Bulletin de l’Ermitage

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CAREME 2010

Méditation pour la troisième semaine de Carême

dimanche 7 mars 2010, par frere francois, Jess

*** Pour goûter pleinement et méditer sur ces textes il est utile de prendre du temps...mais aussi de se référer aux publications précédentes en suivant ce lien

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Admirable "Taïko"...tout y est prière dans l’esthétisme de la gestuelle,
l’engagement, la force et la tension du corps et de l’être...
voilà pourquoi ceux qui le découvrent ne peuvent s’en passer...
voie d’accomplissement et pas simplement tradition, folklore ou musique...
tout l’individu est engagé vers la prise de conscience et la "réalisation" de son être...
dans la primalité vitale essentielle...
dans l’agir et le faire musical...
en rythme en transe avec la musique
dans la communication esthétique et gestuelle avec les autres...( esprits ou humains)...
... le Tout Autre...
et par conséquent le Réel...( on y reviendra peut-être un jour...)

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Qui dira encore que les japonais ne sont pas des mystiques ?

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RACHEL : Les micros de « Émissions latines » se trouvent aujourd’hui dans ce qui fut l’antique port de Capharnaüm. Jésus nous accompagne pendant cette journée supplémentaire de sa seconde venue sur terre.

Capharnaüm, sur le lac de Galilée, est considéré comme sa ville. Pourquoi ?

JÉSUS :C’est que j’ai quitté Nazareth et suis venu vivre ici.
RACHEL : Et comment vous est-il venu à l’idée de vous établir dans un port de pêcheurs ?

JÉsus : Ben, c’est ici que vivaient Pierre, André, Jacques... Ils avaient des barques et des filets...

RACHEL : Eux étaient des pêcheurs, mais vous pas.

JÉsus : Non, moi je suis venu les pêcher eux-mêmes. Quand je suis revenu du Jourdain, j’ai pensé : il faut agir pour que les choses changent dans ce pays. Et je suis venu les chercher à Capharnaüm.

RACHEL : Appartenaient-ils à une organisation religieuse ?

JÉsus : Qui ?

RACHEL : Pierre, André, et Jacques...

JÉsus : Non, ils étaient organisés dans la résistance contre les Romains...

RACHEL : Alors, vous les avez appelés et avez formé avec eux le groupe des 12 apôtres.

JÉSUS : 12 ? Nous étions bien plus que 12.

RACHEL : Dans votre biographie, on parle de 12 apôtres.

JÉsus : Je ne sais pas pourquoi... On va voir ; je vais compter Jacques et Jean qui étaient les fils de Zébédée. Salomé, leur mère, qui a rejoint aussi le mouvement. Pierre et André qui étaient frères. Jeanne, la femme de Cuse. Il y avait Thomas le jumeau. Et Marie qui venait de Magdala. À qui il faut ajouter Philippe, Suzanne, Nathanaël, Marthe et sa soeur Marie qui venaient de Bethanie, Judas qui venait de Kariot et qui a fait ce qu’il a fait...

Rachel : Un moment... un moment... vous déroutez nos auditeurs.

JÉSUS : Qu’est-ce qu’il y a de déroutant, Rachel ?

RACHEL : Vous mêlez les hommes et les femmes, les apôtres avec...

JEsus : Avec les apôtres femmes. On peut le comprendre ainsi, n’est-ce pas ?

RACHEL : Bon, je ne sais pas comment on le prendra, mais on
sait depuis toujours que vous avez choisi seulement des hommes pour former votre Eglise.

JEsus : Et quel est le moinillon d’Essène qui a dit cela ?... Dans notre groupe il y avait de tout, des femmes, des hommes, des gens de Judée comme d’autres de Galilée, jusqu’à une Samaritaine qui nous a rejoints...

RACHEL : Clarifions tout cela. Ces femmes dont vous venez de parler ont rejoint votre groupe... C’était pour lui donner un appui logistique ?

JEsus : Un appui quoi ?

RACHEL : Je veux dire : pour faire la cuisine, pour laver le linge...
Peut-être même... comme repos pour les prédicateurs.

JEsus : Mais, que dis-tu là, Rachel ? En fait, les femmes étaient les meilleures pour parler et pour enthousiasmer les foules...
Les
meilleures aussi pour organiser.
Elles étaient les égales de tous, et évidemment égales aux hommes.

RACHEL : Mais alors... Attention... Nous recevons une communication téléphonique... Allô ?

RENATO : Ici c’est Renato Souza de Almeida, de la pastorale pour les jeunes de Sâo Paulo au Brésil.

RACHEL : S’il vous plaît, parlez lentement pour que nous comprenions bien votre portugais.

RENATO :Jésus a raison. D’ailleurs, lisez les épîtres de saint Paul, où il raconte comment il a travaillé avec Julie, avec Lidie (celle qui vendait de la pourpre), avec Evodie, avec Fébe, avec Apia, et avec une masse d’autres femmes des premières communautés chrétiennes...

RACHEL : Merci, Renato. Mais alors, si telles était les choses au commencement... Vous vous rendez compte, Jésus-Christ ? Je vois maintenant que vos représentants refusent les femmes comme prêtres, comme pasteurs et comme évêques. À votre avis, pourquoi agissent-ils ainsi ?

JEsus : Je ne sais pas, mais peut-être est-ce par peur...
Peut être se sentent-ils petits face à elles, et ne veulent-ils pas le reconnaître ?

RACHEL : Alors, si je comprends bien, vous seriez d’accord pour ordonner des femmes prêtres ?

JÉsus : Je ne suis d’accord avec aucun sacerdoce, ni d’hommes, ni de femmes. Mais pour diriger les communautés, les femmes sont plus sages, plus responsables aussi... Et c’est pour cela que le message le plus important, la perle la plus précieuse, Dieu l’a confiée à une femme et non à un homme.

