Bulletin de l’Ermitage

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CAREME 2011

Les enfermements de l’ego (23)

Méditation de Carême

lundi 11 avril 2011, par frere francois


Bonjour à tous !

Dernière semaine de Carême ...et encore beaucoup (trop) de choses à dire... et puis du retard après un We’nd à l’emploi du temps ( trop) chargé..pardon à ceux qui attendent encore les réponses à leurs lettres....

Je voudrais simplement énoncer au cours de cette semaine les grandes valeurs qui forment notre civilisation dite "humaniste" qui se voulait "tolérante" acceptante" hélas en paroles seulement ... loin très loin de toute formulation chrétienne

Ainsi comment accepter l’exclusion dont sont victimes tant d’êtres... dans et hors de nos frontières ?

Inadmissibles exclusions migratoires de ceux qui veulent simplement se retrouver, étudier, se soigner, gagner leur vie ou se réfugier
comment accepter cela après s’être vanté aux yeux du monde d’être une terre d’asile ?
comment l’accepter tandis que nos compatriotes en retour ne se privent pas de se rendre à l’étranger pour piller, oeuvrer, guerroyer ?
Que dirions nous si nous aussi étions empêchés de le faire

Comment expliquer cela si ce n’est par pur égoïsme et refus de se remettre en question par les idées neuves portés par des êtres différents
égoïsme de populations vieillies devenues avares qui veulent garder tout pour eux

Garder quoi ? des terres sur lesquels ils ont mis leur nom, qu’ils ont clôturé...mais qui appartiennent à tous !

Avez vous remarqué le nombre d’appartements vides à Paris ?...le nombre de résidences secondaires qui dénaturent les paysages et qui sont aux 3/4 inoccupées sauf 1 mois par an...
mais qui sont possédés pour le fric qu’elles représentent...et dont on se garderait bien de laisser utiliser pour loger ceux qui n’ont pas de toi....

par pur égoïsme

un égoïsme mortifère qui engendre la morosité

"avez vous remarqué combien les gens sont tristes ici "...m’a dit mon ami du Japon hier... judicieuse et intéressante remarque

nul ne peu être humaniste, nul ne peut être heureux dans sa tour d’Ivoire... s’il n’ouvre pas sa porte à celui qui frappe et ne partage pas avec son frère en humanité



« Donnez-moi vos clefs, marna, vos chères clefs.
- Mes clefs !
- Mais oui, vos clefs. Ce sont vos clefs qui vous empêchent de dormir. Chacune d’elles est un petit démon, et chacun de ces petits démons est, à lui seul, plus lourd qu’une montagne.
Avec un poids pareil, ma pauvre marna, quand les anges s’y mettraient tous à la fois, ils n’arriveraient pas à vous traîner jusqu’en paradis.

Mes clefs ! répéta la vieille dame, livide. Que viens-tu là me parler des anges et des démons ? Pour une manie que j’ai ! Tu es finaude, ma mignonne, mais vois-tu, cette fois, tu te trompes. Je les ai sous
mon gilet de laine, ici, au creux, tu peux sentir... J’aime le cliquetis qu’elles font - écoute - tac, tic, ticquetic et tic, et tac.., Hé bien, oui ! cela m’amuse. Où est le mal ? Des clefs ! Je me moque des clefs...

Alors, justement, donnez-les-moi, rendez-les. Vous disiez, il y a une minute qu’à votre âge les doigts ne serraient plus, qu’il fallait tout lâcher. Oh ! marna, il y a beau temps que les morts vous ont pardonné ! C’est vous qui vous accrochez exprès au passé. Quoi ! si le Bon Dieu donne des remords, ce n’est pas pour que nous en fassions, à la longue, de vieilles habitudes ! Vos vieilles habitudes, ce sont vos clefs. »

La folle écoutait avec une attention extraordinaire, marquant chaque mot d’un léger hochement de tête, et La Pérouse voyait se concentrer à mesure les lueurs éparses du regard.

« On n’a jamais rien vu de pareil », fit-il entre ses dents.

