Bulletin de l’Ermitage

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Bouffée d’air mitage

Cent troisième et cent quatrième journée

jeudi 16 septembre 2004, par frere francois

Mon ermitage Jeudi 9 et Vendredi 10 septembre 2004

Au loin les montagnes ; les oiseaux se reposent
Les feuilles tombent dans le jardin silencieux
Solitaire dans le vent d’automne
Un homme debout en robe noire
Ryokan

Pardon de vous avoir abandonné...Mais hier je n’ai pas eu le temps d’écrire car j’ai emmené Jess dans un grand hôpital à Lyon ( fondé par Rabelais en personne)...
Son état m’inquiétait et la veille au soir je me suis décidé à descendre téléphoner à la ferme du bas... et ai demandé le Pr P. ancien copain de Lycée... que je n’osais revoir...
J’ai réussi à l’obtenir... non sans mal à cause de l’urgence...il m’a vite reconnu ...et tellement content de pouvoir m’aider m’a dit de passer dès le lendemain matin à la première heure...et a averti son colègue grand spécialiste du SIDA et des enfants...Rendez vous à 7 heures !!!

Le départ fut pénible dans la nuit noire et la brume après une nuit blanche... Jess était blafard... et me suivit à contre coeur, redoutant le pire... et que je le laisse là bas...secoué par les sanglots je du le porter...

En fait à peine arrivé je ne l’ai laissé qu’aux bons soins des infirmières... montant saluer mon copain Pierre pour le remercier de sa célérité ...la dernière fois nous étions en première au Lycée Ampère... mais nous étions inséparables et je le revois toujours compter les minutes dans les cours de Mr Gendrot excellent prof de Lettres et auteurs des célèbre ouvrages "Gendrot et Eustache"... toujours pressé de reprendre son vélo qui lui servait à gagner de l’argent de poche en transportant des plis urgent...Nous avons évoqué le passé autour d’un café chaud

Puis au milieu de la matinée un coup de téléphone...le Pr X du service des enfants malades du SIDA voulait me voir...je pris congé et suis descendu l’estomac noué...

Heureuse surprise rien de grave...un début de bronchite « normale » dans son cas...et son "vrai mal" s’est amélioré...moins de charge virale ...d’avantage de T4...le traitement pourra être allégé...
Simplement...du repos...de la joie...de la stabilité...mais le voyage dont lui a bien sûr parlé Jess en premier... est autorisé !

« C’est tellement, important pour lui !...sacré petit bonhomme... vous avez bien de la chance de l’avoir avec vous...et lui aussi...il revient de loin...’ »" vous savez chez les enfant le moral...et l’espoir c’est 50% des soins...faites le vivre d’espoir...c’est le seul moyen de prolonger sa vie"

"-L’évolution de la maladie peut être stationnaire très très longtemps...mais de guérison actuellement...on ne connaît pas...mais nous sommes tous en sursis vous savez..."

Bref..prochaine visite dans 6 mois...et si possible rester à la campagne...au bon air !

J’ai retrouvé Jess le regard brillant détendu et illuminé d’un large sourire au secrétarait en grande discussion avec l’infirmière »

« - il m’explique la vie d’ermite ... et m’a presque convaincu...vous avez de la chance... »

"- votre place est plus utile ici...mais nous faisons la même chose...nous portons la souffrance..."

Jess avait retrouvé des couleurs et m’a serré très fort la main en me voyant...mais ce n’est que dehors qu’il m’a fait un gros câlin qui n’en finissait plus... tandis que de grosses gouttes salées mouillaient ma chemise...

« - tu vois j’tai pas abandonné... »

« -moi non plus... »

Nous avons été fêter cela à la cafétéria du centre commercial...puis chez un glacier renommé pour ses glaces aux chocolat... avant une longue promenade au parc de la tête d’or au milieu des canards, des oies,des pigeons et des cygnes : ce sera peut-être là que nous passerons l’hivers s’il fait froid ! Jess en a été heureux

Puis nous sommes repartis tard après être passé à la Guha où je lui ai montré où il logerai si nous ne trouvons rien ailleurs...mes oiseaux l’ont déjà adopté...et il était passionné par mon matériel informatique...excellente idée !

