Bulletin de l’Ermitage

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Miettes érémitiques

C’est le dégel !

par frère François

mercredi 15 février 2012, par frere francois

Bonjour à tous ! amis de l’ermitage...ou simplement passants

Je m’étais promis depuis longtemps de vous écrire... mais notre randonnée de Janvier en Mer, notre remontée toujours difficile en réadaptation, la glaciation qui a suivit et qui fut terrible ...la pire que j’ai connu ici... depuis 15 ans ...avec des -20°C ...et un blizzard qui n’a pas cessé de souffler pendant 8 jours...

tout fut pétrifié : nature et bêtes... gélifié y compris les cervelles

Mais aujourd’hui surprise !...un parfum de redoux malgré la neige !
Simplement - 5°C ...il fait presque chaud !

Heureusement que par ces temps le bois est le meilleur des chauffages... la chaleur animale et humaine primordiale...et les "tour de reins à porter les bûches " garantis...

Nous avons retrouvé les bonnes habitudes des montagnards de jadis... le lit commun et la chaleur de l’autre lové tout contre soi... la meilleure des bouillottes !
même Brenda est venu se joindre à notre meute transgressive... quand après le bain brûlant à la japonaise... elle renonça à sa cabane glacée... il y avait toujours deux bras pour l’enlacer, un coeur pour lui dire je t’aime et Igor pour s’allonger sur ses pieds glacés... vite rougis par une série de léchouilles empressées et humides

Finalement les temps de froidure permettent aux êtres de se souder encore d’avantage l’un à l’autre... de respirer d’un même coeur...... de parcourir les mêmes rêves au rythme des mouvements de l’autre ...encore une chose que l’occident avec sa pudibonderie , son matérialisme et son individualisme a oublié...
l’homme est un animal social...qui a besoin de l’autre...pour devenir humain
l’homme aime vivre non en famille : création judeo-chrétienne mais en clan d’affinités

vous avez vu vous des animaux vivre en famille ?

prendre un bain bouillant ça oui !

cela dit des communautés animales ( oiseaux , chevreuils, renards, fouines, sangliers, chats sauvages et autres bouquetins... loups ! )...sans oublier les oiseaux se sont empressées autour des mangeoires de notre ermitage..sans agressivité aucune ...même entre ennemis héréditaires...

la trève du froid est sacrée... et on sait la respecter

et puis pour tous les méditants ermites le froid c’est une ascèse et se plonger dans l’eau glacée aussi ...voire de méditer sous une cascade transie...
mais nous n’en sommes pas encore là !

J’avais été frappé à mon arrivée au Japon naguère de voir de jeunes japonais se promener pieds nus dans leurs bottes en caoutchouc jaunes , petit short et maillot de corps alors qu’il neigeait et faisait très froid
en fait malgré les engelures au pieds ,eux n’avaient pas froid !...question d’habitude !...étonnez vous que ce soit un peuple de centenaires
d’ailleurs dormir dans une maison japonaise en montagne est aussi une expérience frigorifiante... car dans ce pays on ne chauffe pas les pièces... mais simplement l’individu... et pas bien sûr quand il dort !
...et vive les courants d’air... c’est la fête...un vrai carnaval !
du moins on ne risque pas de s’intoxiquer au monoxyde de Carbone !

alors j’ai bien ri de voir l’émoi de ces pauvres amerloques devant la même scène à central park !

De quoi réfléchir sur le sentiment que les occidentaux ont de tout juger ou évaluer selon leurs propres normes et leurs façons de voir sans prendre le moindre recul !
et qui plus est désormais dans le sentiment d’un complexe de supériorité qui me fait honte...et fait bien rire les orientaux ...et en dit long sur notre bêtise
il est vrai que ce sentiment a par le passé détruits des centaines de civilisation et des millions d’individus sans remords... ne cherchons pas ailleurs la tristesse de nos sociétés, son ankylose, sa frustration et se désespérance qui voient fleurir de plus en plus de suicide jeunes de moins de 15 ans !

Que voulez vous toutes les sociétés ne se valent pas selon Mr Guéant !!!!

