Bulletin de l’Ermitage

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CAREME 2010

Méditation pour la cinquième semaine de Carême

dimanche 21 mars 2010, par frere francois, Jess

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Le temps s’est radouci..et après le passage des grands migrateurs nous savons que le printemps est là

et nous en profitons un maximum !...ce qui nous éloigne du net !

Mais nous désirions vous présenter les conclusions de nos méditations de Carême....

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1ere étape

C’est la fin de la méditation...

le moment où le pilote St Ex doit se séparer de l’enfant par la grâce duquel il s’est retrouvé,
reprendre son existence d’adulte, animé par tout ce qui va lui permettre de lui redonner sens.

Il n’ose plus rien demander au petit prince qui est content de voir qu’il a trouvé ce qui manquait à sa "machine" et va pouvoir rentrer chez lui.

Comment ne pas discerner la double signification de cette dernière remarque ?
Il s’agit bien évidemment de l’avion, maintenant réparé,
mais c’est aussi une allusion à ce qui lui manquait pour vivre avec les autres,
le maintenait dans la solitude et le brouillard... et lui interdisait de comprendre les choses.

Le pilote doit abandonner le personnage qu’il a été jusqu’alors ...par la volonté des autres,
se détacher de la matérialité désirée par les passions,
renaître à la vie de l’esprit,
s’exhumer de la poussière de son désert.

Dans ce moment de conversion, il a la certitude qu’il vient de se passer quelque chose d’extraordinaire.
Il sait que l’enfant...celui qu’il est lui même dans sa vérité d’être ne pourra pas mourir...
qu’il pourra toujours voir, à travers son regard, les choses essentielles.

Ayant découvert et compris les causes de sa solitude intrinsèque ,
de son mal existentiel ,
et, par voie de conséquence, les moyens de ne plus s’y abandonner, le pilote rejoint implicitement Descartes dans les dernières lignes de la sixième méditation :

« Mais, parce que la nécessité des affaires nous oblige souvent à nous déterminer avant que nous ayons eu le loisir de les examiner soigneusement, il faut avouer que la vie de l’homme est sujette à faillir fort souvent dans les choses particulières ; et enfin il faut reconnaître l’infirmité et la faiblesse de notre nature’. »

Il saisit comme une évidence l’importance des préceptes que lui a fait découvrir le petit prince, dont il a pris conscience dans son dialogue intérieur, à commencer par la nécessité de prendre le temps d’apprivoiser.

Il sait qu’il devra se prémunir contre sa faiblesse qui vient de ses facultés limitées,
de son esprit qui peut être troublé par les passions,
de son désir qui, associé à l’imagination, le fait se perdre dans le délire ou la folie de ses rêves impossibles où les sciences et les techniques l’invitent.

Il sait que ces préceptes ne pourront lui permettre d’accéder au bonheur partagé avec les autres, dans une collaboration éclairée par l’amitié qu’à la condition qu’il sache, contre les choses établies dans le monde des adultes,
contre les autres et contre lui-même,
y être absolument fidèle tous les jours de sa vie.

Le pilote a réussi son travail,
il a fait revivre en lui toutes les vertus de l’enfance que les adultes lui avaient fait oublier.
L’énigme de la vie est résolue comme nous le fait comprendre le serpent ( symbole du savoir et de la connaissance des choses et des êtres) qui vient mettre un terme au dialogue du pilote et du petit prince.

Mais avant de disparaître, de laisser le pilote seul avec lui-même, le petit prince énumère tout ce qui compose le secret qu’il lui a confié

- « ce qui est important, c’est ce que tu ne vois pas »,

- « si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, alors, la nuit, toutes les étoiles seront fleuries, car l’amour changera le regard que tu porteras sur les autres »,

- « l’eau que tu as bue est comme une musique qui enchantera ton existence puisque tu auras trouvé ce qui donne un sens à l’existence »,

- « mon étoile sera une des étoiles et tu aimeras les regarder parce qu’elles seront tes amies ».

