Bulletin de l’Ermitage

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Les Apocryphes (1)

par Marie

samedi 16 août 2003

LES APOCRYPHES
De L’Ancien Testament
Du Nouveau Testament
De Nag Hammadi (En Haute Egypte)
(Bibliothèque Copte de Nag Hammadi à Québec)

I- Définition et Généralités sur le sens du mot Apocryphe et sur les Apocryphes (Dictionnaire Biblique) (Vigouroux)

1. Nous appelons « Apocryphes » des ouvrages qui n’étant pas inspirés, doivent être placés hors du canon des Saints Livres, quoique, par leur titre ou leur objet, ils paraissent s’arroger une autorité divine, ou qu’ils aient été tenus autrefois, du moins par certains pour Sacrés.

2. Ce nom est donné par les protestants aux livres que nous appelons deutérocanoniques. Les Catholiques d’accord avec la façon de s’exprimer de l’ancienne Eglise, réservent ce nom aux livres qui ont figuré à tort dans le canon scripturaire de quelques Eglises orthodoxes ou hérétiques de l’antiquité.

Origène les définit justement des livres « qui sont mis sous le nom des saints entendant par saints les personnages bibliques, et qui sont en dehors des « Ecritures Canoniques ». « Nous n’ignorons pas, dit-il, que beaucoup de ces écritures secrètes ont été composées par des impies, de ceux qui font le plus haut sonner leur iniquité, et que les hérétiques font grand usage de ces fictions : tels les disciples de Basilide.
Nous n’ignorons pas davantage que d’autres de ces apocryphes, mis sous le nom de saints, ont été composés par les Juifs, peut-être pour détruire la vérité de nos Ecritures et pour établir de faux dogmes.
Mais, en règle générale, nous ne devons pas rejeter en bloc, ce dont nous pouvons tirer quelque utilité pour l’éclaircissement de nos Ecritures. C’est la marque d’un esprit sage de comprendre et d’appliquer le précepte divin :

« Eprouvez tout, retenez ce qui est bon »

(Origène, In Matth. Comm. Ser XXVIII, t XIII col 1637)

Cette vue si juste et si profonde d’Origène, la théologie se l’est de nos jours appropriée. Elle a compris que, si cette littérature extracanonique n’ajoute pas un iota à la somme des Ecritures inspirées, elle peut en mainte occasion, ainsi que l’exprimait Origène, éclaircir, tel ou tel point obscur de tel ou tel livre canonique.

3. Etymologiquement le mot « apocryphe » désigne une chose soustraite aux yeux, cachée, secrète.

- Sens de « Deutérocanonique » : Nouveau ou second Canon », autrement dit l’addition officielle d’écrits prétendument inspirés, aux 66 livres de la Bible.

- Le mot grec « canon » est lui-même emprunté à l’hébreu « qaneh » = roseau, mesure, canne. Il évoque l’étalon, l’unité de mesure et par extension la règle de doctrine ou les normes de la foi. Les livres canoniques répondent donc à un critère bien défini, celui de l’inspiration, de l’inerrance et de l’autorité divines des Ecritures.

II- Quelle place tiennent les Apocryphes chez :

1. Les Pères et les écrivains ecclésiastiques : L’expression de « livres apocryphes » se présente avec des nuances diverses quoique apparentées entre elles :

a. Des livres dont l’origine est inconnue ou qui sont attribués à des auteurs dont ils n’émanent pas en réalité (St. Jérôme, Epist, CVII, Ad Laetam, P.L t XXII).

b. Des livres qui, tout en présentant parfois quelque utilité, contiennent cependant beaucoup de choses fausses. (Origène Prol. In Cant) St Augustin, loc, cit ;

c. Des livres qui ne sont pas admis à la lecture publique dans les églises (Rufin Expos. Symb No. 38).

2. Les Protestants : Les Protestants désignent sous le nom d’ « apocryphes » de l’Ancien Testament les livres ou les parties de livres qui se trouvent dans la Vulgate mais sont absents de la Bible hébraïque c’est-à-dire ceux que nous appelons deutérocanoniques. A ceux que nous appelons « apocryphes » de l’Ancien Testament, ils donnent le nom de « pseudépigraphes ».

3. Dans l’antiquité, quelques sectes religieuses ou philosophiques appelaient « apocryphes », des livres secrets, qui contenaient une doctrine ésotérique et qui étaient par le fait, entourés d’une estime spéciale. (cf. Clément d’Alexandrie, Strom, 1, XV,69).