Nous sommes revenus très tard dans la nuit ( mon bonzillon intarissable dans la voiture au retour ) et remontés à la lueur de la torche... devenu un vrai st Christophe... comme je l’avais expliqué à l’infirmière... Christophoros... celui qui porte le christ...histoire merveilleuse et légendaire de cet être mal dégrossi et à demi sauvage qui ému devant un enfant qui n’arrivait pas à franchir la rivière le pris sur son dos...et le sentant de plus en plus lourd se mis à l’interroger...jusqu’à ce qu’il lui avoue..."celui que tu portes est le Christ...celui qui porte tous les malheurs du monde..."

... moi je ne participe qu’à une infime partie...mais c’est vrai ne m’appelle point Christophe

A mi pente l’aboiement d’Igor finit de nous guider , heureusement d’ailleurs la lampe faiblissait...il avait reconnu notre pas... et n’avait rien mangé...sa gamelle était pleine...

Nous voyant revenir il reprit de l’appétit...et nous nous sommes endormis tous les trois devant le feu rougissant et dans les bras les uns des autres...

Le froid m’a réveillé...le temps d’écrire ce mot...ne pas réveiller surtout Jess ni Igor... hélas pour Igor c’est déjà fait ...je vais porter ma lettre au bidon avec lui...et vite remonter pour le petit déjeuner...

alors à demain peut-être ?


un ermite tient un "livre de bord" quotidien...pourquoi ne pas le partager ?... le message placé dans le bidon qui sert de boite aux lettres au bas du vieux chemin...le long de la route, vous parviendra tous les jours avec un certain décalage...et vous pourrez même me répondre...

Messages

  • Depuis le début , je lis les épisodes de votre vie d’ermite montagnard
    caché par la nature et sachant nous faire partager vos émotions et vos silences ,
    vos moments difficiles et vos moments agréables au milieu de cette nature
    dont rien que l’évocation est si belle et parlante à tous , si l’on veut bien faire un peu silence
    et chercher en soi-même ce bonheur de vivre dans un endroit hostile à certains moments , si agréable à d’autres .
    Mais c’est encore aujourd’hui que je préfère , votre évocation de St Christophe qui porte la souffrance du monde , je pense que tous ceux et celles qui aident de quelque manière que ce soit , un ou plusieurs de leurs frères souffrants , malheureux ou seuls , livrés à eux-mêmes peuvent se dire qu’eux aussi sont un peu des " St Christophe" en puissance, si petite que soit l’aide qu’ils offrent de tout leur coeur aux autres .
    Merci pour ces journées partagées avec tous ceux et celles qui visitent l’Ermitage .
    Merci pour cette petite lueur de bonheur donnée à tous .
    Merci pour cette petite flamme entretenue au coeur de tous ceux qui cherchent la vraie beauté , la vraie joie et la trouve en vous lisant .
    Merci pour ce petit "bout d’homme" si courageux , je le retrouve si bien dans la vie de notre "jeune fille différente " en ce moment atteinte elle aussi dans son corps par une très mauvaise chute , fracture du genou , opérée d’urgence et qui demande aide et attention , mais qui fait elle aussi preuve d’une immense joie de vivre .
    Oui , ces petits si différents , mais si grands de coeur et d’esprit , nous donnent une belle leçon de courage de vérité et de vraie vie .
    Pour eux , pour tous ceux dont on ne parle pas , unissons nos prières pour leur dire "merci " ils nous donnent tant .
    Simplement en toute amitié , Gilberte .

    • Merci à vous Gilberte...fidèle amie ,toujours présente et dont les prières nous aident tant

      J’ai trouvé pour vous cette vie de Saint Christophe que j’aime tant je vous la livre mais j’y reviendrais aussi certainement dans une autre lettre pour en expliquer le profond symbolisme

      en toute amitié fraternelle

      ff+

      SAINT CHRISTOPHE

      Christophe, avant son baptême, se nommait Réprouvé, mais dans la suite il fut appelé Christophe, comme si on disait : qui porte le Christ, parce qu’il porta le Christ en quatre manières : sur ses épaules, pour le faire passer ; dans son corps, par la macération ; dans son coeur, par la dévotion et sur les lèvres, parla confession ou prédication.