Dans le brouillard, ne sachant plus où il navigue, contraignant les plus faibles , excluant ceux qui croient encore en ses principes... tel est l’occident où l’on dort et meurt sur les trottoirs chaque hivers... où on lit de moins en moins, où toute création culturelle s’amenuise ou tourne en rond...
la normalisation , la surveillance , la privation de liberté donc de créativité le conduit peu à peu à sa perte...sans qu’il s’en rende bien compte je crois désormais

triste 21ème siècle !

où l’on a bradé les acquis des luttes de nos pères ...pour conduire à une société de nouveaux esclaves où pour satisfaire les intérêts de quelques nantis on va obliger les "chômeurs" a travailler selon les besoins de ceux qui possèdent et non selon leur goûts et où on les forcera à apprendre ce qui ne les intéresse pas ...ou ce dont ils n’ont pas besoin...pour ramer plus efficacement dans les trirèmes du capitalisme contemporain ! et du productivisme aveugle

Savez vous que depuis un siècle le problème de l’amiante n’est toujours pas réglé ? ...ni sont interdiction effective ?

et ni le nucléaire... ni l’écologie ne semblent intéresser grand monde... il est plus intéressant de passer des heures d’émissions inutiles sur la date de déclaration des futurs candidats... ou supputer des jours entiers sur les derniers sondages

des aveugles...menés par des aveugles

Je ne sais si je m’engagerai cette année à écrire pour le Carême qui pointe son nez...car nous serons peut-être déjà en train de voguer sur les flots en direction de l’orient mais il y aurai bien des choses à dire sur ces exclusions- normalisation ...ce nouvel esclavagisme des consciences... cette nouvelle lobotomie dont les élites ne se rendent même plus compte... et qui il faut bien le dire me rendent muet

à quoi bon hurler dans le désert ?

Pourtant comme les loupiots l’ont bien compris ...sur le net ou ailleurs... ne rien dire est consentir ... ne rien faire est accepter... s’enfuir est une lâcheté... c’est pourquoi nous crierons encore pendant ce Carême entre deux vagues... à cheval sur les marées ...escaladant l’horizon on finira peut-être par nous entendre

mais ne croyez pas que nous entrerons dans la lutte de caniveau déjà ourdie par les médias entre le capitaine de pédalos et le petit caca nerveux à talonnettes

les décisions des peuples demandent beaucoup plus que de placer un languette de papier dans une boite
elles demandent un engagement, une vocation... un don complet de l’être
et c’est certainement çà ce qui manque le plus à nos contemporains
se donner corps et âme pour les autres

interrogez l’histoire

Élections piège à cons !

à une prochaine fois !

ff+

Un petit texte trouvé sur le net pour compléter votre réflexion :

Quand on commence à hiérarchiser entre les civilisations, sur les degrés de "l’inférieur " et du "supérieur", on entre dans une dérive vers les pires horizons. L’idée de civilisation, très à la mode durant les grandes conquêtes occidentales, renvoie à celle de culture dont elle serait le substrat le plus noble ; et le fait de culture débouche directement sur le socle de l’humain. Avec l’humain, venaient les absurdités de la "race" qui ont occupé les thèses de supériorité, et donc de hiérarchisation, où se sont abimés le comte Arthur de Gobineau, les anthropologies racistes, et toutes les justifications du colonialisme. L’idée de "race supérieure" engendrait celles de culture et de civilisation supérieures. Ce qui autorisait à inverser la formule et à considérer que la simple possibilité de civilisation supérieure impliquait sinon une race (on n’ose plus l’avancer) mais des cultures et des humanités inférieures. C’est pourquoi l’équation réversible coloniser = civiliser a si longtemps duré, et pointe encore de temps en temps un restant de ténèbres.
Dès lors, chaque fois qu’un pouvoir politique ou religieux a cru appartenir à une civilisation "supérieure", cela s’est toujours traduit par les grands crimes d’Etat que furent la Traite, l’esclavage, les colonisations, le système des camps de concentration, les apartheids, les génocides ou les purifications ethniques qui aujourd’hui encore occupent la vie du monde.