4. Chez les Juifs : Certains livres étaient « mis de côté » c’est-à-dire sous traits à l’usage ; non qu’ont eût les doutes sur leur caractère sacré, mais parce que, usés par un long service ou ne remplissant pas les conditions exigées pour être employés, dans la liturgie de la synagogue, ne pouvant ni servir à la lecture publique ni être détruits, ils étaient placés dans le « dépôt » ou « trésor ». Les livres « mis de côté » ne répondent nullement à nos apocryphes. D’autres livres étaient nommés « qui sont dehors » c’est-à-dire en dehors de la liste des livres sacrés quelques-uns uns d’entre eux pouvaient être lus « comme des lettres » bien qu’on ne permît pas de les mettre sur le même rang des livres canoniques ; Mais d’autres étaient proscrits par les rabbins.

5. Parmi les anciens, seul St. Jérôme, trop féru de « vérité hébraïque » donna la qualification d’ »apocryphes » aux livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament.

III- Répartition des Apocryphes :

Les apocryphes se divisent en :

A. Apocryphes de l’Ancien Testament

B. Apocryphes du Nouveau Testament

A. Les Apocryphes de l’Ancien Testament : nous montrent les idées religieuses et morales qui régnaient chez les Juifs au temps de Jésus- Christ et permettent de mieux situer l’action du sauveur et de l’Eglise primitive.

B. Les Apocryphes du Nouveau Testament : nous aident à mieux connaître les doctrines qui avaient cours, aux premiers siècles du Christianisme, chez les fidèles ou dans les sectes. Du reste, plusieurs d’entre eux sont cités avec honneur par les Pères et les écrivains ecclésiastiques.

Quelques-uns, comme le IIIème livre d’Esdras, sont rangés parmi les livres canoniques, non seulement dans la version des Septante, mais encore dans les manuscrits de l’ancienne version latine. Le livre d’Hénoch a été reçu dans la Bible éthiopienne. L’édition Clémentine de la Vulgate place après les livres canoniques, en caractères plus petits, la Prière de Manassé, le IIIème livre d’Esdras. Plusieurs textes apocryphes ont même trouvé bon accueil dans les livres liturgiques du rite romain.

I- Les Apocryphes Juifs : peuvent se repartir en 2 groupes principaux, suivant qu’ils sont d’origine palestinienne ou de provenance hellénistique. Nous citerons ce dont la date de composition peut se fixer approximativement entre l’an 200 avant Jésus Christ et l’an 100 après Jésus Christ.

* Apocryphes d’origine Palestinienne :

1. Le livre d’Hénoch.
2. Le livre des Jubilés.
3. Les Testaments des Douze Patriarches.
4. Les Psaumes de Salomon
5. Document Sadocite.
6. L’Assomption de Moise.
7. L’Ascension d’Isaïe.
8. Le IV ème livre d’Esdras.
9. L’Apocalypse Syriaque de Baruch.

* Apocryphes d’origine Hellénistique :

10. La Sibylle Juive.
11. Le III ème livre des Machabées.
12. Le III ème livre d’Esdras.
13. La Prière de Manassé.
14. Le IV ème livre des Machabées
15. Le livre d’Hénoch slave.
16. Quelques apocryphes plus tardifs ou fragmentaires :

- Les Paralipomènes de Jérémie (Paroles de Baruch)

- Le Testament de Job.

- Le Testament de Salomon

- Les Apocalypses d’Elie et de Sophonie.

- L’Apocryphe d’Ezéchiel.

- Pour la vie d’Adam et d’Eve, l’Apocalypse de Moise, le Testament d’Adam et d’autres Apocryphes qui se rattachent à Adam ( Cf. Adam Supplément t.1 col 101-134).
Pour une étude plus approfondie, consultez le Supplément t.1. col 357 à 459. (Dict. de la Bible, Vigouroux).

II- Les Apocryphes du Nouveau Testament  :

Avant de citer la répartition des apocryphes du Nouveau Testament, nous passerons en revue succinctement l’avis de St. Clément d’Alexandrie, et d’Eusèbe de Césarée dans son « Histoire ecclésiastique ». St. Clément d’Alexandrie n’avait pas cru devoir prononcer l’anathème contre des productions de ce genre, auxquelles il empruntait, tel trait caractéristique, mais qu’il distinguait pourtant des publications authentiquées par l’Eglise. Ainsi dés la fin du II ème siècle, la notion d’apocryphe du Nouveau Testament tendait à prendre des contours assez définis. Cela ne veut pas dire que les 1ers apocryphes datent seulement de cette époque. Plusieurs à ce moment, avaient déjà une assez longue existence ; certains avaient déjà été utilisés, sans arrière pensée par des auteurs ecclésiastiques, tel Justin, tel l’auteur de la II ème Clémentis. Mais vers la fin du II ème siècle la distinction que des auteurs archaïques ne faisaient pas toujours, tendait à s’imposer avec une netteté croissante.

