Bulletin de l’Ermitage

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CAREME 2011

Mais qu’est-ce qui nous empêche de re-suciter une autre société ? (26)

Méditation de Carême

samedi 16 avril 2011, par frere francois

*** Pas de zizique today ! You tube a frappé cette semaine durement nos publications...sans raison autre que le fric....au mépris de la culture....tout notre travail a été dévasté

Si personne ne réagit pour sauver la culture musicale sur le net nous ne publierons plus nous ne sommes pas adepte du tonneau des danaïdes ... ou de sisyphe...c’est un peu trop facile si personne ne veut réagir sous quelque forme que ce soit...ne serait-ce que d’écrire à You Tube par exemple !*****

Les Loupiots dégoûtés !!!


Bonjour à tous

Il est temps de conclure ( difficilement et péniblement en ce qui nous concerne) ce Carême de réflexion... car déjà la semaine sainte se profile

J’avais listé bien des choses encore sur la manière d’éduquer, sur la place nécessaire à donner aux jeunes, sur l’importance de la nature et de la relation avec nos frères animaux ou nos soeurs plantes, sur l’illusion du principe de précaution qui rigidifie les communautés et paralyse les êtres, sur la notion de genre, sur notre manière de refaire l’histoire etc...etc...
ce sera pour d’autres fois... d’autres méditations ou de Carême... le plus long et le plus difficile n’étant pas de prendre conscience ...mais de se mettre en route et d’agir...

car le monde du profit, de la matérialité, de l’épuisement de la planète, de la surpopulation, de l’exclusion, de l’égoïsme est une impasse....
une impasse suicidaire...

Le message chrétien qui devrait s’opposer à tout cela s’il était encore "sel de la terre" au lieu de chercher ses racines ou ses aisances ( au risque de tomber dedans) de manière frénétique et nombrilique devrait le faire vivre : il a pour nom l’agapé terme grec que je me suis toujours refusé à appeler "amour" un terme que je hais ( c’est paradoxal vous me direz !) qui englobe de manière uniforme et sans aucune nuance le fait d’aimer la choucroute, le fait de faire du ski, de copuler, ou d’entretenir de bonnes relations ( réciproques bien sûr...et temporaires) avec un autre être... objet ou vivant ...voire inerte ( j’aime le Vercors)...

Le terme d’agapé n’appartient pas au grec classique, quand au verbe agapao dont il est issu est si peu utilisé dans le monde grec que son sens échappe aux auteurs de dictionnaires et grammaires...
tout ce qu’on peut dire c’est que la relation d’agapé est une relation avec un être quand on s’y investi librement sans aucune intention intéressée ou non, sans pourquoi, qu’on en a accepté les limites, et que l’on sait que cela sera sans réciprocité aucune... même si cela est impossible aux dire des physiologistes ou des psy... ( on ne maitrise pas son subconscient )

Certains Père grecs suggèrent même que l’Eros ( libido) et théoriquement le contraire de l’agapè est à son origine..ils n’ont certainement pas tort même si par définition l’être qui reçoit l’agapé doit être la seule "satisfaction" de cette pulsion altruiste

C’est elle qui nous pousse à dire : tant pis pour moi si tu es complètement étranger, étrange, diamétralement différent, je ne m’arrête pas à cela...
à se mettre même à chérir la différence de l’autre, à se passionner pour son altérité, à nous faire intéressé par la "réponse" de l’autre que l’on accueille comme un plus inespéré, une mine d’enrichissement

Autrui non aimant, hostile, pervers, mobilisent sans le savoir nos ressources de vie, notre acharnement à exister... et même des capacités relationnelles dont nous prenons toujours plus conscience : « Ah, tu ne m’aimes pas ? Tu cherches à me déstabiliser ? Tu me provoques pour mieux m’entraîner dans ta noyade ? Eh bien, je m’entêterai à ne pas te ressembler.
Chaque jour se renforce ma volonté de m’enraciner dans ma vie, mon espace, mes liens authentiques. Je n’éprouve plus le besoin de couper la relation ni de te détruire à mon tour. Je ne te veux que du bien parce qu’à ton contact j’ai découvert en moi une Force qui ne me veut que du bien. Je n’ai pas à m’étouffer ou m’éteindre pour être capable de te supporter : il y a de la place pour tous les deux, un souffle d’amour pour l’un et pour l’autre. J’en ai fini avec l’alternative imaginaire et complètement mortifère "du toi ou moi". »

Je crois avoir vu l’agapé en action il y a très longtemps, dans le nord de la Thaïlande . Je voyageais en train pour me rendre au Laos . J’aimais voyager à la dure pour mieux observer le spectacle de la population , de sa vie intime avec enfants et animaux ... m’enivrer de ses odeurs et de ses sonorités... conditions de voyage plutôt éprouvantes : en plus de la chaleur étouffante, du bruit , le wagon était bondé ...j’avais réussi à me glisser dans un coin fenêtre.... pour me faire oublier....
halte dans une gare grouillante comme toutes les autres précédemment. Montent alors à l’assaut de notre wagon déjà surpeuplé un grand groupe de villageois à l’évidence très pauvres, flanqués de poulets et autres animaux en cage. Cela dépassait l’entendement : comment vont-ils trouver place ici ? Eh bien, ils trouvèrent !