      Christophe était Chananéen ; il avait une taille gigantesque, un aspect terrible, et douze coudées de haut : D’après ce qu’on lit eu ses actes, un jour qu’il se trouvait auprès d’un roi des Chananéens, il lui vint à l’esprit de. chercher, quel était le plus grand prince du monde, et de demeurer près de lui. Il se présenta chez un roi très puissant qui avait partout la réputation de ( L’hymne O beate mundi auctor, du bréviaire mozarabe fait allusion, dans ses seize strophes, à tous les points de cette légende.) n’avoir point d’égal en grandeur. Ce roi en le voyant l’accueillit avec bonté et le fit rester à sa cour. Or, un jour, un jongleur chantait en présence du roi une chanson oit revenait souvent le nom du diable ; le roi, qui était chrétien, chaque fois qu’il entendait prononcer le nom de quelque diable, faisait de suite le signe de croix sur. sa figure. Christophe, qui remarqua cela, était fort étonné de cette action, et de ce que signifiait un pareil acte. Il interrogea le roi à ce sujet et celui-ci ne voulant pas le lui découvrir, Christophe ajouta : « Si vous ne me le dites, je ne resterai pas plus longtemps avec vous. » C’est pourquoi le roi fut contraint de lui dire : « Je me munis de ce signe, quelque diable que j’entende nommer, dans la crainte qu’il ne prenne pouvoir sur moi et ne me nuise. » Christophe lui répondit : « Si vous craignez que le diable ne vous nuise, il est évidemment plus grand et plus puissant que vous ; la preuve en est que vous en avez une terrible frayeur. Je suis donc bien déçu dans mon attente ; je pensais avoir trouvé le, plus grand et le plus puissant seigneur du monde ; mais maintenant je vous fais mes adieux, car je veux chercher le diable lui-même, afin de le prendre pour mon maître et devenir son serviteur. » Il quitta ce roi et se mit en devoir de chercher le diable. Or, comme il marchait au milieu d’un désert, il vit une grande multitude de soldats, dont l’un, à l’aspect féroce et terrible, vint vers lui et lui demanda où il allait. Christophe lui répondit : « Je vais chercher le seigneur diable, afin de le prendre pour maître et seigneur. » Celui-ci lui dit : « Je suis celui que tu cherches. » Christophe tout réjoui s’engagea pour être son serviteur à toujours et le prit pour son seigneur. Or, comme ils marchaient ensemble, ils rencontrèrent une croix élevée sur un chemin public. Aussitôt que le diable eut aperçu cette croix, il fut effrayé, prit la fuite et, quittant le chemin, il conduisit Christophe à travers un terrain à l’écart et raboteux, ensuite il le ramena sur la route. Christophe émerveillé de voir cela lui demanda pourquoi il avait manifesté tant de crainte, lorsqu’il quitta la voie ordinaire, pour faire un détour, et le ramener ensuite dans le chemin : Le diable ne voulant absolument pas lui en donner le motif, Christophe dit : « Si vous ne me l’indiquez, je vous quitte à l’instant. » Le diable fut forcé de lui dire : « Un homme qui s’appelle Christ fut attaché à la croix ; dès que j e vois l’image de sa croix, j’entre dans une grande peur, et m’enfuis effrayé. » Christophe lui dit : « Donc ce Christ est plus grand et plus puissant que toi, puisque tu as une si brande frayeur en voyant l’image de sa croix ? J’ai donc travaillé en vain, et n’ai pas encore trouvé le plus grand prince- du monde. Adieu maintenant, je veux te quitter et chercher ce Christ. »

      Il chercha longtemps quelqu’un qui lui donnât des renseignements sur le Christ ; enfin il rencontra un ermite qui lui prêcha J.-C. et qui l’instruisit soigneusement de la foi. L’ermite dit à Christophe : « Ce roi que tu désires servir réclame cette soumission : c’est qu’il te faudra jeûner souvent. » Christophe lui répondit : « Qu’il me demande autre chose, parce qu’il m’est absolument impossible de faire cela. » « Il te faudra encore, reprend l’ermite, lui adresser des prières. » « Je ne sais ce que s’est, répondit Christophe, et je ne puis me soumettre à cette exigence. » L’ermite lui dit : « Connais-tu tel fleuve où bien des passants sont en péril de perdre la vie ? » « Oui, dit Christophe. L’ermite reprit : « Comme tu as une haute stature et que tu es fort robuste, si tu restais auprès de ce fleuve, et si tu passais tous ceux qui surviennent, tu ferais quelque chose de très agréable au roi J.-C. que tu désires servir, et j’espère qu’il se manifesterait à toi en ce lieu. » Christophe lui dit ; « Oui, je puis bien remplir cet office, et je promets que je m’en acquitterai pour lui. »