RACHEL : De quelle perle parlez-vous ?

JEsus : Pourquoi n’allons-nous pas la chercher à Magdala ? Tu
veux venir ? Allons-y, c’est tout près...

RACHEL : Oui, allons-y ! C’est ici « Émissions latines » sur la route de Magdala. Avec votre envoyée spéciale, Raquel Pérez...

(...)

RACHEL : Notre unité mobile se trouve aujourd’hui au Mont des Béatitudes, à quelques kilomètres de Capharnaüm. Avec nous, se trouve encore Jésus-Christ qui donne un nouvel entretien aux « Émissions Latines ».

Comment vous sentez-vous, ici, où vous avez prononcé un de vos discours des plus inoubliables ?

JÉsus : Très ému, pour dire vrai.

RACHEL : D’après mes recherches, dans cette montagne, vous avez parlé de la loi et des prophètes, de se mettre dans les mains de la providence, de l’efficacité de la prière, de la règle d’or...

JÉsus : Je ne sais pas si j’ai parlé de tant de choses... Mais je me souviens d’y avoir dit le message le plus important du Royaume de Dieu.

RACHEL : Vous parlez sans doute des béatitudes, parce que cette montagne s’appelle précisément ainsi, le Mont des Béatitudes.

JÉsus : Il avait beaucoup plu la nuit précédente, je m’en souviens... II y avait eu de la grêle. Les paysans avaient perdu leur moisson et ainsi ils avaient tout perdu. Les propriétaires terriens ne voulaient pas ouvrir leurs greniers et les usuriers aiguisaient leurs dents.

RACHEL : Et, dans cette situation difficile, vous avez réuni les gens et leur avez parlé.

JÉsus : Oui, nous étions très nombreux ; le peuple était désespéré ; les enfants n’avaient rien à manger ; les veuves demandaient l’aumône...

RACHEL : Et c’est alors que vous leur avez promis le royaume des Cieux.

JÉSUS : Comment cela, le royaume des cieux ?

RACHEL : C’est-à-dire que vous leur avez dit que, après cette vallée de larmes , ils entreraient dans le royaume des Cieux. N’est ce pas ?

JÉsus : Non, moi, je n’ai pas dit ça

RACHEL : Vous avez dit : bienheureux les pauvres en esprit parce que...

JÉsus : Non, non, non. J’ai dit « les pauvres ». C’est tout. Les pauvres-pauvres.

RACHEL : Mais... Mais, dans un des Évangiles, je crois que c’est
celui de Mathieu, vous parlez des pauvres en esprit...

JÉsus : Alors, mon ami Mathieu m’a joué un mauvais tour. Il l’a fait avec une bonne intention. Mais on l’a mal interprété.

RACHEL : Vous vouliez parler des personnes qui ont un coeur humble ?.

JÉsus : Moi, je parlais des pauvres. Des affamés. De ceux qui
tremblent de froid. De ceux qui n’ont pas de toit, ni de terre, ni de
travail. A nous tous qui n’avions pas un morceau de pain à se
mettre sous la dent.

RACHEL : Vous dites « qui n’avions pas » ? Vous vous considériez aussi comme l’un de ces pauvres ?

JÉsus : Oui, j’étais l’un d’eux. Moi aussi j’ai souffert de la faim. C’est ainsi qu’on m’a dit : « Médecin, soigne toi toi-même ».
Parce que j’étais un pauvre diable sans un sou en poche. Et je parlais de la libération des pauvres.

RACHEL : La libération dans le royaume des Cieux, c’est dans l’au-delà.

JÉsus : Non, Rachel. C’est la libération sur terre, dans l’ici-bas.

RACHEL : Pouvez-vous expliquer ?

JÉsus : J’ai parlé du royaume de Dieu et, à ce que je vois, certains ont compris le royaume des Cieux.

RACHEL : Quelle est la différence ? Je ne la saisis pas.

JÉSUS : Que les cieux sont très hauts et très lointains... Que le royaume des Cieux est une promesse pour ce qui viendra plus tard, une consolation pour après la mort.

RACHEL : Et ce n’est pas cela que vous avez sans cesse prêché ?

JÉsus : C’est tout le contraire, Rachel. Le royaume de Dieu est pour maintenant. Ce n’est pas pour une autre vie, mais pour celle-ci.

RACHEL : Qu’est-ce que Jésus-Christ a proclamé de plus sur cette montagne ?
Que signifie le royaume de Dieu ?

Après une courte pause publicitaire, nous continuerons en direct depuis le
Mont des béatitudes.
Rachel Pérez. « Émissions Latines ». À vous, le studio !

(...)

RACHEL : Après avoir savouré le délicieux poisson du lac de Galilée, nous sommes de nouveau avec Jésus-Christ qui n’était plus passé par là depuis 2000 ans. Nous avons diverses questions à discuter avec lui. Vous êtes prêt, Jésus-Christ ?

JEsus : Prêt ! Après avoir mangé, on pense mieux.

RACHEL : Pouvons-nous revenir sur les miracles et les prières
pour les obtenir ?

JEsus :Bien sûr, Rachel ?

RACHEL : Dites-nous, Jésus-Christ. Si Dieu ne fait pas de miracle, comment expliquez-vous à quoi ça sert de prier pour obtenir la santé, ou un travail, ou la réussite d’un examen ? Finalement, cela sert-il à quelque chose de prier ?

JEsus : Cela ne sert à rien, mais, en même temps, à beaucoup. Cela me rappelle un jour ici, à Capharnaüm. La belle-mère de Pierre était fort mal. On ne voyait pas comment améliorer son état et on priait pour elle.... Je suis venu, lui ai donné la main, ai bavardé, lui ai raconté des blagues, l’ai fait rire... Et elle est allée mieux. Si bien qu’elle s’est levée et a préparé le souper (sans doute quelques poissons comme ceux que nous venons de manger).

