il s’était même parfumé...

Demain nous partirons encore...
sur le plateau apporter les provisions de Manuel...je passerai peut-être à Léoncel...ne pas forcer...

C’est Jess qui se charge aujourd’hui de votre méditation :preuve qu’il lit et comprend bien même si c’est moi qui l’ai recopié...
Il a ramené de Lyon " le petit prince" de Saint Exupéry...et quelques autres livres que je lui laisse le soin d’approfondir...il vous en offre un morceau...

Ce soir il n’a pas oublié de placer dans notre petit oratoire une veilleuse pour marquer le passage de Rit...une habitude d’ermite pour marquer chaque passage... coutume aprise de frère Xavier à Léoncel...

alors Bon Week-End !...et à Lundi peut être ?

Rencontre avec le renard

C’est alors qu’apparut le renard.

-Bonjour, dit le renard...

-Bonjour, répondit poliment le petit prince, qui se retourna mais ne vit rien.

-Je suis là, dit la voix, sous le pommier.

-Qui es-tu ? dit le petit prince. Tu es bien joli..

-Je suis un renard, dit le renard.

-Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste...

-Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé

-Ah ! pardon, fit le petit prince.
Mais, après réflexion, il ajouta :

-Qu’est ce que signifie « apprivoiser » ?

-Tu n’es pas d’ici, dit le renard, que cherches-tu ?

-Je cherche les hommes, dit le petit prince. Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?

-Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. C’est bien gênant ! Ils élèvent aussi des poules. C’est leur seul intérêt. Tu cherches des poules ?

-Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?

-C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens... »

-Créer des liens ?

-Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons.
Et je n’ ai pas besoin de toi. Et tu n’a pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde...

-Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une fleur... je crois qu’elle m’a apprivoisé...

-C’est possible, dit le renard. On voit sur la Terre toutes sortes de choses.

-Oh ! ce n’est pas sur la Terre, dit le petit prince. Le renard parut très intrigué :

-Sur une autre planète ?

-Oui.

-Il y a des chasseurs, sur cette planète-là ?

-Non.

-Ça, c’est intéressant ! Et des poules ?

-Non.

-Rien n’est parfait, soupira le renard.

Mais le renard revint à son idée :

-Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. Mais, si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique.

Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé...

Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :

-S’il te plaît... apprivoise-moi ! dit-il.

-Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n’ai pas beaucoup de
temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.

-On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis.
Si tu veux un ami, apprivoise-moi !

-Que faut-il faire ? dit le petit prince.

-Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près..."

Le lendemain revint le petit prince.

-Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après- midi, dès trois heures je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens
n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur. Il faut des rites.

-Qu’est-ce qu’un « rite » ? dit le petit prince.

-C’est aussi quelque chose de trop oublié, dit le renard. C’est ce qui fait qu’un jour est différent des autres jours, une heure, des autres heures. Il y a un rite, par exemple, chez mes chasseurs. Ils dansent le jeudi avec les
filles du village. Alors le jeudi est jour merveilleux ! Je vais me promener jusqu’à la vigne. Si les chasseurs dansaient n’importe quand, les jours se ressembleraient tous, et je n’aurais point de vacances.

Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l’heure du départ fut proche :

-Ah ! dit le renard... je pleurerai.

-C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal,
mais tu as voulu que je t’apprivoise...

-Bien sûr, dit le renard.

-Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.

-Bien sûr, dit le renard.

-Alors tu n’y gagnes rien !

-j’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.

Puis il ajouta :

-Va revoir les roses. Tu comprendras que la tienne est unique au monde. Tu reviendras me dire adieu, et je te ferai cadeau d’un secret.

Le petit prince s’en fut revoir les roses.

-Vous n’êtes pas du tout semblables à ma rose, vous n’êtes rien encore, leur dit-il. Personne ne vous a apprivoisées et vous n’avez apprivoisé personne. Vous êtes comme était mon renard. Ce n’était qu’un renard
semblable à cent mille autres. Mais j’en ai fait mon ami, et il est maintenant unique au monde.

Et les roses étaient gênées.

-Vous êtes belles, mais vous êtes vides, leur dit-il encore. on ne peut pas mourir pour vous. Bien sûr, ma rose à moi, un passant ordinaire croirait qu’ elle vous ressemble. Mais à elle seule elle est plus importante que vous toutes, puisque c’est elle que j’ai arrosée. Puisque c’est elle que j’ai mise sous globe. Puisque c’est elle que j’ai abritée par le paravent. Puisque c’est elle dont j’ai tué les chenilles (sauf les deux ou trois pour les papillons). Puisque c’est elle que j’ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même Quelquefois se taire. Puisque c’ est ma rose.

Et il revint vers le renard :

-Adieu, dit-il...

-Adieu, dit le renard. Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit
bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.

-L’essentiel est invisible pour les yeux, répéta le petit prince, afin de se souvenir.

-C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante.

-C’est le temps que j’ai perdu pour ma rose... lit le petit prince, afin de se souvenir.

-Les hommes ont oublié, cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l’oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose...

-Je suis responsable de ma rose... répéta le petit prince, afin de se souvenir....

Antoine De Saint-Exupéry


un ermite tient un "livre de bord" quotidien...pourquoi ne pas le partager ?... le message placé dans le bidon qui sert de boite aux lettres au bas du vieux chemin...le long de la route, vous parviendra tous les jours avec un certain décalage...et vous pourrez même me répondre...


[1Kotatsu= petite table basse japonaise munie d’un système de chauffage

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