Bulletin de l’Ermitage

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A quoi bon

Un texte de Marcel Légaut

mardi 29 octobre 2002, par frere francois

Ce magnifique texte nous invite à prendre ou reprendre la route, nous pousse à l’errance, loin des certitudes confortables et illusoires de ceux qui pensent avoir "trouvé"...

A quoi bon...

A quoi bon chercher plus de vérité là où suffit le peu qui s’y cache dans les erreurs que tout le monde professe ?
Ne trouve-t-on pas en ces erreurs finalement bienvenues ?
la satisfaction du désir irrésistible de sécurités et le besoin insatiable de certitudes lesquelles se tapissent au fond de tout homme ?
Que faut-il de plus pour vivre comme on peut vivre ?

A quoi bon chercher à apporter à autrui une vérité moins fausse pour corriger quelque peu les connaissances, sans nul doute plus erronées que justes, que celui-ci a de sa condition d’homme ?
Pourquoi s’efforcer de chasser quelques unes des puérilités auxquelles aujourd’hui encore chacun tient à cœur sur ce sujet ?

Sa vie spirituelle saurait-elle s’en passer , même s’il prenait conscience que, de la sorte, elle subit de leur part des préjudices certains ?

Est-ce utile, n’est-ce pas vain de dénoncer des naïvetés auxquelles il a donné spontanément son adhésion tant jamais on a osé y réfléchir directement et droitement ?

Cette vérité plus vraie, nul ne l’attend. Nul ne la désire.
Plutôt on aurait tendance à la craindre.
Aussi bien, si elle s’impose parce qu’elle a été dite avec force sans que, par ailleurs, on y soit secrètement préparé et qu’aveuglément on l’attende... vite sera trouvé instinctivement le moyen d’en faire les transpositions nécessaires, pour que rien ne soit finalement changé de ce qu’on sait déjà...
et de ce à quoi on est attaché comme à soi-même... attachement, au Vrai, à l’amour de la Vérité est absent.

Il est des êtres pour qui toute inquiétude est un signe d’errance,
tout doute une tentation,
toute question un pas vers le reniement,
mais en revanche pour qui tout ce qui est affirmé avec puissance ou cru unanimement est démontré...

A quoi bon faire part de ses propres questions,
de ses hésitations intimes,
de ses refus instinctifs, à ceux qui n’y voient qu’ anarchie de l’esprit,
qu’égarement du cœur et mouvement d’orgueil,
tant alors, inconsciemment et de loin, ils craignent de voir menacées les bases sur lesquelles ils ont construit leur vie,
assuré leur confort spirituel et la tranquillité de leurs jours ?

Il est des esclaves qui aiment les chaînes qui les lient à la facilité de ne penser que sur commande,
de n’agir que sur ordre,
et qui se libèrent des risques de la vie en se refusant de vivre et la liberté d’être soi (...)

Eux aussi, ces hommes ne sont-ils pas tentés de rejoindre la foule encore bien pensante où la foi voisine avec la crédulité,
les croyances avec les superstitions,
et dont la pratique religieuse relève de la seule discipline au point que, même aux grandes heures de la vie, elle ne dépasse pas le niveau des coutumes ?(...)

Credo quia absurdum a dit un ancien.
Abêtissez-vous et prenez de l’eau bénite a écrit Pascal.
Blondel lui-même, plus suspect de son temps à l’Eglise que Loisy, n’a-t-il pas lui aussi assimilé le dépouillement et le renouvellement intérieurs - ? ;
ceux que le mouvement de foi exige pour ne pas se limiter à n’être que l’adhésion à des croyances-
au dépouillement et au renouvellement secrètement masochistes ,qui ne sont proprement que retournement et qu’enkystement quand on refuse les exigences de l’intelligence et qu’on piétine celles-ci avec une ardeur qui relève du suicide de l’esprit ?"

extrait de "credo quia absurdum "de Marcel Légaut

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