Bulletin de l’Ermitage

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CAREME 2011

Se laisser soi-même (24)

Méditation de Carême

mardi 12 avril 2011, par frere francois


Bonjour à tous...Il y aurait beaucoup de choses à dire aujourd’hui.. à ceux qui se repaissent encore et encore des guerres de l’occident et du spectacles de la déchéance de ceux qui trahis ont fini de plaire aux multinationales ( Total, Bolloré, Bouygues etc...tout le Cac 40 !)

Il y aurait beaucoup à dire sur le Japon aussi à l’heure où les langues se délient pour avouer l’immense catastrophe...plus de 30000 morts et une radioactivité longtemps déniée...mais qui est au moins égale à celle de Tchernobyl.... mais qui n’engendre que peu de compassion chez les "longs -nez" de l’occident

Beaucoup à dire sur la situation catastrophique de l’économie européenne en dépit de la comédie jouée par les "irresponsables gouvernants liés aux multinationales" qui nous dirigent ...mais je me répète...

et comme je manque de temps

Hier nous avons parlé de la valeur de l’accueil...aujourd’hui je m’interroge sur le pourquoi de l’abandon de la notion de pardon...y compris par l’Eglise...alors qu’il est au coeur du message chrétien

Pardonne comme ton père t’a pardonné !... pardonne leur ils ne savent pas ce qu’ils font ! etc...

Un pardon relié ave la notion de ne pas juger les individus... et sui par malheur on le fait de ne pas hésiter à pardonner 77 fois 7 fois... c’est à dire d’une manière infinie !

Ce message est au coeur du dynamisme d’une société ...et invite à tourner la page et à aller de l’avant...sans se retourner en arrière... à redonner s&ans cesse à celui qui a "fauté" l’espoir d’une nouvelle chance...

Au lieu de cela sous couvert de" justice "notre société pratique la vengeance et se complait dans la réparation... les prisons sont pleine où macèrent des êtres détruits à tout jamais, privés non seulement de liberté mais de sexualité... parfois simplement au nom du "principe de précaution" ...vous savez cette manière qu’on les vieux à l’esprit sclérosé de regarder du coin de l’oeil toute nouveauté dérangeante... et qui hébétés ne savent que répéter : "méfie-toi ! méfie-toi"... de peur d’être entraînés dans une société nouvelle

Vivre dans un coffre fort... ou dans un avion en atmosphère stérile comme certains milliardaires... n’apporte ni le bonheur ni le progrès... mais est un enkystement égoïste... une mise au tombeau pour ceux qui la pratiquent... le sépulcre blanchis des pharisiens qui eux aussi pratiquaient la loi du talion...sans beaucoup de résultats...la preuve !

Peut-être avons-nous honte aujourd’hui de nos prisons ?...il serait temps !

Ceux qui volent, on les emprisonne ; ceux qui violent, on les emprisonne ; ceux qui tuent, également. D’où vient cette étrange pratique et le curieux projet d’enfermer pour redresser, que portent avec eux les Codes pénaux de l’époque moderne ? Un vieil héritage des cachots du Moyen Âge ? Plutôt une technologie nouvelle : la mise au point, du xvie au xix’ siècle, de tout un ensemble de procédures pour quadriller, contrôler, mesurer, dresser les individus, les rendre à la fois « dociles et utiles ».

Surveillance, exercices, manoeuvres, notations, rangs et places, classements, examens, enregistrements, toute une manière d’assujettir les corps, de maîtriser les multiplicités humaines et de manipuler leurs forces s’est développée au cours des siècles classiques, dans les hôpitaux, à l’armée, dans les écoles, les collèges ou les ateliers : la discipline.

La prison est à replacer dans la formation de cette société de surveillance.

La pénalité moderne n’ose plus dire qu’elle punit des crimes ; elle prétend réadapter des délinquants.
Pire prévenir la délinquance !

alors que seule une éducation bien comprise et en petites fratries ( comme celle que nous pratiquons) ou koïnonia où nulle contraintes autres que celles de la vie communautaire est imposée...peut conduire au bonheur...à la guérison...à la plénitude...

J’ai l’impression que dans son délire l’occident n’est même plus apte à retrouver cet équilibre, l’équilibre des sociétés tribales ou primitives vivant en harmonie...et en symbiose avec la nature...me trompais-je ?