RACHEL : Mais... était-elle guérie ?

JEsus : Elle a été mieux pendant quelques jours. Elle était déjà fort âgée. Elle est morte peu après. Son temps était venu.

RACHEL : Mais si sa famille priait et que vous n’avez pas fait le miracle de la guérir, pourquoi nous racontez-vous cette histoire ?

JEsus : Pour que tu comprennes que la prière, ce n’est pas Pour demander des miracles, mais pour demander des forces.. Dieu ne change pas les lois de la nature pour faire des prodiges. Il ne va pas les changer pour toi, à cause de tes prières.
Dieu est juste et il aurait à les changer pour tous ses fils et toutes ses filles, même s’ils ne prient pas.

RACHEL : Et si je n’obtiens pas le miracle, pourquoi est-ce que j’ai demandé des forces ?

JÉsus : Pour que tu redresses la tête et cesses de te lamenter. Pour élargir ton coeur. Pour comprendre que la vie continue. Tout cela te donnera du courage et, peut-être, ira jusqu’à te guérir.

RACHEL : Et si cela ne me guérit pas ?

JÉSUS : Si cela ne te guérit pas, tu te sentiras quand même moins seule. Tu sauras que Dieu est avec toi, qu’il te donne la main dans les temps difficiles.
Ce soir-là, avec la belle-mère de Pierre, j’étais la main de Dieu pour elle. Je lui ai donné des forces pour se mettre debout. Et, plus tard, quand elle est morte, je lui ai serré la main jusqu’à la fin. C’est à cela que sert la prière : à se sentir accompagné, advienne ce qu’adviendra.

RACHEL : Beaucoup de gens cherchent cette énergie avec des amulettes, des pierres, des images, des chandelles, des reliques, des scapulaires... Que pensez-vous de tout ça ?

JÉsus : Si cela les aide... J’ai vu des enfants qui parviennent seulement à dormir en serrant une poupée dans leurs bras.

RACHEL : Alors, faut-il ne rien demander à Dieu ? ... Vous lui demandiez le pain de chaque jour.

JÉsus : Je le demandais, mais sortais aussi pour le chercher. Parce qu’il ne suffit pas de prier.
Ma mère m’a éduqué en disant
« Aide-toi et Dieu t’aidera ». Et mon père nous répétait sans cesse
« Demandez à Dieu mais construisez avec le marteau . »

RACHEL : Une dernière question. On dit que vous alliez prier sur la montagne. S’agissait-il d’un culte mystérieux ?

JÉsus : Non, aucun culte mystérieux. Comme je te l’ai déjà dit, je parlais avec Dieu. Est-ce que tu ne parles pas avec ton père et avec ta mère de ce qui t’arrive ? Ne parles-tu pas avec tes amies et amis ? Si tu es triste mais que tu en parles, ta tristesse est déjà
diminuée de moitié. Si tu es joyeuse et que tu en parles, ta joie se multiplie. C’est la même chose avec la prière.

RACHEL : Et vous, amis et amies, que pensez-vous de tout cela ? Avec quelle amulette vous aventurez-vous dans la vie ? Ou avec quelle prière ?

Rappelez-vous que les téléphones des « Émissions latines » sont à votre disposition. Et Jésus-Christ aussi... Mais pas pour qu’il vous fasse un miracle. De Capharnaüm, Rachel Pérez,
« Émissions latines ».

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2ème étape...

Après avoir retrouvé son vrai moi, l’avoir accepté et lui avoir fait place dans sa conscience ( autant que faire se peut) il faut aller sur la place du marché... quitter sa planète... sortir de soi... pour parcourir le grand livre du monde. ...et des êtres...

Cette odyssée planétaire va faire découvrir tout ce qui empêche les hommes de se rejoindre, d’aimer et de collaborer ....une prise de conscience sur la Réalité des choses ... et des Êtres

La succession des planètes révèle un ordre voulu par Saint-Ex pour signifier l’importance des obstacles à toute rencontre,

- la volonté de puissance ou l’illusion du pouvoir qui transforme les autres en objets

- l’égoïsme de celui qui centré sur lui-même, reste aveuglé par ce qu’il imagine être

- la passion qui aliène et permet d’oublier notre lâcheté

- le délire de la possession et de l’argent dont on oublie qu’il n’est qu’un symbole factice

- le refus de comprendre et de changer, l’emprisonnement dans des habitudes vides de sens ;
l’intellectualisme pur qui a la volonté d’oublier le réel.

Toutes ces passions sont des manifestations de l’égocentrisme, des refus de devenir.

La première planète est habitée par un roi

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monarque absolu qui ne voit dans les hommes que des sujets, qui institue la servitude volontaire puisqu’il n’exerce que le pouvoir que ses sujets lui laissent.

Au petit prince qui s’en excuse, il ordonne de l’interroger sur le pouvoir qu’il exerce.
Au petit prince qui s’étonne de le voir régner sur toutes les planètes et les étoiles, il affirme comme une évidence que toutes lui obéissent.

Dialogue où se révèle un pouvoir qui n’est, en fait, qu’ illusoire,
mais pouvoir qui suscite l’admiration et l’envie chez ceux qui ont la naïveté de le croire effectif.

Pouvoir d’un monarque qui tient à ce que son autorité soit respectée, ce qui implique d’avoir conscience qu’il ne détient son pouvoir que si les autres le lui laissent ;
qui, dans sa science de gouverner, sait attendre que les conditions soient favorables, ce qui implique la démagogie manipulatrice ;
qui sait s’entourer de complices en nommant des ministres,.... et s’attacher ceux qui veulent lui échapper en les faisant ambassadeurs.