C’est par l’amitié qui nous relie à ceux que l’on a apprivoisés que l’on est relié à toutes les autres personnes,
c’est par cette fenêtre ouverte sur le monde que l’on peut trouver un sens à l’existence.

Le sens des choses dépend de l’attention que l’on porte aux autres et du dialogue qui est bien au delà du vent des paroles.

C’est encore le chef de Citadelle qui, dans l’une de ses méditations, nous aide à mieux comprendre l’attitude que nous devons avoir à l’égard de l’amitié.

« Si ton amour n’a point l’espoir d’être reçu, tu dois le taire. Il peut couver en toi s’il est silence. Car il crée une direction dans le monde et toute direction t’augmente. »

« Si ton amour n’est point reçu et qu’il devient vaine supplication, tu dois le taire. Car il ne faut point confondre l’amour avec l’esclavage du cœur. »

« Si ton amour se heurte à l’absolu des choses comme d’avoir à franchir l’impénétrable mur de l’exil, alors remercie Dieu. Car il est une veilleuse allumée pour toi dans le monde. »

« Alors, s’il est amour vers toi et amour en retour de ta part, tu marcheras dans la lumière. »

« Et si ton amour est reçu et si des bras s’ouvrent pour toi, alors prie Dieu qu’il sauve cet amour, car je crains pour les cœurs comblés’. »

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Le pilote est rendu à lui-même, mais rien de l’univers n’est semblable à ce qui était avant le retour à l’esprit d’enfance.
Aucune "grande personne" ne comprendra cela tant qu’elle n’aura pas fait l’effort de trouver l’essentiel.

Le pilote, encore sous l’émotion de ce qu’il a vécu et bouleversé par ce qu’il a découvert, nous dit ce que nous allons devoir faire.
Pour cela, il dessine le même paysage que celui où le petit prince lui est apparu. Il nous demande de le regarder attentivement afin de pouvoir le reconnaître.
Il nous supplie, si un jour nous passons par là, de ne pas nous presser, d’attendre un peu, juste sous l’étoile.

Si, alors, un enfant vient à nous,
s’il nous arrive de passer par l’épreuve du désert, sans personne à qui parler véritablement,
il nous faudra faire l’effort de retrouver notre esprit d’enfance, prendre le temps de faire, nous aussi, cette méditation préconisée par Descartes, illustrée par Saint-Exupéry, par laquelle le pilote a trouvé cet essentiel qui donne un sens à l’existence.

Il faut nous vouloir permanents, nous désirer fidèles à nous-mêmes, car nous n’avons rien à attendre si nous trahissons notre enfance
celui que nous sommes en vérité
parce que les nœuds sont longs à nouer qui nous régissent, nous animent et font notre sens et notre lumière.

On est de son enfance comme on est d’un pays, c’est la raison pour laquelle il ne faut pas couper l’enfant de ses racines en le formatant aux exigences du monde des adultes.
Seuls les enfants savent ce qu’ils cherchent, c’est la raison pour laquelle il ne faut pas les aveugler par nos certitudes et nos illusions d’adultes.

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Ainsi parle St Ex dans la Citadelle :

« C’est pourquoi j’ai fait venir les éducateurs et leur ai dit : Vous n’êtes point chargés de tuer l’homme dans les petits d’hommes, ni de les transformer en fourmis pour la vie de la fourmilière. Car peu m’importe à moi que l’homme soit plus ou moins comblé. Ce qui m’importe, c’est qu’il soit plus ou moins homme.
Je ne demande point d’abord si l’homme, oui ou non, sera heureux, mais quel homme sera heureux. Et peu m’importe l’opulence des sédentaires repus, comme du bétail dans l’étable’.

