Bulletin de l’Ermitage

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Un texte de Marie

L’Ego

le puissant ennemi de l’intérieur

jeudi 31 juillet 2003

L’ego est comme un moulin à eau dont la roue, sous la pression d’un courant - le monde et la vie - tourne et se répète inlassablement, dans une série d’images toujours différentes et toujours semblables. L’ego est une ignorance qui se débat dans des modes objectifs d’ignorance, tels le temps et l’espace

L’homme se plaint de ses souffrances, telles que la séparation et la mort.
Cependant l’individuation n’est-elle pas une séparation d’avec le « Moi »divin et l’ego n’est-il pas une mort par rapport à la Vie Infinie ?
L’homme souffre parce qu’il veut être « soi » contrairement au « Soi » et le Christ efface ce « péché »(la Chute de l’homme) fondamental en assumant la souffrance qui en résulte.
Il est le Soi qui tend la main au « moi » : l’homme doit "perdre sa vie " celle de l’ego afin de la conserver : celle du Soi.

Sous son aspect solaire - qui implique la chaleur de l’amour comme la lumière de la sagesse - le Christ est le Soi qui unit et absorbe tous les êtres.

"Le Soi est devenu ego, afin que l’ego devienne le Soi". Le « Sujet »divin est devenu « objet » cosmique parce que « l’objet » doit redevenir le « Sujet ».

Seul le Soi est « soi-même » l’ego est « autre » d’où son déséquilibre initial et son insatiabilité. « Et la Lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue » l’ego n’a pas compris que sa réalité immortelle - ou que l’Intellect- n’est autre que le Soi.

Notre forme, c’est l’ego : c’est cette mystérieuse incapacité d’être autre que soi-même, en même temps que l’incapacité d’être tout à fait soi-même et non pas « autre-que-Soi ».
Mais notre Réalité ne nous laisse pas le choix et nous oblige à « devenir ce que nous sommes >>ou à demeurer ce que ne nous sommes pas .

L’ego est empiriquement un rêve dans lequel nous nous rêvons nous-mêmes ; les contenus de ce rêve, puisés dans l’ambiance, ne sont au fond que des prétextes, car il ne veut que sa propre vie : quoi que nous rêvions notre rêve n’est en somme qu’un symbole pour l’ego qui veut s’affirmer, un miroir que nous tenons devant le « moi » et qui en réverbère la vie de multiples façons.
Ce rêve est devenu notre seconde nature ; il est tissé d’images et de tendances, éléments statiques et dynamiques aux innombrables combinaisons : Les images viennent du dehors et s’intègrent dans notre substance, tandis que les tendances sont nos réponses au monde qui nous entoure et comme nous nous extériorisons, nous créons un monde à l’image de notre rêve, et le rêve ainsi objectivé rejaillit sur nous, et ainsi de suite jusqu’à nous enfermer dans un tissu parfois inextricable de rêves extériorisés ou matérialisés et de matérialisations intériorisées.

L’ego est comme un moulin à eau dont la roue, sous la pression d’un courant - le monde et la vie - tourne et se répète inlassablement, dans une série d’images toujours différentes et toujours semblables. L’ego est une ignorance qui se débat dans des modes objectifs d’ignorance, tels le temps et l’espace.

(Qu’est - ce - que le temps sinon l’ignorance de ce qui sera « après »et qu’est -ce-que l’espace, sinon l’ignorance de ce qui échappe à nos sens ?)

L’ego, c’est l’ignorance de ce qu’est « l’autre »
toute notre existence est un tissu d’ignorances ; nous sommes comme le Soi congelé, puis précipité « à terre » et cassé en mille débris.
Nous constatons les limites qui nous entourent, et nous nous rendons compte que nous sommes des fragments de conscience et d’être.