Mais c’est une rencontre où se révèle aussi que le vrai pouvoir repose d’abord sur la raison et que l’on ne peut exiger l’obéissance que si les ordres sont raisonnables.
Le seul pouvoir légitime est celui qui n’exige de chacun que ce qu’il peut donner, ce qui est le seul moyen de reconnaître la valeur de ceux que l’on sollicite et de favoriser la collaboration, plutôt que de condamner à mort ceux à qui
on demande l’impossible....( notre voie contemporaine...)

Le seul pouvoir que l’on puisse réellement exercer est celui qui consiste à bien se juger pour atteindre la sagesse.... pouvoir qui devrait être au fondement d’une vraie démocratie où chacun reste libre en obéissant aux règles de la vie communautaires dont le chef a fait comprendre la nécessité...

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La deuxième planète est habitée par un vaniteux, par un homme qui veut être admiré parce qu’il pense être l’homme le plus beau, le mieux habillé, le plus riche et le plus intelligent, mais qui répond modestement aux applaudissements du petit prince, ce qui laisse penser que nul n’est absolument mauvais....ou que finalement les autres lui importent peu...

Cet homme n’a pas conscience de la dérision qu’il inspire à l’enfant lorsque ce dernier lui demande comment il peut faire tomber son chapeau - parce que le vaniteux entend les louanges et jamais les questions.
Il reste seul avec lui-même parce qu’il n’a d’intérêt que pour lui.

Cependant, il y a en lui quelque chose qui pourrait le sauver : il n’a d’existence que par le regard des autres.
C’est dans ce regard qu’il pourra, un jour, découvrir la réalité de son être.

La troisième planète est habitée par un buveur, un homme qui inspire une grande mélancolie parce qu’il est totalement aliéné par sa passion... qu’il n’a plus d’existence.

Cependant, il porte aussi en lui ce qui pourrait le sauver : il boit pour oublier qu’il a honte de boire : une attitude qui montre que nous sommes entièrement responsables de notre aliénation et qu’il nous faut vouloir, nous-mêmes, nous rendre présents au monde en assumant la honte que la passion nous inspire, pour la dépasser :
la fraternité et la raison doivent nous aider à ne plus vouloir endurer la souffrance infligée par l’excès des passions, à les vivre raisonnablement comme ce qui nous ouvre aux autres et au monde.

La quatrième planète est habitée par un businessman qui se persuade qu’il est « sérieux » puisqu’il ponctue toutes ses réponses par cette affirmation.
Un homme qui passe ses journées à compter des petites choses dorées, qui thésaurise, qui explique les principes de l’appropriation et du placement stérile dans une banque.
Un homme dont le travail est absolument inutile puisqu’il ne permet ni la création d’une oeuvre, ni d’établir des liens, ni l’échange de soi dans ce qui dure.

Cependant, lui aussi pourrait prendre conscience de la totale absurdité d’une occupation qui ne produit rien d’autre que du fictif et de l’illusoire puisque l’argent n’a de valeur que par les vrais biens auxquels on le substitue.
Si les petites choses dorées font rêvasser les fainéants, il pourrait comprendre que la création par lequel on « s’échange » contre une oeuvre lui procurerait une vraie richesse qu’il pourrait partager avec les autres.

Comment ne pas comprendre qu’une civilisation repose plus sur la création elle-même que sur l’usage des objets créés ?

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La cinquième planète, la plus petite de toutes, est bien curieuse.

Le petit prince est frappé par l’absurdité qui s’y manifeste, parce qu’il ne parvient pas à expliquer à quoi peuvent servir, sur une planète sans maisons, ni population, un réverbère et un allumeur de réverbères.

Cependant il comprend que cet allumeur de réverbères est moins absurde que les personnages rencontrés dans les quatre premières planètes, parce que son travail a un sens : quand il allume son réverbère, c’est comme s’il faisait naître une étoile de plus, une fleur... une occupation qui trouve un sens dans la beauté qu’elle crée.

C’est véritablement utile puisque c’est joli, et c’est là une affirmation qui, sans doute, laisserait rêveurs les habitants des autres planètes. Mais c’est pour la gratuité de cette occupation que le petit prince salue respectueusement l’allumeur de réverbères, parce que seul le travail qui a un sens est respectable, seul a un sens le travail par lequel on s’accomplit dans la fidélité à ce que l’on est.

L’allumeur de réverbères reste néanmoins enfermé dans une consigne qui ne tient pas compte des changements et cet aveuglement lui fait accomplir un métier qui n’est pas raisonnable.
Et pourtant, c’est cette fidélité à la consigne, à son être d’allumeur de réverbères, qui suscite l’amitié et invite le petit prince à vouloir aider son ami.

Mais comment aider celui qui ne veut pas reconnaître son aliénation dans une obéissance aveugle à une consigne établie dans l’oubli de la réalité et de ses changements ?
En l’acceptant tel qu’il est, dans la vérité de son être.

Mais même s’il n’inspirerait que du mépris au roi, au vaniteux, au buveur et au businessman, il reste le seul qui ne paraisse pas ridicule, parce qu’il s’occupe d’autre chose que de lui-même. Et c’est la raison pour laquelle il est le seul dont le petit prince aurait pu faire un ami.

C’est le premier personnage qui donne quelque chose : il fait comprendre au petit prince le fondement de l’amitié et éveille, en lui, la nostalgie de sa planète.