Dans vos enseignements, vous suivez une pédagogie rigoureuse et exigeante qui permettra le développement de toutes les facultés intellectuelles, l’épanouissement des aptitudes et la maîtrise de la sensibilité sans lesquels l’instruction ne sert qu’à faire parler l’autre à notre place.
Vous n’encombrerez pas les mémoires de formules vides et de connaissances mortes, mais vous donnerez les clés qui permettent d’accéder aux richesses cachées dans l’héritage culturel, car une civilisation ne peut survivre que par ses arts, ses monuments et sa littérature.
Vous ne jugerez pas des aptitudes des uns et des autres sur l’apparente facilité qu’ils manifestent dans tel ou tel domaine, car on ne se dépasse et on ne réussit bien qu’en travaillant contre soi même.
Vous solliciterez en chacun la puissance d’étonnement et l’amour qui nous ouvrent l’espace où l’esprit peut se déployer.
Vous ne retiendrez pas l’attention sur l’usage des choses, mais sur la création qui permettra à chacun d’offrir aux autres la meilleure part de lui même et sa collaboration.
Pour l’acquisition de la langue, vous serez attentifs à la précision, aux nuances et à la richesse du vocabulaire et vous veillerez au respect des règles de grammaire car quand on aime une langue on aime ses difficultés qui sont le signe du pouvoir qu’elle a de dire ce pour quoi les mots manquent.
Vous ferez apprendre la langue autrement que par simple imprégnation afin que chacun puisse en saisir toutes les possibilités et ne pas en rester à des idées vagues ou à une pensée confuse, ni se
perdre dans les faux sens ; afin que tous puissent conserver le bénéfice de la culture que les écrits nous transmettent, ne pas perdre leur sens critique, échapper aux fanatismes et à la dictature de la sottise. Les mots ont une valeur précise dont ils ont besoin pour être utiles, car ils ont une valeur de monnaie puisqu’ils permettent les échanges qui sont au fondement de la vie en société et doivent permettre de résoudre les conflits issus de l’incompréhension.
Dans toutes les disciplines, vous veillerez à l’acquisition de bases solides afin que chacun puisse ensuite, de façon autonome, atteindre le plus haut degré de connaissance possible dans tous les domaines.
Vous enseignerez le respect, car la critique et l’ironie sont des manières de refuser ce que les autres peuvent nous faire découvrir et comprendre.
Vous vous opposerez aux liens de l’homme avec les biens matériels et vous lui apprendrez l’échange et la collaboration, car sans cela il n’est que repliement sur soi.
Vous favoriserez la méditation où chacun peut réfléchir sur son expérience et se découvrir.
Vous enseignerez la sincérité et la fidélité aux valeurs qui permettent aux hommes de se rejoindre et de se comprendre.
Vous enseignerez aussi le pardon et la charité ...

Vous enseignerez l’authenticité et la générosité qui nous aident à toujours considérer les autres comme nos semblables, car cela rend la servitude impossible et permet l’avènement d’une société composée d’individus capables de penser par eux mêmes et de vouloir s’associer avec les autres pour marcher vers un même but, guidés par les mêmes valeurs qui fondent une existence vraie où toutes les choses ont un sens."

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2ème étape

Cette nuit là, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants, et il passa le gué du Yabboq.

Il les prit et leur fit passer le torrent, puis il fit passer ce qui lui appartenait,

Et Jacob resta seul.

Un homme se roula avec lui dans la poussière jusqu’au lever de l’aurore.

Il vit qu’il ne pouvait l’emporter sur lui, il heurta Jacob à la courbure du fémur qui se déboîta alors qu’il roulait avec lui dans la poussière.

Il lui dit : Laisse-moi car l’aurore s’est levée. »

- « Je ne te laisserai pas, répondit-il que tu ne m’aies béni. »

Il lui dit : « Quel est ton nom ? »

- « Jacob » répondit-il.

Il reprit : « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu l’as emporté. »

Jacob lui demanda : « De grâce, indique-moi ton nom. »

- « Et pourquoi, dit-il, me demandes tu mon nom ?

Là même, il le bénit.

Jacob appela ce lieu Péniel - c’est-à-dire Face de-Dieu - car « j’ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauve ».

