Bulletin de l’Ermitage

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Bouffées d’air mitage

Cent deuxième journée

mardi 14 septembre 2004, par frere francois

Mon ermitage, mercredi 8 Septembre 2004

Nuit de solitude sous le sommet de la montagne
Pluie mêlée de neige...tristesse
Un cri résonne près des sommets
Le froid de la vallée fige le bruit de l’eau
Devant la fenêtre la lumière de la lampe immobile
A la tête du lit l’eau de la pierre à encre a séché
Toute la nuit sans dormir
Réchauffant le pinceau avec mon souffle
je compose quelques poèmes
Ryokan

Nuit difficile...un peu de fièvre et beaucoup de cauchemars...le petit Jess est tellement « allant » qu’il ne sait guère économiser ses forces...et les ganglions sont de retour...

Nous retournerons à l’hopital à la fin de la semaine

La joie a fait place à l’inquiétude et Jess se demande s’il ne sera pas trop fatigué pour aller à la mer...800km aller...autant pour le retour... lui qui n’aime guère la voiture...
« - Mais toi il faut que tu disperse ta mère... »

Je l’ai rassuré:nous verrons après l’avis du médecin...et en fonction de la météo...

...et si c’est pas possible cela peut attendre le printemps...ma mère elle a l’éternité... et un long câlin en prenant sa petite tête mouillée de larmes et de sueur à deux mains face à mon visage...j’ai essayé par l’appaiser ...

Médicaments ou regard...il s’est endormi...

Le matin cela allait mieux et "les glandes" un peu moins enflées...il faut avant tout se reposer...
ce matin il ne fait pas très beau mais je lui ai confié mes jumelles...et l’ai débarrassé de la corvée du nettoyage... le courrier suffira s’il ne pleut pas...

Cet après midi nous ferons ensemble un peu de calligraphie...excellente manière de perfectionner l’écriture...
et je remplirai les papiers pour les cours du CNED...nous sommes bien d’accord...à son rythme...on ne force pas...je remonterai de la ville à l’occasion une vieille machine à écrire...il pourra même rédiger quelques articles pour le bulletin au rythme de ses progrès...

Pour la lecture les psaumes...ou ce dont il a envie...
pour le calcul il sera responsable de ma comptabilité...
comme ça il veut bien...et est soulagé...

Je lui ai dit aussi de dessiner l’aménagement d’une petite cabane pour l’hivers...au début communiquante...quand il le voudra nous pourrons la détacher...je songe à quelques aménagements d’isolation pour l’automne...et irai voir Francoise la propriétaire du terrain pour l’autorisation... et éventuellement si elle accepterait de nous louer un prix très modique 2 pièces pour l’hivers...et les jours de neige...

Sinon je l’emmenerai à la grande ville...je dormirai dans le couloir de mon F1 et il occupera ma chambre...et s’occupera des oiseaux...
en tous cas il y a l’électricité et le chauffage...et l’informatique...cela peut l’aider...

Nous descendrons à la première neige pour ne pas avoir à la déblayer ...ce serait trop dur pour lui ici...

Voilà... je vous confie le texte de Rachel et Alphonse Goetmann prêtre de l’Eglise orthodoxe et disciples de Karlfried Graf Durkheim mystique aux carrefours des grandes spiritualités né à Munich le 27 Octobre 1986 qui installa à Kiel avec des amis, un petit groupe de recherches, le - Quatuor -, mettant en ceuvre une pratique de silence intérieur et d’assise méditative.
Durant cette période il découvre Eckhart « mon maitre, le maitre », Nieztsche, Rilke, le bouddhisme et l’évangile de saint jean....et s’orientre vers la psychologie dans la lignée de Jung.
En 1937 il chargé de mission culturelle au Japon pour étudier les bases spirituelles de l’éducation japonaise. Il y séjournera dix ans. Il s’informe du Zen rinzai, pratique la méditation, rencontre D. T. Suzuki. C’est du Japon, et de sa culture du silence que Durckheim tirera la part majeure de son enseignement.
De retour en Allemagne, il ouvre A Todtmos-Rutte, en Foret Noire, un - Centre de formation et de rencontres de psychologie existentielle -, avec l’analyste junguienne Maria Hippius, à l’intention de ceux qui veulent s’éveiller à une quatrième dimension par une nouvelle attitude intérieure.
Durckheim s’est éteint A Todtmos-Rutte, le 28 décembre 1988.