En asie la viande humaine se compresse...

Hostilité viscérale, involontaire teintée de mépris, sentiment d’invasion, envie de rejeter, d’exclure....

Et voilà qu’à peine installé, l’homme qui paraissait être le chef du village sort et déballe un paquet de pâtisseries faites maison. Il en distribue à tous les passagers, y compris à moi... seul blanc blotti de chaud dans son coin !!!comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

« Coup de foudre sacré », « fulgurance » du souffle « faiseur de vie ». Je suis confondu par un tel geste : un geste que moi, nanti de culture chrétienne , aurais été incapable d’imaginer et de concrétiser. Une sorte de honte m’envahit « Pour qui te prenais-tu ? »

Impression forte que l’amitié vienne ainsi frapper à ma porte cadenassée. C’est plus fort que moi : j’ouvre immédiatement.

L’incident m’a marquée pour la vie. Avec le recul je discerne mieux ce que ce souffle a déplacé en moi ce jour-là. Il ne m’a en aucun cas « donné une bonne leçon ». Ni envoyé un modèle de personne aimante pour que je m’améliore. D’ailleurs, cet homme ne faisait peut-être là qu’obéir à une prescription religieuse, ou culturelle un peu ou beaucoup par automatisme :
cela n’avait probablement rien à voir avec l’agapé tel que je l’entendais à l’époque. Mais, rétrospectivement, je le vois provoquer ainsi une brèche dans mon mur de protection.

le partage...la communion c’est universel

le sourire de connivence aussi qui permet à deux humains de se comprendre...
sans le moindre échange verbal, lui ne parlant ni français ni anglais, moi n’ayant aucune connaissance du Thai. ....

Mais demain est jour des Rameaux

Avec ce dimanche là ( le plus long de la liturgie) c’est par un film en technicolor et panavision que les évangélistes semblent vouloir nous transmettre un message...un message fait d’images plus que de réalité : celui du serviteur souffrant , de l’homme bouc émissaire condamné injustement pour le mal qu’il n’a pas commis ...mais pour la dangereuse idéologie dont il est porteur

rien ne nous sera épargné tant il faut montrer la cruauté des hommes ...vous pouvez relire ces pages ou regarder les actualités...rien n’a changé jusqu’à aujourd’hui... chez ceux qui se réclament des racines chrétiennes ou font profession de les présenter au monde
un commerce profitable ...surtout en ces jours où chacun y reconnaît ses propres malheurs et qui évoquent pour moi celle qui à Léoncel fut sacrifiée sur l’autel du profit par le diocèse lui même et ses sbires zélés bénédictins de sur croit !

pour quelques pièces d’argent...comme le Judas de l’histoire !

une affaire rentable car malgré cela les gogos schyzophrènes et bigots (tes) borgnes viennent toujours là haut pour se rassurer... pour l’avenir...
quand on est du même monde...
les chiens aussi aiment s’assembler en bandes en se reniflant le troufignon et baiser en groupe !

On oublie que dans les textes Jésus rencontre "un homme riche" qui désire la "vie éternelle", il lui fait
remarquer que pour cela il suffit de mener une vie irréprochable en suivant les
"commandements". MAIS que s’il veut avoir "un trésor dans le Ciel", c’est-à-dire enrichir le monde
avec une entreprise exemplaire pour les générations futures, il doit renaître, c’est-à-dire
"tout vendre et en donner le produit aux pauvres" de
façon à favoriser les débuts d’une société nouvelle où la "gratuité" de celui qui possède
le plus soulagera l’indigence de celui qui possède le moins.

A un Pharisien influent, Nicodème, qui lui adresse des paroles d’admiration parce que
"personne ne fait des miracles comme lui", Jésus fera remarquer que dans ses yeux il a "une
cataracte idéologique" qui ne lui permet pas de transcender la réalité

"Ne sois pas surpris si je l’ai dit que tu dois renaître. Le vent souffle où
il veut : on le sent, mais on ne peut dire d’où il vient et où il va" (Jean 3,2-8).