      Il alla donc au fleuve dont il était question, et s’y construisit un petit logement. Il portait à la main au lieu de bâton une perche avec laquelle il se maintenait dans l’eau ; et il passait. sans relâche tous les voyageurs. Bien des jours s’étaient écoulés, quand, une fois qu’il se reposait dans sa petite maison, il entendit la voix d’un petit enfant qui l’appelait en disant : « Christophe, viens dehors et passe-moi. » Christophe se leva de suite, mais ne trouva personne. Rentré chez soi, il entendit la même voix qui l’appelait. Il courut de,lors de nouveau et ne trouva personne. Une troisième fois il fut appelé comme auparavant, sortit et trouva sur la rive du fleuve un enfant qui le pria instamment de le passer. Christophe leva donc l’enfant sur ses épaules, prit son bâton et entra dans le fleuve pour le traverser. Et voici que l’eau du fleuve se gonflait peu à peu, l’enfant lui pesait comme une masse de plomb ; il avançait, et l’eau gonflait toujours, l’enfant écrasait de plus en plus les épaules de Christophe d’un poids intolérable, de sorte que celui-ci se trouvait dans de grandes angoisses et, craignait de périr. Il échappa à grand peine.

      Quand il eut franchi la rivière, il déposa l’enfant sur la rive et lui dit : Enfant, tu m’as exposé à un grand danger, et tu m’as tant pesé que si j’avais eu le monde entier sur moi, je ne sais si j’aurais eu plus lourda porter. » L’enfant lui répondit : « Ne t’en étonne pas, Christophe, tu n’as pas eu seulement tout le monde sur toi, mais tu as porté sur les épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi, , auquel tu as en cela rendu service ; et pour te prouver que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre vis-à-vis ta petite maison, et le matin tu verras qu’il a. fleuri et porté des fruits, » A l’instant il disparut. En arrivant, Christophe ficha. donc son bâton en terre, et quand il se leva le matin, il trouva que sa perche avait poussé des feuilles, et des dattes comme un palmier. Il vint ensuite à Samos, ville de Lycie, où il ne comprit pas la langue que parlaient les habitants, et il pria le Seigneur de lui en donner l’intelligence.