LA VÉRITABLE DIMENSION DE L’HOMME

Prisonnier de sa détresse et de son angoisse, l’homme refoule sans arrêt son être profond. De cette souffrance lancinante, mais d’abord inexplicable à la conscience ordinaire, peut naître alors une immense
nostalgie, la nostalgie de quelque chose qu’on ne connaît pas et qui
pourtant nous habite. Une certaine agitation, des sentiments de peur, de
culpabilité et de vide intérieur deviennent nos compagnons habituels. Ils
sont là sans motif apparent et rien au monde ne peut y remédier : toutes
nos mesures de sécurité laissent entière cette peur qui est en nous ; pas une
de nos richesses accumulées ne vient combler ce vide toujours plus béant
et l’honnête homme qui mène une vie sans reproche continue à ressentir
une étrange culpabilité. Car il s’agit en fait de tout autre chose. Déjà
Viktor Frankl reconnaissait en cela une « névrose existentielle *".
C’est la poussée de l’Être en quelque sorte. A travers sa nostalgie,
l’homme actuel pressent secrètement l’existence d’une plénitude libératrice au-delà de tout avoir, pouvoir, savoir qui enchaînent et réduisent son moi aux futilités mondaines.

Il pressent la possibilité d’être un tout autre dans une transformation jamais achevée et l’existence d’un sens au-delà de tous les sens et non-sens de toutes les justices et injustices telles que les comprend sa seule raison.

Il pressent enfin l’existence d’un amour au-delà de tout amour particulier, indépendant et capable d’engendrer à l’indépendance, loin de toute solitude dépeuplée.

Nostalgie de l’Infini que rien de fini ne pourra jamais satisfaire, elle est signe d’Autre Chose...

Mais cet au-delà n’est jamais un ailleurs : il est au fond de l’homme,
sa propre profondeur. Une profondeur pourtant qui lui échappe et dont il ne pourra nullement faire le tour avec sa conscience rationnelle qui mesure et définit. Il la pressent simplement.

C’est une intuition de l’Être qui n’a rien de commun, au contraire, avec la logique du moi objectivant et tout ce à quoi il s’agrippe. Intuition de plus en plus forte et exigeante à mesure qu’elle creuse une nouvelle conscience, non pas dans la raison mais dans le coeur de l’homme.

Et le voilà qui commence à prendre au sérieux les moments privilégiés de sa vie, courts et fulgurants. Il en garde un souvenir ineffaçable : le jour, l’heure, l’endroit précis où la présence de l’Être l’a traversé comme un éclair, ont marqué définitivement sa mémoire. Chacun de nous se rappelle ces points lumineux qui parsèment ainsi notre existence. Subitement et d’une façon tout à fait inattendue, à propos de rien, on est transplanté dans une réalité absolument autre, éblouissante. Cela peut durer seulement quelques secondes, mais on sait qu’une dimension qui n’a rien à faire avec l’espace et le temps vient de nous toucher.

Mais sans renaître à un autre plan de conscience que celui du moi raisonnant, on n’entre pas en contact vécu avec cette réalité dont la qualité et la signification sont radicalement nouvelles, c’est-à-dire dont on ne peut pas se faire une idée à partir de nos idées (Éph. 3, 20).[ce qui n’évacue nullement la réalité rationelle]

C’est pourquoi la conversion, le grand retournement de l’être, et jusqu’à la mort de l’ego, est la clé de voûte de tout le message biblique comme celui des autres religions. Une expérience inouïe que chacun est invité à faire : " Venez et voyez " (jn 1, 3 9). Elle est le tournant de la vie, qui nous donne enfin « ’des oreilles pour entendre, des yeux pour voir et un coeur pour comprendre " (Mt 13, 13-15).
Très concrètement de quoi s’agit-il dans cette expérience qui révèle l’homme à sa véritable dimension ?