(Genèse 32, 23-33 )

Ce COMBAT DE JACOB est une figure exemplaire
de la transformation de soi à travers l’acceptation du manque.
Un long itinéraire mène Jacob jusqu’à cette nuit
décisive, nuit d’un passage décisif. En ce sens que le passage du gué et la lutte avec Dieu, décident
de la vocation spirituelle et de son humanisation

Jacob est, étymologiquement, celui-qui-supplante.
À deux reprises il a supplanté son frère aîné Esaü par ruse.
Tout d’abord il lui a échangé son droit d’aînesse contre un brouet de lentilles, puis il a extorqué la bénédiction paternelle en se revêtant d’une peau de chèvre pour se faire passer pour Esaü, qui seul devait recevoir la bénédiction.

Depuis ces actes de transgression des règles, de non-respect du cadre, Jacob a fait l’expérience des limites. Il a fui chez son oncle Laban la juste colère de son frère qu’il avait spolié de son droit d’aînesse et de la bénédiction paternelle (et donc de l’héritage des serviteurs et des troupeaux).
Alors qu’il était tombé amoureux de Rachel, il a dü passer quatorze ans chez Laban, le père de Rachel qui lui a d’abord accordé Léa, sœur aînée de Rachel, après sept années de travail, avant de lui accorder Rachel après sept autres années.
Ce sont là les premières rencontres avec la castration symbolique à travers l’obéissance à la loi d’un (beau )père, l’austérité du travail et l’expérience de l’attente.

Jacob, préparé par ce long processus, se trouve désormais prêt à entrer dans une transformation profonde.

Ce soir, au gué du Yabboq, le dépouillement sera extrême. Jacob l’acceptera avec tout son être.
Le Yabboq, ce modeste affluent du Jourdain, va marquer une frontière entre un avant et un après. Il représentera la voie étroite de l’acceptation du manque et de l’ouverture à l’Être.

Jacob a peur.
Son frère est décidé à le faire mourir. N’avait-il pas dit : « L’époque du deuil de mon père approche et je pourrai tuer mon frère
Jacob » (Gn 27, 41) ? Ne vient-il pas vers lui avec quatre cents hommes (Gn 33, 1) ?

Jacob est seul.
Les femmes, les servantes, les enfants ne sont mentionnés que pour mieux disparaître de la scène. Ils sont évoqués, certes, pour la cohérence du récit, mais plus encore pour souligner la solitude de Jacob.

Jacob est plongé dans la nuit, abandonné à lui même dans un endroit désert. Il n’a plus ses repères habituels. Il est livré à l’angoisse du vide et à toutes les forces qui habitent son psychisme.

Jacob est entraîné malgré lui dans un combat étrange avec une figure que rien n’annonce dans le récit. Il est confronté à une énigme qui fait voler en éclats son imaginaire.

« Un homme se roula avec lui dans la poussière jusqu’au lever de l’aurore. » Cette confrontation est une expérience de Dieu qui déjoue toutes les
représentations de Jacob.

L’Ange (« l’homme », figure du Créateur) se roule dans la poussière avec celui qui est poussière et retournera à la poussière. Il combat avec lui, lutte contre la toute puissance tapie au profond de Jacob et lui révèle sa vraie et juste puissance d’homme.
C’est Lui qui initie le dialogue de façon déconcertante, en reconnaissant « qu’il ne pouvait l’emporter sur [Jacob] » ; il lui dit : « Laisse-moi car l’aurore s’est levée. » Dieu, le seul Tout-Puissant, reconnaît à Jacob sa force, sa puissance, par cette demande de le laisser aller. Jacob s’autorise à mettre une condition à cette requête humble bien que divine en lui demandant une bénédiction. « L’homme » (« l’Ange ») répond par une question : « Quel est ton nom ? », nouvelle manière de déloger Jacob de sa position de maîtrise.
Jacob répond sobrement, sans conditions cette fois-ci. Il se situe, se centre, se livre tout entier sans discuter, et lui dit son nom : « Jacob. »

« L’homme », pour autant ne lui donne pas sa bénédiction, mais lui donne un nom nouveau signifiant qu’il fait alliance avec lui. Il lui signifie explicitement qu’il reconnaît sa puissance, non pas sa toute-puissance fantasmatique, mais sa puissance réelle d’être humain qui déploie son authenticité et sa cohérence : « On ne t’appellera plus Jacob mais Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu l’as emporté. »