Mais si bas qu’il eût parlé, Mme de Clergerie avait sans doute saisi au vol un murmure suspect. L’effort qu’elle fit pour se reprendre déforma de nouveau ses traits, où parut instantanément la même expression de détresse et de ruse.

« Mes clefs ! Crois-tu que je prenne un malheureux trousseau de clefs pour le Saint-Sacrement ? Je t’étonnerais beaucoup, ma petite, si je te disais ce qu’il en est... »

Mlle de Clergerie posa doucement sa joue sur l’oreiller.
« Pas tant que ça, peut-être, fit-elle. Vous savez très bien que vos clefs n’ouvrent pas une porte ici, pas un tiroir ; vous ne vous en servez jamais, ce sont des clefs pour rire. Seulement, vous ne voulez pas avoir l’air de vous en apercevoir... Oui, marna, laissez. moi vous dire, ne vous fâchez pas... A votre âge, si près de Dieu, c’est encore trop d’un petit mensonge ! L’âme n’est plus de force à le supporter. Et il y a encore les autres mensonges, pensez donc, ceux de toute la vie ! ... Il en reste toujours quelque chose ; ils doivent empoisonner les vieilles gens. Arrachez du moins celui-là, les autres viendront, avec, tous ensemble, comme les liserons d’un groseillier... Alors, vous serez réconciliée avec les vivants et les morts, c’est moi qui vous le jure... Vous pourrez dormir en paix.

- Tu as deviné ! Est-ce possible ! dit la folle d’une voix qui tremblait de joie. Tu devines tout, c’est merveilleux. Oui, oui, je le savais... Elles ne sont bonnes à rien... N’importe, prends-les, je te les donne... A présent que tu sais, à quoi veux-tu qu’elles me servent ? D’ailleurs je suis lasse... Mon cœur lui-même s’endort, mignonne. Désormais, vois-tu, je m’en vais pouvoir être lasse tout mon saoul. »

Ses épaules eurent à peine un léger frisson. Elle dormait.

(Bernanos dans son livre La joie...illustre bien mon propos)



le Réel est ce qui est tel qu’il est...nous n’y avons pas accès.. ;si ce n’est par des contacts furtifs avec la matière ou le raisonnement mathématique...peut-être la musique et la méditation

La réalité elle, c’est la conscience dans laquelle nous vivons et dans laquelle nous sommes, c’est notre état ou notre niveau de conscience : notre climat.
Les climats changent sans cesse, seule demeure la conscience, témoin de ces changements.

Chaque monde, ou chaque niveau de réalité, est déterminé par notre état de conscience ou climat.

L’éléphant ou le cafard « voit » ou « crée » le monde selon le niveau de conscience où il se trouve... Il faut se poser alors la question : dans quel monde vivent les végétaux, les animaux, les humains et, parmi ces humains, les enfants, les adultes, les vieillards, les malades, les pervers, les philosophes, les sages, les saints et les voyageurs... ?

A chaque civilisation, à chaque culture son climat.. son monde ...comment franchir le mur invisible qui nous en sépare...sans s’y fracasser... seul le dialogue... et l’élévation spirituelle ou intellectuelle permet de se rencontrer par delà le mur...

Autant d’êtres humains, autant d’états de conscience, autant de niveaux de réalité, autant de climats.

Voyager, n’est-ce pas changer de climat ? Rencontrer d’autres états de conscience, d’autres niveaux de réalité ? N’est-ce pas découvrir parfois dans l’acquiescement du corps et des pensées un oubli de soi qui est la fin du voyage, l’ultime climat ?

De même que le désir cherche un état de non-désir qui est son accomplissement, l’imagination cherche un état sans images, sans représentations, qui est son silence, son essence : le Réel qui contient tous les niveaux de réalité, la Conscience qui contient tous les états de conscience.