D’abord d’une expérience de l’être que nous sommes dans le tréfonds de nous-mêmes, au-delà de toute image et concept. Et, parce qu’inséparablement liée, d’une expérience de l’Être absolu.

Mais souvent l’Être est neutre pour commencer, impersonnel, transcendance innommée, buisson ardent échappant à toutes les catégories habituelles de la conscience ordinaire et répondant invariablement aux sollicitations premières de celle-ci je Suis Celui qui Est " (Ex 3, 14). De toute façon, le bouleversement intérieur est total et le feu consumant...

On se sent alors vivifié de l’intérieur, entouré au sein même de sa solitude, profondément relié aux autres, plus proche d’eux que jamais.

Chaque fois que cette dimension nous saisit, elle se révèle dans un caractère trinitaire. Ce qui explique précisément pourquoi aucun remède extérieur ne saurait répondre à la triple détresse de l’homme.
Tout le monde sait que l’homme le plus riche du monde est aussi l’homme le plus triste ! Il s’agit d’une autre ’’ maladie ’’, celle d’avoir perdu ses racines, la carence de l’être...

Celui qui reconnaît le véritable enjeu de ce mal découvre le secret dernier de tous ses désirs : vivre pleinement, réaliser sa personne, et retrouver l’unité. C’est le cri vers I’Être quand l’homme en est amputé. Ainsi, que nous soyons conscients ou non, toujours et partout nous nous découvrons nous-mêmes et le monde sous ce triple aspect.

Toute réalité, tout ce qui vit est animé, pénétré, centré par la Trinité de l’Être, et rien ne se comprend ni à l’homme ni à l’univers en dehors de ce grand dynamisme qui est la clé de tout

La SOURCE qui donne la Vie : ce qui vit ne vit pas par soi-même, mais se reçoit de la Force et de la Plénitude de l’Être, qui veut se donner et se manifester dans l’existence. Fermé à cette source créatrice, on tombe nécessairement dans l’angoisse et l’insécurité, la peur de la mort.

La PAROLE qui donne la Forme : ce qui vit tend à se réaliser profondément dans sa forme particulière, à devenir soi-même *jusqu 1 à l’achèvement. C’est le sens de la vie, la lumière de l’Être qui cherche à se manifester dans une image différenciée à travers chaque être. Son refus signifie la chute dans l’absurdité qui va dans tous les sens...

Le SOUFFLE qui donne »Harmonie et le Mouvement : il reconduit à nouveau tout ce qui vit-, au-delà et à travers toute différenciation, vers la Totalité et l’Unité de l’Être à laquelle tout être participe. Énergie qui recrée l’unité en nous-mêmes et en tout ce qui nous entoure, nous sortant de la solitude et de la division, mais en même temps nous distingue et nous transfigure.

Cette expérience de la trinité de l’Être est un " bond dans une nouvelle espèce de conscience, une renaissance à la racine de l’homme

Le " vieux moi " meurt, un être nouveau apparaît qui a retrouvé son véritable centre. Les contraires sont abolis, tous les dualismes dominés, sujet-objet convergent...

Épiphanie tant espérée et attendue de la Vie dans la vie concrète de chacun, telle dont le Christ est image : Force créatrice du Père, Lumière signifiante du Fils, Énergie vivifiante de l’Esprit...

Mais cette réalité transcendante n’est pas qu’une libération de nos détresses, elle est aussi contestation permanente de toutes nos positions acquises et de nos fixations, renversement total de nos valeurs si assurées,
mise en cause de notre manière de vivre, abolition de toutes les sécurités fictives et du moindre a priori sur l’existence...

Une nouvelle dimension doit apparaître, elle ne se laisse emmurer par rien et n’a rien à faire avec la conscience ordinaire. Elle n’est même pas le sommet de cette conscience. Mais tout simplement une autre conscience.


un ermite tient un "livre de bord" quotidien...pourquoi ne pas le partager ?... le message placé dans le bidon qui sert de boite aux lettres au bas du vieux chemin...le long de la route, vous parviendra tous les jours avec un certain décalage...et vous pourrez même me répondre...