De la rencontre avec ce personnage déchiré par la contradiction entre la fidélité à soi-même et une existence privée de sens, le petit prince tire une leçon qui sera reprise par le chef de Citadelle

« Je t’accepte tel que tu es. »

« Il se peut que tout simplement tu sois mon ami. Je te recevrai donc par amour pour toi, tel que tu es. »

« Je n’irai point te diviser pour te connaître. Je ne te jugerai ni selon ces paroles, ni selon ces actes. Mais je jugerai ces actes comme ces paroles selon toi. »

« J’exigerai ton audience en retour. Je n’ai que faire de l’ami qui ne me connaît pas et réclame des explications. Je n’ai point le pouvoir de me transporter dans le faible vent des paroles. Comment t’expliquerai-je ce qui n’est point d’abord entendu par l’amour ? »

« Mon ami est un point de vue. J’ai besoin d’entendre parler d’où il parle car en cela il est empire particulier et provision inépuisable. Il peut se taire et me combler encore. Je considère alors selon lui et je vois autrement le monde. De même j’exige de mon ami qu’il sache d’abord d’où je parle. Alors seulement il m’entendra’. »

La sixième planète, dix fois plus vaste que les autres, est habitée par un géographe.

Il a un véritable métier mais c’est un faux intellectuel qui ne connaît les choses que par ouï-dire et reste enfermé dans son bureau.
Un intellectuel qui a peut-être le souci de l’exactitude, mais qui n’a pas conscience de l’absurdité des preuves sur lesquelles il se fonde, lorsqu’il exige qu’on lui apporte de grosses pierres si on a trouvé une grande montagne.
Un intellectuel prudent puisqu’il note d’abord au crayon et attend les preuves pour noter à l’encre.
Un intellectuel qui ne s’intéresse pas aux choses éphémères et ne considère que les concepts.
Un homme coupé de la réalité, même si ce qu’il fait peut avoir une réelle utilité pour ceux qui se perdent dans la nuit.

Cependant, c’est le personnage qui ramène le petit prince sur Terre et lui fait se souvenir de sa rose.

Qui peut prétendre se connaître ?

Il faut chercher au fond de soi la vérité de son être et de son devenir, car il faut beaucoup de temps pour faire exister celui que l’on est.

La longue odyssée n’est, en quelque sorte, que le temps du dialogue intérieur où, par l’esprit d’enfance retrouvé, le pilote prend conscience de toutes les planètes qui auraient pu être la sienne, ou sont un peu la sienne...

...de tout ce qui sépare les hommes, de tout ce qui empêche la création
d’une ceuvre par laquelle on « s’échange » contre plus grand que soi, et pressent ce qui va lui permettre de se reconstruire en revenant sur sa planète.

Il faut être fidèle à soi-même pour se faire exister au-delà des illusions et des désirs, des personnages que l’on s’imagine être.
Il n’est rien à espérer sans les liens qui nous unissent aux autres, qui nous régissent, nous animent, nous font découvrir le sens et la lumière.

Rendu à lui-même, délivré, par le regard de l’enfance, du personnage normalisé auquel les adultes l’avaient réduit, le pilote se retrouve dans la situation où il était au moment de l’arrivée du petit prince.

Mais, grâce à l’analyse de tout ce qui entravait l’épanouissement de son être et le séparait des autres, il est désormais capable de tout reconstruire sur un fond qui n’est qu’à lui....qui n’est que LUI

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3ème temps de méditation

Plus profond encore...

... L’approche psychanalytique a ceci de « terrible » c’est qu’elle peut révéler qu’un acte moralement "bon "en apparence peut être en fait psychiquement et de façon subtile, préjudiciable pour soi et pour autrui.

Un acte constitué d’une matière bonne, d’une intention droite et posé dans des circonstances adéquates, éventuellement approuvée par l’entourage, ou la société peut dans le même temps être inconsciemment au service de la toute-puissance du sujet ou de sa soumission, comme nous l’avons vu dans la 3ème partie de la méditation de la 2ème semaine Carême

Finalement, la psychanalyse permet de faire apparaître le rôle de l’inconscient dans tout acte aussi généreux ou désintéressé qu’il puisse paraître au premier abord

La toute-puissance et la soumission inconscientes conduisent à l’évitement de soi à l’évitement du SOI, comme nous l’avons vu et plus profondément encore à l’évitement du manque qui sous-tend tous ces phénomènes.... d’où la correspondance que nous faisons avec l’analyse du petit Prince de St Ex

Or l’être humain est fondamentalement marqué par le manque.

Le manque apparaît de manière
aiguë quand les besoins physiques, psychiques et affectifs ne sont pas comblés : la pauvreté, la guerre, la maladie, la solitude, le mettent d’emblée en évidence.

Les manques renvoient aux besoins fondamentaux de tout être humain :ce sont des appels à la solidarité, à la réconciliation, au soutien, à la reconnaissance, à la compréhension, à la convivialité...etc... et s’ils sont "détournés" de ce rôle ils deviennent facteurs de déshumanisation.

Ils représentent la face cachée d’un manque, plus profond, essentiel, intrinsèque, illimité, constitutif de l’Être

Ils virent qu’ils étaient nus !

Le manque n’appelle pas un objet concret.
Au contact des objets les plus excitants ou les plus merveilleux, il semble s’estomper, disparaître même,
mais c’est pour mieux ressurgir l’instant d’après avec davantage de vigueur, rappelant, parfois douloureusement, que si les envies, les besoins ou les désirs peuvent être satisfaits, le manque lui, ne peut jamais l’être.

Epectase

Le manque toujours présent en filigrane, réapparaît inéluctablement, faisant surgir en nous l’inconfort ou l’angoisse de notre finitude....la souffrance au sens étymologique où il convient dans la vie de supporter la contingence, nos limites, nos fragilités, nos manquements...bref notre état d’être organique

Il semble appeler l’infini et peut être compris alors comme la source du Désir, cet élan qui justement nous entraîne vers l’infini.
vers le besoin de croire..
vers l’ailleurs
vers le besoin d’un dieu

Dans cette optique, le Désir viendrait combler le manque originaire.