La nouvelle question que pose Jacob à Dieu est sur le même plan que celle que lui a posée précédemment Dieu, à ceci près qu’il y ajoute une formule de déférence : « De grâce, indique-moi ton nom. »
« L’homme » se dérobe à la réciprocité qu’instaurait Jacob en posant à nouveau une question : « Et pourquoi me demandes-tu mon nom ? », puis il répond à Jacob en passant à l’« Acte-Parole » : « Là même, il le bénit. »

Jacob avait usurpé le droit d’aînesse et trompé son père pour obtenir sa bénédiction. Maintenant, il reçoit un nom nouveau alors qu’il ne demandait rien et il est béni alors qu’il ne s’y attendait plus, désirant seulement connaître le nom de celui qu’il avait combattu. Il passe de la maîtrise à l’ouverture, il accepte la puissance d’un Autre. De « Jacob », « celui qui supplante », il devient « Israël », « celui en qui Dieu se montre fort ». Il devient lui-même en abandonnant sa toute-puissance et en laissant agir en lui celle de Dieu.

Désormais, il porte la marque de Dieu dans son nom ; le nom du divin, « El » est inscrit en lui, comme pour signifier sa dépendance envers Dieu, le consentement libérateur à sa finitude.

Le souvenir de cette nuit transformante est également inscrit dans son corps par une blessure définitive. « L’homme » n’a pas eu l’intention de
blesser Jacob, « il heurta Jacob à la courbure du fémur qui se déboîta alors qu’il roulait avec lui dans la poussière. » La blessure est un accident du combat, la conséquence des risques qu’il faut nécessairement prendre pour lutter en vérité.

Cette blessure est non sanglante, interne et pourtant visible : elle modifie l’allure extérieure de Jacob. Elle reflète son changement intérieur.
Elle se situe tout proche du sexe et évoque la castration symbolique.

Désormais, Jacob sera limité. Il ne pourra plus fuir devant ses ennemis. Il devra se confronter à son frère au lieu de lui échapper comme par le passé. Toute sa marche de pèlerin de l’existence sera marquée par la boiterie.

Le manque s’est inscrit dans son corps, en même temps que la liberté dans son âme.

Cette blessure est symbole de l’impossible complétude de l’avoir, nécessaire pour s’ouvrir à la plénitude de l’être. La hanche déboîtée de Jacob laisse une cavité vide, « un manque », qui permet de recevoir la puissance d’être d’un autre que lui, de Dieu, et d’en vivre.

L’aurore de la vraie vie se lève, cette vie reçue dans un cœur unifié et humanisé par l’acceptation du manque...

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3ème étape

Comme vous le savez déjà si vous nous suivez "régulièrement" pour nous Daniel Sibony est un de ceux qui savent approfondir et apprivoiser ce "manque" et en parler...et c’est pourquoi nous voulions lui confier la fin de notre méditation de Carême

Difficile à comprendre Sibony est pour nous celui qui parle le mieux du divin... tel que nous le ressentons .Sa culture juive et ses connaissance en psychologie nous éclairent avec hauteur pour dire l’Essentiel aux hommes d’aujourd’hui....

On peut mieux entendre certains traits du" Dieu" biblique en termes de rapport à l’être. En voici quelques-uns :

1. « Qui est YHVH ? » YHVH interprète l’être et le temps ; il donne à l’être-temps une structure de Nom infini : ses lettres font jouer l’être selon le temps.
YHVH premier appel sur l’abîme de l’être, déclenche un processus d’appels-rappels, autour de cet abîme que chacun rencontre.
Mais la rencontre dépend de chacun.
À lui de la faire ; et déjà de l’appeler.

YHVH fonctionne comme Nom pour être appelé aux temps limites de la vie - détresse ou joie, mort ou renaissance, ruine ou espoir... Aux charnières de la transmission.