Oui conduire les êtres vers la liberté essentielle que chacun porte en lui même
vers ce centre intérieur d’où jaillissent la parole, le silence, l’acte juste

leur proposer un itinéraire de libération intérieure
laisser être
laisser vivre sans pourquoi

réaliser le vide, être Fils du Réel de la matière et des étoiles

L’attachement, que ce soit à des choses, à des personnes,
à des idées ou à des représentations,
est le premier obstacle sur le chemin vers notre essentielle liberté ; même l’attachement à notre salut, à notre
réalisation si nécessaire aux premiers moments de la vie spirituelle peut devenir une entrave.

Maitre Eckhart le pense aussi

« Notre Seigneur dit : "Quiconque laissera quelque chose pour moi et en mon nom, je lui rendrai au centuple et je lui donnerai en plus la vie éternelle" (Matthieu XIX, 29).
Mais si tu laisses tout cela afin de recevoir le centuple et la vie éternelle, tu n’as rien laissé ; et même si tu laissais pour une récompense mille fois plus grande, tu n’aurais rien laissé.

Tu dois te laisser toi-même et totalement, alors seulement tu t’es laissé en vérité.

Un jour un homme vint me trouver et me dit qu’il avait abandonné de grands biens, terres et richesses, afin de garder son âme. Ah ! me dis-je, tu as donc laissé peu de choses ! C’est de l’aveuglement, de la folie aussi longtemps que tu considères encore tant soit peu ce que tu as laissé.
Si tu t’es laissé toi-même, alors seulement tu as laissé en vérité ; l’homme qui s’est laissé lui-même est tellement affranchi de tout que le monde ne peut pas le faire souffrir. Plus il est proche de la justice, plus aussi il est proche de la liberté. Il est cette liberté même’. »

En un mot, laisse-toi toi-même et tu seras libre.

« La Grâce, c’est de s’oublier », disait Bernanos.

Celui qui s’est laissé lui-même n’a plus en lui de lien pour l’attacher aux choses et ce détachement total se révèle être la condition même pour que le monde, les choses,
les personnes nous apparaissent tels qu’ils sont, dans leur « essentiel déploiement » selon l’expression d’Heidegger.

Maître Eckhart nous invite à nous mouvoir autrement au milieu de ce qui nous entoure, sans volonté de puissance ou de possession : sans ego.

Lâcher prise,
laisser être ce qui est, tel que cela est,
ce n’est pas une attitude passive ou indifférente au sens ordinaire,
c’est refuser de faire de toute chose un « avoir », un objet.
C’est restituer le monde à son essentielle liberté et nous ouvrir à la possibilité d’« être avec », sans le dominer, sans le posséder.

Le regard délivré de désirs et d’interprétations devient voyant ;
il perçoit les êtres dans leur identité suprême et passagère.

Laisser l’autre être l’autre,
ne plus l’accabler de désirs ou de conseils mais écouter l’union et la différence.

Laisser être l’oiseau : ne plus prendre son vol.

Laisser être la rose : la voir avec des yeux de rosée.

Vivre sans pourquoi

De même qu’il y a en nous un désir de posséder, une recherche légitime de sécurité physique, il y a aussi une volonté de sens, un besoin d’expliquer le monde, de savoir d’où nous venons, où nous sommes, où nous allons, recherche tout aussi légitime de sécurité psychique et intellectuelle.

Eckhart, maître en théologie, a souvent répondu de façon positive et rassurante à ses étudiants, mais il lui arrivait de dire aux plus intéressés ou à ceux qui étaient
suffisamment préparés pour le comprendre : « L’univers est sans pourquoi. »

« Quand nous ne connaissons pas de pourquoi le Fils s’engendre en nous’. » ( c’est à dire nous devenons semblable au fils du Réel...à l’homme accompli )

Trois siècles plus tard, Angelus Silesius reprendra le même thème dans son Pèlerin chérubinique, recueil d’aphorismes OÙ il se fait pour ainsi dire le versificateur de la doctrine d’Eckhart
« La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit. »

À certains moments de notre existence, les bonnes raisons que nous nous donnons de vivre semblent s’écrouler.
Accepter le non-sens, l’absurdité de certaines situations ou de la condition humaine en général, c’est entrer dans un sens plus haut, inaccessible à notre logique ordinaire, c’est être délivré du besoin de justifier l’existence par une quelconque idéologie, fût-elle généreuse.