Au début du IVème siècle, le canon est définitivement constitué au moins dans ses grandes lignes. On sait que l’une des grandes préoccupations d’Eusèbe de Césarée dans son Histoire Ecclésiastique est de signaler au passage les données relatives aux livres canoniques.

* Les catégories qu’établit Eusèbe de Césarée. (Parmi les livres qui se donnent comme étant ceux de la Nouvelle Alliance), il convient de distinguer, d’une part :
a. les livres reçus de tous nos protocanoniques.
b. En second lieu, les livres contestés, mais qui sont admis par un grand nombre nos deutérocanoniques.
c. Enfin ceux qu’Eusèbe appelle les bâtards, les illégitimes.

C’est dans le même ordre d’idées que se meut la pensée de St. Jérôme qui donnera le nom d’apocryphe à la catégorie de bâtards signalés par l’Evêque de Césarée ; or il ne lui viendra jamais à l’esprit de ranger parmi les apocryphes les œuvres de l’ancienne littérature chrétienne qui n’affichent aucune intention de se faire placer dans le canon Néo-Testamentaire.

Pourtant c’est vers le Vème siècle que l’on voit prendre au mot « apocryphe » un sens beaucoup plus large. Le sens primitif du mot apocryphus s’est complètement oblitéré ; Il signifie simplement « qui n’est pas approuvé en tout par l’Eglise romaine ». Après les différentes confusions de sens, qu’a pris ce mot à travers les siècles, il y a tout avantage à revenir à la vieille idée d’Eusèbe de Césarée et à partir pour la détermination de ce qui est apocryphe de la notion de canon Néo-Testamentaire.

Est apocryphe tout écrit, mais celui-là seulement, qui a essayé du fait de son auteur ou indépendamment de la volonté de celui-ci, de se faire compter au nombre des écrits considérés par l’Eglise chrétienne comme inspirés de Dieu.

L’étude qui suit est réservée aux écrits parallèles au Nouveau Testament ; Evangiles, Actes des Apôtres, Epîtres, Apocalypses qui n’ont pas été acceptés par l’Eglise comme canoniques.

I - EVANGILES APOCRYPHES

Nous rangeons sous cette rubrique tous les écrits extracanoniques qui prétendent transmettre les enseignements terrestres du Sauveur ou retracer sa vie et celle de sa famille, soit qu’ils se posent en rivaux des évangiles authentiques, soit que, plus modestement ils n’aient en vue que de les compléter.

Cette définition permet de distinguer dans cette littérature fort touffue plusieurs groupes principaux.

A. Les Evangiles de type Synoptique qui ne sont, plus ou moins consciemment, plus ou moins volontairement, posés en rivaux aux Evangiles canoniques. Quelques-uns uns de ces textes ont la chance d’incorporer des traditions anciennes.

B. Les Evangiles sectaires expressément composés pour défendre des enseignements hétérédoxes, qu’ils soient faits entièrement d’imagination ou en falsifiant les écrits canoniques.

C. Les Evangiles suppléments ou Evangiles fictions qui prétendent remplir les lacunes de notre connaissance sur les origines et la famille de Jésus ou sur diverses circonstances de sa passion et de sa résurrection.

I - LES EVANGILES DE TYPE SYNOPTIQUE :

Le prologue de l’Evangile de St. Luc nous apprend qu’au moment où le compagnon de Paul rédigea son récit, plusieurs avaient déjà entrepris de composer des révélations de la vie du Sauveur (Luc 1, 1 sq.).
Si l’évangéliste veut désigner par là d’autres compositions que celles de Matthieu et de Marc, y a -t-il des chances que se soient conservés des vestiges de ces 1èes rédactions évangéliques ? De toute manière, nous étudierons seulement :

a. Les évangiles en usage dans les milieux Judéo- chrétiens.

b. L’Evangile des Egyptiens.

c. L’Evangile de Pierre.

a. Les évangiles Judéo- chrétiens : Dans les milieux Judéo-chrétiens, de tendances si diverses, circulaient des évangiles, dont le nom revient dans les ouvrages des Pères.

Une solution classique vers les années 1900 cite deux évangiles :

- Evangile selon les Hébreux.

- Evangile des Ebionites ou des douze Apôtres

Des solutions nouvelles vers 1911 auraient un autre classement :

- Evangiles des Nazaréens (Cet évènement serait de très prés le texte du 1er Evangile).