Donc, réactiver l’idée de civilisation, et recommencer à les hiérarchiser n’est pas une mince affaire ! Ce n’est pas non plus une simple stratégie électorale, mais un état d’esprit, voire un semblant de pensée. Derrière les déclarations répétées de ministre de l’intérieur de la France, se dessine l’auréole du discours de Dakar, les chroniques de la chasse aux enfants immigrés alentour des écoles, les velléités de police génétique contre les regroupements familiaux, la traque honteuse des Roms, le spectre du ministère de l’identité nationale, le grondement régulier des charters expéditifs, les quotas d’expulsions prédéfinis et célébrés, le renvoi des étudiants étrangers, et même la fragilisation systématique des immigrés en situation régulière qui, en ce moment, dès trois heures du matin, affrontent les glaciations devant les préfectures... En face d’une telle convergence, on croirait voir de grandes ailes qui s’ouvre pour un sinistre envol.

Ecoutons le "bon sens" du comte de Gobineau : "Les peuples ne dégénèrent que par suite et en proportion des mélanges qu’ils subissent, et dans la mesure de qualité de ces mélanges (…) le coup le plus rude dont puisse être ébranlée la vitalité d’une civilisation, c’est quand les éléments régulateurs des sociétés et les éléments développés par les faits ethniques en arrivent à ce point de multiplicité qu’il leur devient impossible de s’harmoniser, de tendre, d’une manière sensible, vers une homogénéité nécessaire, et, par conséquent, d’obtenir, avec une logique commune, ces instincts et ces intérêts communs, seules et uniques raisons d’être d’un lien social…" On croirait entendre le cahier des charges du ministère de l’identité nationale, ou la feuille de route de ceux qui se donnent la mission explicite de protéger la civilisation française contre les invasions ! M. Letchimy a donc vu juste et a dit ce qu’il fallait dire comme il fallait le dire.

Et il a fait honneur non seulement à la Martinique mais à la France et à son Assemblée Nationale toute entière. Car enfin, sans lui, le "célébrant des civilisations supérieures" serait venu, se serait assis, aurait écouté je ne sais politiquerie, et serait reparti sans que rien ni personne ne lui trouble la conscience. Il suffit d’imaginer que, dans les bancs derrière lui, soient assis, Clémenceau, Hugo, Lamartine ou Jaurès, pour mesurer ce qu’il aurait manqué à cette haute assemblée si M. Letchimy n’avait pas été là. Il aurait manqué le courage. Il aurait manqué la lucidité. Il aurait manqué une vision exigeante de l’homme et du rapport que les humanités peuvent nourrir entre elles !

Il y a donc une profonde misère morale à laisser supposer que son intervention aurait pour base de je ne sais quelle "sensiblerie tropicale" ; qu’il aurait hérité d’une "émotivité antillaise liée à l’esclavage" qui expliquerait je ne sais quel "dérapage". Les soutiens et les analyses de cette sorte ne sont que honte et lâcheté.

De même, il est inadmissible que l’on balaie cela d’un revers de la main en indiquant qu’il s’agirait une polémique inutile. C’est un débat essentiel et profond. J’y vois l’affrontement majeur entre deux visions du monde et deux conceptions du vivre-ensemble dans le respect que l’on doit à la diversité des humanités. J’y vois une controverse radicale qui relève au plus au point de l’éthique contemporaine, laquelle est une éthique complexe et dont il faut à tout moment penser le déploiement. J’y vois le souci de dresser un rempart commun contre cette barbarie qui est déjà venue et qui peut revenir. Quel sujet peut se révéler plus sérieux que la conception même du rapport que les humanités doivent nourrir entre elles ?! Quels seraient les fondements d’un projet culturel, social économique, ou d’un programme présidentiel, qui déserterait cela ? Et que vaut une assemblée parlementaire où on se révèle incapable de discuter de ces fondamentaux-là ? Et que vaudrait une Assemblée Nationale qui s’aviserait de sanctionner (de quelque manière que ce soit) ce qui la ramène aux fondements des valeurs républicaines et aux lumières de Montaigne, de Montesquieu, de Voltaire, de Lévi-Strauss, ou de ce cher Edgar Morin ?

Sanctionner , ou même en caresser l’idée, reviendrait à les sanctionner tous, et à laisser la porte ouverte à ces très vieilles ombres qui nous fixent sans trembler.