      Tandis qu’il restait en prières, les juges le prirent pour un insensé, et le laissèrent. Christophe, ayant obtenu ce qu’il demandait, se couvrit le visage, vint à l’endroit où combattaient les chrétiens, et il les affermissait au milieu de leurs tourments. Alors un des juges le frappa. au visage, et Christophe se découvrant la figure : « Si je n’étais chrétien, dit-il, je me vengerais aussitôt de cette injure. » Puis il ficha son bâton, en terre en priant le Seigneur de le faire reverdir pour convertir le peuple. Or, comme cela se fit à l’instant, huit mille hommes devinrent croyants. Le roi envoya alors deux cents soldats avec ordre d’amener Christophe par devant lui ; mais l’avant trouvé en oraison ils craignirent de lui signifier cet ordre ; le roi envoya encore un pareil nombre d’hommes, qui, eux aussi, se mirent à prier avec Christophe. Il se leva et leur dit : « Oui cherchez-vous ? » Quand ils eurent vu son visage ; ils dirent : « Le roi nous a envoyés pour te garrotter et t’amener à lui. » Christophe leur dit : « Si je voulais, vous ne pourriez. me conduire ni garrotté, ni libre. » Ils lui dirent : « Alors si tu ne veux pas, va librement partout : ou bon te semblera, et nous dirons au roi que nous ne t’avons pas trouvé. » « Non, il n’en sera pas ainsi, dit-il ; j’irai avec vous. » Alors il les convertit à la foi, se fit lier par eux les mains derrière le dos, et conduire au roi en cet état. A sa vue, le roi fut effrayé et tomba à l’instant de son siège. Relevée ensuite par ses serviteurs, il lui demanda son nom et sa patrie. Christophe lui répondit : « Avant mon baptême, je m’appelais Réprouvé, mais aujourd’hui je me nomme Christophe. » Le roi lui dit : « Tu t’es donné un, sot nom, en prenant celui du Christ crucifié, qui ne s’est fait aucun bien, et qui ne pourra t’en faire. Maintenant donc, méchant Chananéen, pourquoi ne sacrifies-tu pas à nos dieux ? » Christophe lui dit : « C’est à bon droit que tu t’appelles Dagnus *, parce que tu es la mort du monde, l’associé du diable ; et tes dieux sont l’ouvrage de la main des hommes. Le roi lui dit : « Tu as été élevé au. milieu des bêtes féroces ; tu ne peux donc proférer que paroles sauvages et choses inconnues des hommes. Or, maintenant, si tu veux sacrifier, tu obtiendras de moi de grands honneurs, sinon, tu périras dans les supplices. » Et comme le saint ne voulut pas sacrifier, Dagnus le fit mettre en prison ; quant aux soldats qui avaient été envoyés à Christophe, il les fit décapiter pour le nom de J.-C. Ensuite il fit renfermer avec Christophe dans la prison deux filles très belles, dont l’une s’appelait Nicée et l’autre Aquilinie, leur promettant de grandes récompenses, si elles induisaient Christophe à pécher avec elles. A cette vue, Christophe se mit tout de suite en prière. Mais comme ces filles le tourmentaient par leurs caresses : et leurs embrassements, il se leva et leur, dit : « Que prétendez-vous et pour quel motif avez-vous été introduites ici ? ». Alors elles furent effrayées de l’éclat de son visage et dirent : « Ayez pitié de nous, saint homme, afin que nous puissions croire au Dieu que vous prêchez. » Le roi, informé de cela, se fit amener ces femmes et leur dit : « Vous avez donc aussi été séduites. Je jure par les dieux que si vous ne sacrifiez, vous périrez de malemort. » Elles répondirent : « Si tu veux que nous sacrifiions, commande qu’on nettoie les places et que tout le monde s’assemble au temple. » Quand cela fut fait, et qu’elles furent entrées dans le temple, elles dénouèrent leurs ceintures, les mirent au cou des idoles qu’elles firent tomber et qu’elles brisèrent ; puis elles dirent aux assistants : « Allez appeler des médecins pour guérir vos dieux. » Alors par l’ordre du roi, Aquilinie est pendue ; puis on attacha à ses pieds une pierre énorme qui disloqua tous ses membres. Quand elle eut rendu son âme au Seigneur, Nicée, sa soeur, fut jetée dans le feu ; mais comme elle en sortit saine et sauve, elle fut tout aussitôt après décapitée. Après quoi sauve, est amené en présence du roi qui le fait fouetter avec des verges de fer ; un casque de fer rougi au feu est mis sur sa tête ; le roi fait préparer un banc en fer où il ordonne de lier Christophe et sous lequel il fait allumer du feu qu’on alimente avec de la poix. Mais le banc fond comme la cire, et le saint reste sain et sauf. Ensuite le roi le fait lier à un poteau et commande à quatre cents soldats de le percer de flèches : mais toutes les flèches restaient suspendues en l’air, et aucune ne put le toucher. Or, le roi, pensant qu’il avait été tué par les archers, se mit à l’insulter ; tout à coup une flèche se détache de l’air, vient retourner sur le roi qu’elle frappe à l’œil, et qu’elle aveugle. Christophe lui dit : « C’est demain que je dois consommer mon sacrifice ; tu feras donc, tyran, de la boue avec mon sang ; tu t’en frotteras l’oeil et tu seras guéri. » Par ordre du roi ou le mène au lieu où il devait être décapité ; et quand il eut fait sa prière, on lui trancha la tête. Le roi prit un peu de son sang, et le mettant sur son oeil, il dit : « Au nom de Dieu et de saint Christophe. » Et il fut guéri à l’instant. Alors le roi crut, et porta un édit par lequel quiconque blasphémerait Dieu et saint Christophe serait aussitôt puni par le glaive. — Saint Ambroise parle ainsi de ce martyr dans sa préface : « Vous avez élevé, Seigneur, saint Christophe, à un tel degré. de vertu, et vous avez, donné une telle grâce à sa parole, que par lui vous avez arraché à l’erreur de la gentilité pour les amener à la croyance chrétienne, quarante-huit mille hommes. Nicée et Aquilinie qui depuis longtemps se livraient publiquement à la prostitution, il les porta, à prendre des habitudes de chasteté, et leur enseigna à recevoir la couronne. Bien que lié sur un banc de fer, au milieu d’un bûcher ardent, il ne redouta pas d’être brûlé par ce feu, et pendant une journée entière, il ne put être percé par les flèches de toute une soldatesque. Il y a plus, une de ces flèches crève l’oeil d’un des bourreaux, et le sang du bienheureux martyr mêlé à la terre lui rend la vue et en enlevant l’aveuglement du corps, éclaire son esprit car il obtint sa grâce auprès de vous et il vous a prié avec supplication d’éloigner les maladies et les infirmités*. »