- Evangile des Hébreux.

- Evangile des douze Apôtres

b. L’Evangile des Egyptiens : Signalé par Origène et Clément d’Alexandrie.

c. L’Evangile de Pierre : (L’existence d’un évangile de ce nom était garantie jusque-là par les affirmations d’Origène et d’Eusèbe.

*****

II - EVANGILES SECTAIRES :

Pour introduire un peu d’ordre, il convient d’y faire deux groupes :

1. Evangiles pseudépigraphes : Autant qu’on peut en juger, ils présentent un caractère commun, qui les rapprocherait des apocalypses. Ce sont des documents de caractère ésotérique. Les plus importants sont :

a. Evangile de Thomas (Signalé également par Origène et Eusèbe).

b. Evangile de Matthias (Signalé par Origène et Eusèbe).

c. Evangile de Philippe (Il se peut que cet écrit soit le même q’un certain Evangile de Philippe trouvé par Epiphane aux mains d’une secte égyptienne qu’il appelle tout simplement gnostiques.

d. Evangile de Judas (Signalé par Irénée et Saint Epiphane, suivi par Théodoret comme étant aux mains d’une secte gnostique antinomiste qui exaltait tous les criminels de l’Ancien Testament y compris les gens de Sodome comme ayant été les ennemis du Dieu créateur) (Rien n’en est conservé).

e. Evangile de Barthélemy (Cet évangile est du type bien connu des évangiles apocalypses).

f. Evangile de Barnabé (De courtes citations de cet apocryphe sont recueillies l’une dans un manuscrit grec et l’autre dans l’oraison funèbre de St. Basilide par Grégoire de Naziance).

g. Autres évangiles gnostiques (Epiphane a trouvé toute une collection de livres apocryphes plus sales les uns que les autres ; un Evangile de la perfection, un Evangile d’Eve - sans compter d’autres rédigés sous le nom des disciples. Aussi un Evangile de Marie Madeleine.

2. Contrefaçons évangéliques : Il s’agit ici de livres composés par les chefs de secte sous leur nom propre, en utilisant les textes canoniques.

a. Evangile de Basilide (Signalé par Origène, les Stromates, Clément d’Alexandrie)

b. Evangile de Marcion (Les nombreuses citations que font les pères de l’Eglise tout spécialement Tertullien et Epiphane de l’évangile marcionite permettent de reconstituer celui-ci avec une grande approximation.

On sait aujourd’hui qu’il est impossible de confondre Marcion avec les gnostiques.

III - EVANGILES FICTIONS :

Pour satisfaire la curiosité des fidèles sur plusieurs points auxquels touchaient à peine les Evangiles canoniques. Des plumes bien intentionnées ont prétendu lui donner des apaisements. On peut donc grouper cette littérature apocryphe en question en 3 cycles principaux :

1. La famille de Jésus

2. Les enfances de Jésus.

3. Le cycle de Pilate.

1. La famille de Jésus :

a. Le Protévangile de Jacques et ses remaniements : (Cet évangile parle de la naissance de Marie, de sa vie jusqu’à la conception du Sauveur).

C’est le Christianisme populaire qui s’y reflète.

b. Le Transitus Mariae : (Cet apocryphe est un récit de la mort et de l’Assomption de Marie. L’influence de ce petit ouvrage a été considérable dans l’Eglise Grecque et Latine).

c. Histoire de Joseph le Charpentier : (Sous ce titre, on possède en copte et en arabe, une narration qui n’est pas sans intérêt de la vie et surtout de la mort de Joseph. Le tout sous la forme d’un entretien de Jésus avec ses apôtres).

2. Les enfances de Jésus :

Leurs auteurs ont voulu écrire sur l’enfance de Jésus, de façon à ce que l’enfant Dieu manifeste sa divinité soit à l’école, soit à l’atelier, soit avec ses camarades. Mais c’est surtout par les manifestations d’une puissance, si l’on ose dire, capricieuse et aveugle.

a. L’ Evangile de Thomas (Philosophe Israélite) : (On en a publié deux rédactions grecques, une latine, une syriaque d’ailleurs fortement divergentes).

b. L’Evangile arabe de l’enfance : (On ne l’a connu que longtemps dans un texte arabe).

3. Le cycle de Pilate :

Evangile de Nicodème ou Actes de Pilate. Pilate n’est pas l’auteur du récit, c’est finalement Nicodème qui en est responsable. Il existe, cependant, des lettres soi-disant adressées aux autorités romaines par Pilate

( à suivre)