L’expression : le nom de l’être est courante pour dire YHVH (shern havaya) ; mais elle s’écrit : « nom de YHVH ». Et elle peut se lire : « là-bas c’est l’être » (sham havaya).
YHVH est une permutation de l’être. L’être, HaVaYaH, est l’anagramme de YHVH. Ce nom relaie ainsi tout passage symbolique. Il est indicible, comme le silence qui relie des paroles.

Le Nom YHVH est spécifique du Livre hébreu, c’est sa grande invention, ou découverte. C’est ce qui le distingue des autres approches monothéistes, où ce Nom ne figure pas, sinon évoqué de façon partielle (le Père, le Eloha, le Allah, qui est un des attributs de YHVH).

YHVH est le carrefour des métaphores de l’être qui devient parlant ; du devenir parlant de l’être ; du devenir existant.
C’est l’être en devenir ; il échappe aux déterminations du temps mais il les porte : il est le temps en déploiement, il échappe aux règles du langage intuitif mais il a son langage qui est l’objet d’une étude infinie. Ainsi on peut dire qu’il est présent mais aussi qu’il est absent ; qu’il est obscur et lumineux, lumineux en tant qu’obscur...

Bref, on sort de la logique binaire dans laquelle si ce n’est pas mort, c’est vivant ; si ce n’est pas lumineux c’est obscur, etc.
L’être n’est pas un être, ce n’est pas quelque chose ; même si les religions en font un Être suprême.

YHVH est le Nom de l’être qui symbolise la transmission de l’humain, celle des lois de la vie, du cosmos et de la langue (y compris celle de l’inconscient, ou celle des mathématiques...).
Pour la Bible, le divin se manifeste dans l’événement et le hasard (Einstein : le hasard c’est Dieu qui se promène incognito). Encore faut-il le percevoir, le connaître lors des rencontres, des secousses d’être, des nécessités.

2. Quand le jeu de l’être dit Je. Sa violence n’épargne personne, surtout pas les plus proches, les Hébreux, « élus » pour recevoir le plus vif des reproches. Mais cette violence est fondatrice d’une éthique de l’être, qui contrairement à la morale ou la religion - toutes deux prises dans un mode d’être conforme - implique souvent de n’être pas conforme à soi-même.

Les textes bibliques, une fois déliés ou « éclatés » par la lecture qui interprète, se révèlent ancrés dans l’être : ils contiennent une pensée de l’être. Si on la cherche, on la trouve et, dans une grande évidence, elle éclaire nos rapports à l’être : à ce qui traverse ce que nous sommes.

La Torah se pose comme un certain rapport à l’être - qui évolue et se transforme. En hébreu moderne, une théorie s’appelle torah. Il y a la torah des jeux (théorie des jeux), la torah des champs (théorie des champs ou théorie quantique)...

La Torah est un noyau, une origine, un coup d’envoi dans le jeu des lois, jeu « torahique » qui se poursuit à l’infini. Et c’est le jeu de l’être qui dit Je dans le nom de YHVH.

Le Dieu de la Bible, c’est l’événement récurrent où c’est le jeu de l’être qui dit Je.
« Je serai » est mon Nom. Cela fait de Dieu le jeu même de l’être-temps qui se transmet en événements singuliers, tous marqués par une faille qui se transfère et un appel qui se répercute.

Le tétragramme, c’est l’être conjugué aux trois temps ; mais son nom est une promesse de je, d’effet-sujet.
L’être-sujet est une promesse, une promesse contagieuse pour ceux qui l’entendent et à qui elle semble dire : Toi aussi, si tu tiens le rapport à l être, tu pourras parler en ton nom, dès lors que ce nom, cette façon dont tu t’appelles, s’articule avec le Nom et la manière dont il s’appelle à travers toi.

L’être-sujet est un appel d’être à venir, qui se marque dans le jeu du verbe être et ses façons de conjuguer le temps. À ce niveau, « croire en Dieu » ne suffit pas ou est en trop : cela ferme le jeu. Il s’agit d’être avec, d’exister ; d’aimer en faire l’expérience. L’être est un dans l’infinie variété des rapports qu’on a avec....