      * Ces derniers mots nous expliquent le motif pour lequel saint Christophe est représenté avec des proportions gigantesques principalement aux portails des églises. On se croyait à l’abri des maladies et des infirmités dès lors qu’on avait vu la statue du saint, de là ces vers :

      Christophore sancte, virtutes saut tibi tantae,
      Qui te mane vident, nocturno tempore rident.
      Christophore sancte, speciem qui eumque tuetur,
      Ista nempe die non morte mala morietur.
      Christophorum videas, postea tutus eas.
    • Dans une très ancienne liturgie : la liturgie Mazarabe qui nous viens du Sud de l’espagne du 7ème siècle , de Tolède plus précisément on trouve ce très bel hymne à St Christophe que je vous offre pour ce Dimanche

      O beate Mundi Auctor
      (Die XXV Julii. In festo sancti Christophori et comitum ejus. Ad Vesperum, in Laudibus / 25 de julio. San Cristóbal y compañeros. Vísperas y Laudes) 10 de julio en el calendario actual.

      O beate Mundi Auctor,
      Atque rerum Conditor,
      Qui non es acceptor omnis
      Personae, nec munerum ;
      Sed, dum quisque te requirit,
      Ades clementissimus :
      Qui beatum coeli civem
      Christophorum martyrem
      Eximens a caenulento
      Limo pravi germinis,
      Glorioso tuo nutu
      Praesciendo adtrahis :
      Spreta quoque vir devotus
      Generis flagitia,
      Ut veritatis sequeretur
      Promptior vestigia ;
      Ac proinde tua, Christe,
      Potiretur gratia.
      Deciusque Imperator
      Captum a Comitibus,
      Necti suis hunc Beatum
      Nititur militibus ;
      Quem virilem prorsus esse
      Bello adprobaverat.
      Elegansque statura,
      Mente elegantior
      Visu fulgens, corde vibrans,
      Et capillis rutilans ;
      Ore Christum, corde Christum
      Christophorus insonat.
      Iste nempe linguae nostrae
      Nesciens eloquia,
      Christi in virtute dari
      Sibi Patrem imprecans :
      Illico, Deo favente,
      Loquebatur omnia.
      Tunc deinde Aulam Christi
      Precaturus adhaerens,
      Postulata impetravit
      Virgam suam frondere ;
      Virtute corroboratus
      In agone proficit.
      Veritatis plena fide
      Insequens vestigia
      Militum se persequentum
      Fragmina multiplicat,
      Quod veherent saturati
      Plena cuncti saccula.
      Ad fidem Christi proinde
      Evocati milites
      Cum beato Christophoro
      Fonte almo lavacri
      Expiati gestiebant
      Rudimento gratiae.
      Vatem hunc, deinde isti
      Conligatum milites,
      Una voluntate sistunt
      Decii conspectibus ;
      Quem diro sermone Sanctos
      Protinus adgreditur.
      Nec moratus Rex crudelis
      Furibundus acriter,
      Sanctum jubet Christophorum :
      Pensum radi ungulis ;
      Denudatis ejus costis,
      Carnibus excerperent.
      Aquilinam tunc deinde,
      Sanctamque Galleniam
      Vehementer poenis actas
      Litat Christo Martyres :
      Pugione consecravit
      Memoratos Milites.
      Ignibus post haec Beatum
      Deputat atrocibus :
      Adtigit nusquam illum
      Flammae Pyrus validus ;
      Nam secus, ut aurum fulgens
      Rutilans adgreditur :
      Sociis dehinc ad astra decem
      Missis militibus ;
      Quos pro Christo dessecavit
      Gladius tyrannicus ;
      Ense idem verberatus
      Aethera provehitur.
      Inde omnes, te precamur
      Sponsor fidelissime,
      Ut tuae promissionis
      Foedera non adneges,
      Quae cum sancto Christophoro
      Pepigisti dulciter :
      Sed per eum mereamur
      Adsequi coelestia,
      Amputata prorsus a nobis
      Omnia piacula ;
      Et fulgeat perennis
      Deus in aeterna saecula.
      Amen.

      hymne mozarabe tolède 633 ; l’absence de dico latin-français sur place m’empêche de vous en donner la traduction ce sera pour plus tard...à moins qu’une bonne âme ne me la fournisse ?

      en toute fraternité

      ff+