La matière nous étreint comme une sorte de paralysie, elle nous confère une pesanteur de minéral et nous expose aux misères de l’impureté et de la mortalité. La forme nous taille selon tel modèle, elle nous impose tel masque et nous retranche d’un tout auquel nous sommes pourtant liés, mais qui à la mort nous laisse tomber comme l’arbre abandonne le fruit ; enfin le nombre est ce qui nous répète - en nous-mêmes comme autour de nous - et qui en nous répétant nous diversifie, car deux choses ne jamais être identiques ; le nombre répète la forme par magie, et la forme diversifie le nombre et doit ainsi se recréer toujours à nouveau, parce que la Toute - Possibilité est infinie et doit manifester son infinitude.

Or, l’ego est non seulement multiple à l’extérieur dans la diversité des âmes, mais aussi divisé en lui-même dans la diversité des tendances et des pensées, ce qui n’est pas la moindre des misères, car « la porte est étroite » et « difficilement un riche entrera dans le Royaume des Cieux ».

L’humilité a 2 aspects préfigurés dans l’Evangile, l’un par le lavement des pieds et l’autre par le cri d’abandon sur la croix.

La 1ère humilité est l’effacement : Se soumettre à la Vérité est la meilleure façon d’être humble. Le Christ s’est humilié en lavant les pieds de ses disciples, Il s’est abaissé alors qu’Il était maître.

La 2ème humilité - la grande - est la mort spirituelle, la « perte de la vie » pour Dieu, l’extinction de l’ego ; c’est elle que les saints avaient en vue en se qualifiant « de plus grands pécheurs » : Si cette expression a un sens, elle s’applique à l’ego comme tel, et non à tel ego. Puisque tout péché vient de l’ego et que sans celui-ci il n’y aurait point de péché, c’est bien l’ego qui est le « plus vil » ou le dernier des pécheurs.

Le Christ s’est humilié sur la croix en s’identifiant, dans la nuit de l’abandon, à la nuit de l’ego humain, et non en s’identifiant à tel « moi », il s’est senti abandonné, non parce qu’il était Jésus mais parce qu’il était devenu l’homme comme tel ; Il a dû cesser d’être Jésus afin de pouvoir goûter toute l’étroitesse, toute la séparation d’avec Dieu, de l’ego pur, et par-là de notre état de chute.

L’ego c’est une pente qui éloigne de Dieu, la croix, c’est l’arrêt de cette pente. L’ego est une illusion d’optique qui fait apparaître une paille comme une poutre et inversement, suivant qu’il s’agit de « nous-mêmes » ou « d’autrui ». Il faut trouver, par la Vérité, cette sérénité qui comprend tout, « pardonne tout » et réduit tout à l’équilibre ; Il faut vaincre le mal par la paix qui est au delà du mal et qui n’en est donc pas le contraire ; la vraie paix n’a pas de contraire.

Le péché apparaît alors comme un accident cosmique, exactement comme l’ego l’est sur une échelle plus vaste ; à rigoureusement parler, est sans péché celui qui est sans ego et qui de ce fait, est comme le vent dont « on ne sait d’où il vient ni où il va ».

Il faut haïr notre ego, non « l’âme immortelle » et haïr celui qui hait Dieu en tant qu’il hait Dieu et non autrement ce qui revient à dire que nous haïssons sa haine de Dieu et non son âme.

Mais l’homme n’est pas uniquement fait de désir aveugle, il a reçu l’intelligence afin de connaître Dieu ; il doit avoir conscience de la fin divine de toute chose et en même temps il doit « prendre sa croix sur lui » et « tendre la joue gauche » c’est-à-dire dépasser même la logique interne de la prison existentielle, sa logique ; qui est folie « aux yeux du monde », doit dépasser le plan de cette prison, elle doit être « verticale » ou céleste et non « horizontale » ou terrestre.

CONCLUSION :

La victoire qui incombe à l’homme a déjà été remportée par Jésus ; Il ne reste plus à l’homme qu’à s’ouvrir à cette victoire qui sera la sienne.

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Texte inspiré de « SENTIERS DE GNOSE »Frithjof Schuon