Il serait intéressant de poursuivre ...vous le ferez peut-être en lisant son livre : " Lectures Bibliques" paru chez Odile Jacob...
c’est difficile mais c’est superbe...et ça "décape"...car c’est tellement vrai !

Mais je crois que nous en avons assez dit pour cette année ....

Nous vous laissons donc jusqu’à Pâques ...nous en avons bien besoin...mais nous vous donnerons des nouvelles et de la musique de temps en temps...

Mais rien ne vaut le Silence ....

Bien fraternellement merci de nous avoir suivi si nombreux cette année ( près de 300 !)

Jess et Francois (ermites)

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Messages

  • En cette fin de carême

    Frère François et les Loupiots,
    j’ai imprimé tous vos écrits sur le carême 2010 ... Et je m’en imprègne calmement !
    Que de surprises, moi qui les avais lus un peu "en diagonale".
    Pour moi j’y trouve là des passages qui sont parmi les plus "forts" que vous ayez écrits.
    On y "lit" aussi Jess au travers de tout cela. Félicitations.

    Moi qui aime tant (je vous l’ai déjà exprimé) Antoine de Saint-Exupéry !
    Quant j’étais titulaire en 6e primaire, chaque matin, je lisais, en début de journée, un petit passage
    du "PETIT PRINCE". Un débat suivait. Certains de mes "anciens élèves", quand je les revois,
    me le rappellent car cela les avait marqués.
    A chaque âge, on peut relire cette oeuvre à tout âge (et les autres de cet auteur) et on y refait une nouvelle "lecture" !

    MERCI pour cela.

    Ici pas mal de pluie : vaux de mars et giboulées d’avril : avec des moments de soleil.

    J’espère que vous profitez mieux du "temps" du dehors.

    Bonne fin de carême
    Bien fraternellement

    Jacques

    • Merci pour cette gentille lettre...

      effectivement cela va un peu mieux... nous nous sommes mis en vacances...

      Le carême cette année c’était une sorte de pari...personnellement je n’avais pas d’idées...et puis Jess a ressorti un livre du petit prince ( que je n’avais jamais lu)
      et on a décidé de le travailler ensemble....

      surpris comme lui d’y trouver tant de choses

      tout a été rédigé au dernier moment...

      dire qu’au Japon on m’en avait parlé ... étonnés de mon ignorance ( je crois que c’est le livre le plus édité dans le monde après la Bible)...en tous cas au Japon il a fait un tabac !

      Désormais les publications seront rares ...nous avons tous été très éprouvés par l’hiver...et avons besoin de recharger les batteries...
      il faudrait pourtant que j’écrive au sujet de la pédophilie...si je trouve la manière ... car si je n’aime pas l"’Eglise-institution" , j’aimerai bien qu’elle soit fière d’ appliquer le message dont elle vit et soit fidèle à le porter : message de pardon, de compréhension et de non jugement... des personnes...
      de séparation avec le monde de "César" du moins dans ses règlements et tabous les plus discutables...
      de non dénonciation !!!!! ( serait-on à nouveau sous le règne de la stasi...ou de la gestapo ?)

      ....et de défense de ses membres !!!

      au lieu de se prosterner "faussement" et lâchement devant la "rage" de la bien pensance médiatique...
      en abandonnant ses clercs ( quelque que soient leurs fautes) à la vindicte de la "populasse"...
      oser dire qu’ils sont aussi "autre chose" que des "pervers"...

      mais avant tout des serviteurs de l’Être et des hommes vers lesquels ont doit avoir reconnaissance et respect...
      face aux rumeurs...
      ou aux crocs aiguisés de ceux que l’on pousse à mordre... 10, 20 ou 30 ans après les faits... pour la pluspart du temps...
      à cause de quelques" caresses" ou "touche-pipi" et autres "incompréhensions ou dérives d’un soir d’approche... d’une journée de liberté et de jeux... ou d’une nuit de fantasmes....
      devenus soudains exutoires de tous les mal êtres, malaises, rancoeurs et frustrations...alors que seul l’oubli, l’acceptation et le pardon face à celui qui s’est égaré ou souffre lui aussi... fragile et déviant comme tout "adulte" pourrait permettre de se refaire voire même de s’enrichir de ce que l’on croyait être un"fatal événement" ( voire en ce sens l’admirable témoignage de la "lolita" de Polanski que l’on devrait lire dans toutes les écoles !!! )