De l’exigence d’une renaissance, le Nazaréen voulait simplement suggérer la possibilité ,
d’aller au-delà des deux autres étapes évolutives de la condition humaine.

Dans la première, dite "schizoparanoïaque", le nouveau-né est porté à scinder la réalité en "
bon et mauvais", et il la franchit lorsqu’il comprend que les objets ne sont ni blancs
ni noirs, sinon qu’ils contiennent une grande variété d’aspects, y compris discordants.

La deuxième est l’étape "oedipienne", qui voit l’enfant engagé dans la rivalité avec le
géniteur du même sexe comme avec les frères, mû par le désir de posséder le géniteur du
sexe opposé. En conclusion du processus psycho-évolutif, la personne est en état de
supporter ses propres ambivalences et d’établir des rapports humains basés sur le respect.

C’est la phase dans laquelle se trouve le jeune riche qui observe les Commandements.

Le Nazaréen, comme d’autres figures exemplaires de l’humanité, réussit à accomplir une évolution
supérieure qui fait abstraction du raisonnement et du calcul de tout profit : c’est le
troisième stade, celui de l’ "intuition novatrice".

Il est acquis que la plupart des plus importantes découvertes scientifiques, des visions philosophico-religieuses, des oeuvres d’art et des bouleversements sociaux ne naissent pas de jugements sensés, mais de rêves, d’intuitions géniales, de "coups de vent de provenance inconnue" : il s’agit d’
"intuitions" qui seraient restées lettre morte si elles n’avaient pas eu une qualité "novatrice" capable d’influer sur l’imaginaire collectif.

Quand l’enseigneur signale la nécessité de "renaître", il fait allusion au fait que les transformations qui qualifient les niveaux les plus élevés d’ "hominisation" n’obéissent pas à un axiome quelconque, parce qu’elles transcendent tous les canons en vigueur.

Le Galiléen peut émettre l’hypothèse qu’un autre "monde est possible" parce qu’il ne se met pas à l’écoute des savants ou des puissants du monde mais du "souffle", qui sort des enfants qui sont considérés comme non-personnes, des femmes qui sont méprisées, ou des publicains haïs. C’est avec eux qu’ "on renaît", car c’est avec eux qu’on connaît (remarquons qu’en français "connaître se décompose en "co", avec, et "naître", c’est-à-dire "naître ensemble").

Par suite de cette métanoïa (changement de mentalité), les ennemis apparaissent sous un nouveau jour : ils ne sont plus craints, haïs ni attaqués. "Bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament..., à qui t’enlève ton manteau ne refuse pas ta tunique.... et prêtez sans rien attendre en retour" ( Luc 6,27-36). Après une renaissance aussi pénible, le Nazaréen prend acte qu’il ne peut plus revenir dans l’utérus du judaïsme, de sa famille, de son village, mais il ne peut pas renier ses chromosomes non plus.

De l’ensemble des représentations transmises par les Evangélistes, l’importance historique de Jésus apparaît liée au fait qu’il accomplit une "renaissance" qui le rend capable de

Subvertir l’ordre religieux. Il enseigne que le Réel veut la libération de tous les esclaves et qu’il est présent dans les pauvres et les exclus et non dans celui qui se limite à l’invoquer. Les sacrifices sont répugnants car ils sont basés sur la violence. Il désire être adoré en esprit de vérité.

Subvertir l’ordre social. Les valeurs fondamentales sont la gratuité, pas la richesse ; le service, pas le pouvoir ; la fraternité
pas le patriarcat ; les liens fondés sur l’amitié non sur le sang ; faire le bien non pas tant aux amis comme aux ennemis.

Subvertir l’ordre légal. Il abolit les discriminations légalisées entre purs et impurs, entre hommes et femmes, entre temps sacré et temps profane. La Loi (le Samedi) est pour l’homme, non l’inverse.

Subvertir l’ordre économique. Les travailleurs de la dernière heure sont payés comme ceux de la première. Les fleurs et les oiseaux de l’air sont les modèles d’une économie solidaire avec la création. Il considère comme une stupidité d’accumuler des richesses qu’il faut abandonner.

Une telle suversion de l’ordre établi devait se conclure comme on le devine...nous essaierons d’en parler un peu lors de la semaine sainte
de nos jours ce serait la même chose ...on punirait le corps...faute de pouvoir endiguer les idées

qu’est-ce qui nous empêche alors de re-suciter une autre société...telle est là l’Espérance et la grande Joie de Pâques que ce soit au niveau individuel ou pour les autres...

ça vous changera d’un repas dégoullinant de graisse et d’égoïsme alors que tant de monde est sous les bombes ou étranglé par les mailles des descendants "croisés" des "racines chrétiennes"

essayez vous verrez...

Bon dimanche !

frere francois+


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