En fait le manque semble le résultat de la « collision » du Désir et des limites humaines...
Quand il se heurte et parce qu’il se heurte aux limites humaines, le Désir, marqué du sceau de l’infini, fait surgir le manque.
Les aspirations infinies s’affrontent aux limites en un choc silencieux et terrible à l’intérieur de nous même et l’onde de choc entre ces deux réalités contradictoires diffuse au plus intime la perception du manque, angoisse aiguë ou lancinante....voire douleur

Le manque est la blessure du Désir dans le coeur humain, la marque du conflit entre notre quête d’infini et nos limites.

Si l’être humain n’était pas habité par le Désir infini, il se contenterait de la vie que lui offrent ses capacités.

Et s’il n’était pas limité, il volerait vers l’infini, à la manière d’un ange.

Or, sa nature est de se tenir en tension perpétuelle à la jonction de ces deux pôles antagonistes.

Mais la tentation inconsciente est forte d’échapper à cette tension douloureuse, et c’est
alors lui, l’être humain, qui blesse le Désir en essayant par tous les moyens de fuir l’acolyte du Désir : le manque.

en se mutilant lui même....

Nous avons vu deux stratégies inconscientes pour réduire si ce n’est annihiler la perception du manque : l’un ou l’autre des deux termes du conflit qui donne naissance au manque est nié.

Tout d’abord, dans le premier exemple, les limites sont niées et l’illusion d’atteindre un certain absolu en devenant soi-même tout-puissant se développe.

Dans le deuxième exemple, le Désir est étouffé ; il perd sa capacité de conduire le sujet vers sa singularité, son humanité.

Le manque indique au sujet ce qu’il n’est pas, pour le faire advenir à ce qu’il est.
Il l’invite à se tenir dans un espace austère et sacré comme dans un sanctuaire, sans certitudes factices, sans réassurances faciles, sans réponses immédiates.

Là, le sujet peut être révélé à lui-même, progressivement.
Découvrant qu’il n’est pas l’absolu.
Apprenant à connaître ses qualités, ses capacités, ses aspirations, ses compromis inconscients, ses limites.
Il peut faire l’expérience d’une réconciliation inattendue entre fini et infini : à travers le respect du manque, sa finitude devient le réceptacle de l’absolu.

Celui qui respecte le manque est comme le Juif errant’, perpétuellement en marche, effaçant le temps et l’espace, entièrement disponible à la dynamique intérieure de sa quête.
Il n’y a pas de terme à ce voyage qui ne vise pas une destination mais une transformation personnelle.

C’est la fameuse "faille qui répond" dont parle Sibony [1]

Le manque conduit le sujet à lui-même mais également à tous les êtres.

Le manque intériorisé constitue un espace de résonance dans lequel vibre la sensibilité au contact de chaque être.

L’être humain achevé pourrait ainsi se symboliser à un violoncelle ou un violon...qui excelle par la qualité de sa caisse...
par son "vide"
inversement, celui qui s’efforce de combler le manque par tous les moyens ressemble à un bloc de bois plein sur lequel seraient tendues des cordes....

Une révision de l’éthique s’impose : classiquement on considère le contenu des actes et l’intention...
et si le contenu d’un acte est intrinsèquement mauvais, même si l’intention est bonne, l’acte est mauvais et inacceptable....
et la conscience est remplacée par une liste d’actes à éviter selon des critères préétablis.

En réaction il est tentant de baser l’éthique sur l’intention des actes.
mais on sait que les enfers sont remplis des meilleures... et une focalisation sur un des termes du couple contenu/intention de l’acte, ouvre la porte au relativisme, qui amène à juger tout exclusivement à partir de soi.

Une articulation de ces deux pôles dans le respect de la complexité de la réalité pourrait peut-être se faire, en prenant en compte l’acceptation du manque comme noyau de l’humanisation, et donc de l’éthique.
Il serait possible de repérer des actes intrinsèquement orientés vers l’évitement du manque, comme la soumission ou l’activisme, et qui seraient à éviter quelles que soient les intentions.
De même, l’intention de chaque acte pourrait être évaluée, par le sujet, dans son rapport à l’acceptation du manque.

Au niveau collectif, la qualité d’une institution se reconnaît à sa capacité d’aider ses membres à
accepter le manque.
Inversement, certaines communautés semblent tout faire pour éviter à leurs membres la confrontation avec lui... :’emploi du temps est surchargé et qui ne permet pas de garder ou d’établir des relations personnelles amicales en dehors du cercle communautaire ,tout est prévu et codifié...
le seul espace personnel est celui de la prière mais les temps de silence sont rares ou stérilisés par l’impossibilité de se concentrer tant l’esprit est saturé de préoccupations.

D’un côté, les injonctions à la spiritualisation sont incessantes ; de l’autre, le ressort fondamental de la spiritualisation est empêché.
Comment les membres de ces institutions ,ne développeraient-ils pas un « faux-self spirituel ». ...ou des "névroses"

Ils adoptent le style du membre modèle tout en ne se transformant ni humainement ni spirituellement.

L’acceptation du manque apparaît comme la source de l’humanisation du sujet, mais elle ne peut se faire que dans la douleur du processus que la psychanalyse appelle la « castration symbolique ».

Pour grandir humainement, il est effectivement nécessaire de renoncer à une partie de soi.
Notre intégrité physique est sauve mais notre psychisme doit s’amputer de parties qui lui semblent essentielles et qui représentent sa puissance’, alors qu’il s’agit de pouvoirs ayant plutôt à faire avec la toute-puissance.

La castration symbolique réclame l’abandon du fantasme originel de toute-puissance et du fantasme oedipien d’être tout pour un des parents
La castration symbolique demande l’abandon de la complétude imaginaire.

La sexualité doit être dépouillée de ses fantasmes de puissance sans limite.
Dans la rencontre sexuelle, l’homme fait l’expérience de sa puissance. Mais il expérimente en même temps les limites de cette puissance. Il doit accepter qu’elle est induite par l’autre (objet du désir) et qu’elle est intermittente.