Nos raisons de vivre ne sont que des raisons qui s’originent dans les aventures et mésaventures de l’ego.

Vivre sans pourquoi nous ramène à un autre fondement : le monde pourrait ne pas exister, il est tout entier suspendu à un acte de liberté essentielle dont nul n’a lamais percé le mystère.

Vivre sans pourquoi, c’est ne faire qu’un avec l’existence même, perçue en sa source, c’est adhérer à l’Intelligence créatrice qui informe les réalités psychophysiques et leur donne d’être ce qu’elles sont.

Nos explications ou nos représentations risquent toujours de se substituer au Réel.

Vivre dans le sans-pourquoi nous donne de le percevoir en ce qu’il a d’ineffable ;
c’est pratiquer la docte ignorance, le « Je sais que je ne sais rien » de Socrate ;
c’est être libre à l’égard des schémas et des mémoires dans lesquels le mental obscurcit et enferme le monde.
C’est vivre étonné et « accepter cet étonnement comme
séjour ».

Réaliser le vide

Lorsque nous ne sommes plus attachés à rien,
que nous ne cherchons plus de sens aux choses ni aux événements du monde, ce qui nous entoure et ce qui nous arrive semblent perdre toute consistance comme si la subsistance des êtres dépendait de l’intensité de nos tensions affectives et rationnelles.

Laisser être et vivre sans pourquoi nous conduit ainsi à
la réalisation du vide
« Toutes les créatures sont un pur néant, je ne dis pas qu’elles sont petites ou n’importe quoi, elles sont un pur néant’. »

Eckhart est ici fidèle à l’enseignement du prologue de saint jean : toutes choses existent dans le Logos et sans le Logos rien n’existe ; les créatures n’ont d’existence indépendante que subjective.
Lorsque cette subjectivité a été purifiée par le détachement et le non-agir mental, il ne
reste plus que l’évidence, l’objectivité foudroyante de notre néant.

L’homme capable d’endurer cet éclair est délivré de l’illusion et du désir de vivre, il touche en lui « quelque chose » qui est au-delà de l’espace et du temps.

L’au-delà de la mort est sa demeure.
Accepter son néant, c’est en effet rejoindre la Source incréée qui rend possible toute
manifestation.

« Il est un "quelque chose » dans l’âme qui est incréé et incréable. Si l’âme tout entière était ainsi, elle serait incréée et incréable’. »

Lorsque ce « fond » a été touché, il n’est plus possible de parler de Dieu de la même manière,
il n’est plus possible de L’idolâtrer sous forme de concept ou de présence malléable au gré du caprice humain ;
Il est cette « Déité » dont parle Eckhart et seuls les termes négatifs parviennent à La caractériser.

Aucune de nos analogies empruntées à l’espace et au temps ne peut convenir lorsqu’il s’agit de parler de l’Essentiel.

Il est l’Immuable, l’Impensable ; mieux vaut dire qu’« Il n’existe pas », qu’Il est un « pur Néant », que de L’enfermer dans des concepts ;

l’esprit entre alors dans une vacance essentielle et au-delà de toute représentation, il s’unit à l’Inconnu qui l’habite et le creuse jusqu’aux abîmes.

Cette expérience du vide, bien que douloureuse pour l’être créé, n’est pas une expérience pathologique, une incapacité à vivre, c’est la condition même pour que se réalise une nouvelle naissance : la vie de l’Incréé en nous.

Laisser être, vivre sans pourquoi, réaliser le vide, paradoxalement cela nous conduit à être fils,
car c’est dans ce vide que le Réel engendre , l’homme entre alors dans le maintenant de l’Ineffable.
Il est totalement présent, totalement libre.

« Voyez ! cet homme demeure dans une seule et même lumière avec le Réel (Dieu ) : c’est pourquoi il n’y a en lui ni souffrance ni succession, mais une égale éternité. En vérité, à cet homme, toute surprise est enlevée et toutes choses se tiennent essentiellement en lui. C’est pourquoi il ne reçoit rien des choses à venir ni d’aucun hasard ; il demeure dans un maintenant qui, en tout temps et sans relâche, est neuf’. »
« Il passe dans le monde en faisant le bien. »

Pour lui le temps n’est plus ... de toute éternité il EST

A demain !

frere francois+



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