Dans le voyage cela se vit de façon moins abstraite, c’est dans le corps que doit nous rejoindre l’infinie étendue de l’espace - mais cet « épuisement de soi » que nous cherchons dans la marche ne pourrait-il pas être goûté dans le plus petit acte de générosité ou de don de soi ? là où rayonne la réalité et le climat de l’infinie Présence, que les Anciens appellent le « Royaume de Dieu », c’est-à-dire non plus le règne de la marchandise (premier climat), ou celui de l’échange (deuxième climat), mais celui de la Relation comme célébration de gratuité ensemble, comme la Réalité est tous les niveaux de réalité des plus artificiels aux plus essentiels, comme la Conscience est tous les états de conscience auxquels nous nous identifions et que le voyage nous apprend à traverser.

« L’Éternel voyageur est "l’Écran" sur lequel nous projetons nos films de voyage, le rond movie de notre passage sur
terrer. »

Sans doute est-ce toujours l’humilité que nous cherchons ou la simplicité sans lesquelles l’infini Réel ne peut pas se déployer. Quand le moi n’est plus là, tout enfin est là, nul ne le sait, nul ne l’ignore, ce qui est éprouvé alors, c’est que la Vie une et tout l’univers s’éprouvent dans les limites et la conscience ouvertes de l’être humain.

Si haut que nous montions, si bas que nous descendions, aussi loin que nous allions, nous ne sortons jamais, non de nos sensations comme pensait Condillac’, mais de notre imagination. Il n’y a pas de sensation brute, toute sensation « consciente » est imaginée en même temps que ressentie. J’imagine que je suis, j’imagine que je pense, j’imagine que je meurs : l’imagination est notre seul savoir, notre seule science, et celle-ci peut sans doute devenir sagesse ou folie, mais qui imagine que cela est tel ? L’imagination est le témoin créateur de tout ce que je vis, pense et agis, l’inventeur de l’identité, l’origine de « je ».

C’est l’imagination qui nous met en route et c’est l’imagination qui nous fait voyager, que nous soyons terrassés dans notre chambre ou les membres déliés dans l’allégresse du vent, immobiles ou en marche, c’est l’imagination qui nous fait avancer et croître.
L’imagination est le « concret » (de cumcrescere, « croître avec ») le plus évident, parce que le plus caché, l’intrinsèque du corps désirant, car sans imagination vitale où serait le désir ?
Peut-être trouvera-t-on chez Pessoa dans son « Autobiographie sans événements » un écho de cela

« Qu’est-ce que voyager, et à quoi cela sert-il ? Tous les soleils couchants sont des soleils couchants : nul besoin d’aller les voir à Constantinople. Cette sensation de libération qui naît des voyages ? Je peux l’éprouver en me rendant de Lisbonne à Benfica et l’éprouver de manière plus intense qu’en allant de Lisbonne jusqu’en Chine, car si elle n’existe pas en moi-même, cette libération pour moi n’existera nulle part’. »

L’intérêt et la qualité de mon voyage dépendent de l’assise de mon attention, faut-il dire plutôt de mon intention ou de mon imagination ? Celui qui est dans cette assise en allant au fond de son jardin a découvert la foule et le désert du monde.

« Nous ne débarquons jamais de nous-mêmes. Nous ne parvenons jamais à autrui, sauf en nous autruifiant par l’imagination, devenue sensation de nous-mêmes. Les paysages véritables sont ceux que nous créons car, étant leurs dieux, nous les voyons comme ils sont véritablement, c’est-à-dire tels que nous les créons...

Quand on a sillonné toutes les mers, on n’a fait que sillonner sa propre monotonie. J’ai déjà sillonné plus de mers qu’il n’en existe au monde, j’ai vu plus de montagnes qu’il y en a sur terre. J’ai traversé des villes plus nombreuses que les villes réelles, et les vastes fleuves de nulle part au monde ont coulé, absolus, sous mon regard contemplatif. Si je voyageais, je ne trouverais que la pâle copie de ce que j’ai déjà vu sans jamais voyager... Paysages, maisons, j’ai tout vu parce que j’ai été tout - tout cela créé en Dieu avec la substance même de mon imagination. »

Bonne méditation

et à demain !

frere francois





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