La femme éprouve sa puissance également, mais comme dépendante de celle de l’autre aussi
Leur puissance de jouissance , de plaisir, de rencontre est également limitée.
Pour la fécondité aussi : l’homme ne peut que déléguer la gestation, la femme n’enfante que dans un temps assez court de sa vie.

La castration symbolique, au-delà de son exigence radicale, nous effraye également en nous renvoyant à la castration définitive que représente la mort.
Ce parallèle est bien venu puisque notre vie ne peut apparaître réellement qu’en traversant la mort de notre imaginaire de toute-puissance.

La castration symbolique implique la souffrance de l’incomplétude et du dépouillement.
Il est aisé de croire que la transformation humaine et spirituelle se fait en supportant nombre de souffrances (pénitences, efforts héroïques, injustices subies...) alors que ces souffrances peuvent n’avoir aucun effet humanisant.
Elles peuvent, au contraire, être l’occasion d’obtenir divers bénéfices, comme de susciter l’admiration des autres ou de renforcer la bonne conscience, voire satisfaire un masochisme latent.

La souffrance réellement humanisante est celle qui s’origine dans le renoncement à tout bénéfice, à toute assurance et à toute maîtrise ; celle qui vient de la confrontation courageuse au manque

Il virent qu’ils étaient nu ...et l’acceptèrent !

La castration symbolique implique également une prise de distance envers le manque affectif.

En effet, les carences affectives et les traumatismes psychiques constituent des expériences de manques destructeurs qui peuvent se superposer au manque essentiel et brouiller la possibilité
d’affronter celui-ci.
Le sujet peut chercher à réparer ces traumatismes par des compensations, par exemple en développant une complaisance avec la souffrance.
La plainte et l’identification à la douleur, enferment alors la personne dans le statut de victime.

Une partie de nous-mêmes se refuse à la castration symbolique et nous entraîne à la facilité et au confort. Nous sommes tiraillés entre le Désir d’absolu et l’envie de fuir le manque... en
cherchant le plein.

Rien de plus facile en effet, que de confondre « faire le plein » et « vivre la plénitude ».

La plénitude se déploie dans le manque reconnu et accepté, mais le plein se contente, quant à lui, de satisfactions conscientes ou inconscientes qui remplissent leur fonction de bouche-trou .

L’amplification des mécanismes de défense et la distorsion du rapport à l’idéal visent l’évitement de la castration symbolique et préfèrent « faire le plein » plutôt que tendre vers la plénitude.

Lorsque le sujet est dans de tels aménagements psychiques, il ne peut changer sur une simple décision ; la volonté n’y suffit pas.
Le changement en profondeur ne peut s’amorcer qu’à la faveur d’une souffrance existentielle telle qu’elle met les stratégies psychiques en échec.

Tant que les bénéfices sont supérieurs aux coûts, le sujet ne peut pas accéder à un changement structurel. Il peut remanier certains aspects de ses comportements et de ses relations en laissant intact le coeur de sa problématique.

Prenons l’exemple de ces hommes qui ont une mère possessive, envahissante, intrusive.
Ils peuvent d’eux-mêmes, ou avec l’aide d’une thérapie, progressivement agir sur cette situation qui bride leur vie et leur autonomie, en apprenant à dire non à leur mère, à ne pas la satisfaire systématiquement et à mettre une distance réelle entre elle et eux.
Ils peuvent se satisfaire de ce changement, sans se rendre compte que les bénéfices inconscients qu’ils tirent de la relation avec leur mère n’ont pas été mis à jour.

Le problème peut toucher par exemple, leur capacité de se positionner comme « homme » et de s’engager réellement avec un ou une autre...
et la mise à distance relative de la mère ne veut pas dire pour autant que le coeur du lien plus ou moins pathologique avec elle s’est transformé.
Ce lien qui se traduit par l’admiration démesurée qui peut tourner à l’adulation de la mère vis-à-vis du fils. Il est tout pour elle, il la comble, et elle, est comme « consacrée » à lui.

Même si, consciemment, le fils trouve sa mère envahissante et pense avoir résolu le problème en s’éloignant, il continue, inconsciemment, de faire reposer son équilibre psychique sur elle. À son insu, sa mère le nourrit narcissiquement et soigne sa faille existentielle.

Il n’a pas à être confronté au manque fondamental propre à tout être humain.
Il n’a pas à chercher par lui-même la réponse possible que serait l’amour d’un(e) autre,
vraiment autre, dans une relation qui prend le risque de la rencontre,
du refus social
de la découverte mutuelle,
de l’émerveillement et de l’ajustement à la réalité .

Sa mère lui procure un amour confortable, disons plutôt une certaine forme d’amour, car aimer bien n’est pas aimer trop.
Mais l’abondance, même si elle envahit jusqu’à l’étouffement, évite à l’être humain la morsure cruelle et constante du manque.

Plutôt sacrifier un bonheur à venir que de risquer d’éprouver cette souffrance.
Plutôt être en lien avec un objet inadéquat qui colmate le manque que d’être livré au manque.
Plutôt renoncer à sa croissance personnelle que de risquer la confrontation à l’expérience de l’autonomie en apprenant à affronter déceptions ou échecs....ou celui narcissique de faire du mal ou d’être considéré comme un « ingrat »

Le consentement à l’emprise psychique, vécu dans toutes sortes de relations et dans les phénomènes sectaires de tous ordres, n’est que variations sur ce thème.

Un homme, uni de cette façon à sa mère, s’engage-t-il dans la vie religieuse ? Il est à craindre que la vie religieuse, ne pourra pas favoriser un changement en profondeur, tant que l’emportent les bénéfices de la relation à sa mère, inconscients, répétons-le.