      Comme je l’ai dit souvent au risque d’avoir des ennuis ( mais encore une fois je ne fais en aucun cas l’éloge de la Pédophilie...même indirectement) : le Nazaréen ne faisait pas d’exception et était aussi le tout proche des "hors normes", de ceux qui avaient fauté
      et pour avoir toujours vécu au milieu d’enfants je connais leurs besoins... dont celui d’aller "aux limites" , d’éprouver leurs "talents"...( le plus souvent inconsciemment bien sûr....
      besoin de franchir les interdits et parfois pousser l’adulte à le faire pour prouver son amitié ou sa sincérité...
      et aussi de faire "tomber" l’adulte...par jeu....

      et puis par honte de se "retourner à 180°" pour donner le change...face à la société qui demande des comptes....

      alors "juger" cela de l’extérieur, à froid, 10,20,30 ans après les faits ...pour quelques sesterces.... quelle pantomime...surtout dans notre société "éclopée"
      et ce ( et c’est ce qui est terrible) au détriment des relations déjà fort abimées entre les enfants et les adultes ... dans des foyers désagrégés... des écoles prisons...tenus par des adultes aux comportements souvent peu respectables.... voire infantiles ...
      une éducation ou seules les "passions " "le travail aliénant" et le "fric" sont pris en compte... plus rarement les êtres....
      et leur besoin d’être "entendus"....

      une éducation de webcams, d’ordinateurs, de claustrations, d’interdits, et de licence ... un encadrement sans sentiment ni défaut.. où l’individu doit répondre comme une machine.... sans erreur ni sentiment...sans même regarder de quoi l’autre rêve, de quoi ou de qui il a réellement besoin.... pour suppléer l’absence...d’un père...d’un frère...d’un ami...d’une écoute...
      bref d’un adulte en chair et en os...

      une éducation fonctionnelle quoi... comme une prison modèle
      où l’on se doit de réussir en écrasant les autres....
      sinon c’est le suicide...pas forcément physique...mais social et humain
      le naufrage et la désespérance...

      quelle horreur ! ...tout le contraire de l’ermitage !

      Demain je dois aller voir mon ami ermite : Jean-Marie qui passe encore par ici pour repartir au Japon...un déplacement dont nous nous passerions bien...enfin...

      on se reposera après...

      avant en principe l’accueil de 2 petits "nouveaux" pour les vacances de Pâques ...Jéremy...et Kevin....
      deux gosses pâles comme des linges et aux cernes violets que j’ai vu trainer toutes les vacances de printemps dans les rues du village du bas...foyers disjoints et en difficulté.... chômage... au bord de la bascule vers la drogue et la délinquance ...à moins de 10 ans !!!

      et que personne n’ose regarder au fond des yeux ni prendre par la main...

      ils voulaient venir tout de suite...j’ai promis...au printemps
      plus dur sera la redescente...
      mais au moins il auront passé de vraies vacances...

      comment accueillir toute la misère dont nos élus se fichent ?...
      ne savent ou ne veulent pas voir ...
      il est vrai qu’ils ont des dollars à la place des pupilles !

      et que les "organismes" n’osent plus accueillir avec tous ces "risques"... et toutes ces "plaintes"...
      et ne savent pas le faire ...car ce n’est pas une affaire de fonctionnaire , ni de mères de familles dévouées...
      c’est une affaire d’individus, d’êtres en face d’autres "êtres" qui ont à s’apprivoiser et s’apprendre

      mais heureusement là haut chez les ermites ...c’est une zone de non droit..
      .personne ne sait ce qui s’y passe...
      c’est pourtant pas faute d’essayer ;-)

      allez je vous laisse...

      Bonne et heureuses fêtes de Pâques

      bien amicalement

      frere francois ermite