Le célibat apostolique lui permettra même de se tenir à distance de sa mère tout en restant lié à elle dans une immaturité non repérée.
Il continuera ainsi à recevoir les bénéfices narcissiques de cette relation.
Les limites imposées par le cadre religieux ne le mettront pas en crise, ni ne provoqueront le dépouillement salutaire qui lui donnerait accès à l’authenticité de lui-même.

Les limites sont acceptées sans
difficultés majeures, au nom des bénéfices inconscients qu’elles apportent.
L’observance de la règle de la congrégation ou de toute vie sacerdotale n’est plus dans ces cas « symboligène »’ mais « névroconservatrice ».

Le sujet dévitalisera ces règles sans même s’en rendre compte, les videra de leurs possibilités transformantes et les utilisera pour préserver sa névrose.
Il acceptera d’être limité par elles, en renonçant à la possession matérielle, à la sexualité et à une certaine autonomie, mais il est à craindre que ce soit afin de mieux éviter la confrontation au manque fondamental.

En un mot : il acceptera d’être « châtré » en acceptant les limites imposées par son statut de prêtre ou de religieux, mais pour éviter d’autant mieux d’entrer dans le travail de castration symbolique.

Tant que les bénéfices persistent, nous ne trouvons pas l’énergie pour changer réellement.

L’énergie vient, dit-on, du désespoir... ou de la grande souffrance.
Tant que nous avons une solution pour combler le manque en évitant les risques de l’amour, nous ne nous engageons pas
réellement dans une relation, nous ne nous laissons pas castrer symboliquement de notre autosuffisance.

Fort heureusement pour notre possibilité d’évolution, les bénéfices ne sont que des ersatz de l’amour et finissent, en principe, par devenir insatisfaisants.

Soit le sujet devient acariâtre (certains vieux ou vieilles religieux[ses] au lieu de rayonner, hélas, en donnent un triste exemple)
soit le sujet s’organise une vie parallèle comme, par exemple, certains prêtres ayant un concubin ou une concubine....
ou un "petit(e)" servant(e) de choeur ...et de coeur...
Ils cessent alors d’être « châtrés » sans pour autant entrer dans le processus de castration symbolique (puisqu’ils ne vivent ni totalement leur engagement amoureux ni totalement leur engagement sacerdotal).

Cependant, il n’est jamais trop tard pour évoluer et partir enfin à la recherche de l’amour vrai, quelle que soit la forme de vie choisie, le coeur ouvert par la marque béante du manque.

la faille qui répond

L’humanisation ou tout art comme la peinture,la musique est le fruit de la réceptivité à soi-même et au monde, à partir de l’acceptation du manque.

L’humanisation, comme la peinture, est une élaboration coûteuse et difficile : voies étroites, émaillées de longs passages obscurs traversés avec la lumière de l’espérance et la force puisée dans l’énergie vitale elle-même.
L’une et l’autre offrent des moments d’épiphanie, de jaillissement, lorsque le voile se lève sur l’ultime de toute chose et que l’être semble surgir tout à coup.

L’humanisation, comme la peinture, utilise des moyens sans commune mesure avec sa finalité.
Une humanisation qui repose sur le consentement à la castration symbolique et sur le dégagement du Désir propre.

La peinture doit se soumettre à des contraintes matérielles. C’est à l’aide des seuls pigments tirés de la terre et broyés, qu’elle se propose de rendre visible l’eau, l’air et la lumière.
Elle doit représenter en deux dimensions ce qui se déploie en trois dimensions, et par exemple faire exister l’infini d’un horizon dans une surface de quelques centimètres carrés.

L’humanisation, comme la peinture, n’est pas la conséquence de l’application de règles, de lois ou de techniques. Toutes deux les utilisent mais elles les transforment en source de fécondité.

Il n’y a pas
de recette ni de protocole pour devenir un être humain. Les dix commandements servent de « garde-fou » mais c’est à chacun de créer sa propre route.

Posséder toutes les techniques et tous les savoirs sur les couleurs chaudes et froides et leurs harmonies, sur les règles de la composition et sur le nombre d’or ne permet pas pour autant de faire oeuvre de peinture.
Atteindre cet au-delà des techniques pourtant nécessaires,
laisser surgir l’ultime touche qui fait passer l’oeuvre dans la dimension de la transcendance, voilà ce qui ne peut être prévu.
Seuls les grands maîtres y parviennent.

Le Rijksmuseum d’Amsterdam détient de nombreux et excellents tableaux de maîtres hollandais contemporains de Vermeer. Ils emploient tous les mêmes techniques, travaillent sur des supports de mêmes dimensions, traitent les mêmes sujets, mais... n’aboutissent pas au même prodige !

Les toiles de Vermeer ont un impact d’un autre ordre que celles des autres peintres, nommés les « petits maîtres ».

Chez Vermeer, le résultat se dissocie, comme miraculeusement, des moyens employés (qui ne consistent somme toute, qu’à poser et étaler des pigments colorés, broyés avec de l’huile de lin, sur une toile enduite au blanc et tendue sur un chàssis).
Le résultat « sub-vertit » au sens littéral du terme, le regardant.

La peinture, poussée à son point d’incandescence, crée une émotion qui n’est pas simplement sentimentale, mais qui est expérience d’émerveillement devant ce qui EST.

Expérience de la résonance des harmonies intimes de
notre être mises en vibration avec les harmonies du monde, dans la puissance retrouvée de la Création.

De même, les humains que nous sommes trouvent sur le chemin escarpé qui les conduit vers l’accomplissement de leur humanité, des oasis, où, sans commune mesure avec l’aridité des déserts traversés, ils s’ouvrent à l’ÊTRE dans le déploiement du bonheur conscient d’être des vivants.

Bonne méditation et bonne semaine !

Jess et Francois ermites

°


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[1et dont il serait intéressant de lire ou de relirela série d’article inspirés de lui pour compléter