Bulletin de l’Ermitage

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CAREME 2010

Méditation pour la deuxième semaine du Carême

dimanche 28 février 2010, par frere francois, Jess

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Ben oui ! ... introduction de musique traditionnelle japonaise avec les groupes de Taïko "grand tambour"... là aussi la nudité et la beauté des corps s’expose et n’ont aucune crainte de le faire...
à noter que le fundoshi ( le pagne) n’est en vigueur que depuis Mac Arthur et l’arrivée en force et autres radiations mortelles de l’impérialisme américain......il est vrai que c’était pour combattre un autre impérialisme... !

...mais le premier est toujours là ! ( nous en reparlerons) [1]

Mais comme la semaine dernière [2] nous retrouvons Rachel des "Emissions latines " en direct de Bethsaïde...

allo Rachel ? vous nous entendez vous ?...
vous êtes à l’antenne c’est à vous !

RACHEL : Nous avons déplacé notre unité mobile jusqu’à Bethsaïde, un petit hameau sur la rive nord-est du lac de Galilée.

C’est ici que Jésus-Christ a fait un de ses miracles les plus retentissants, la multiplication des pains et des poissons.

Et à notre côté se trouve le même Jésus-Christ qui nous racontera ce qui est arrivé ce jour-là. Même si beaucoup de temps s’est passé depuis lors, vous vous en souvenez, je suppose....

JÉsus : C’est sûr que je m’en souviens ! Les membres de notre groupe et moi avions traversé le lac et étions venus de ce côté-ci pour pouvoir parler tranquillement

RACHEL : Mais il y avait des gens qui vous attendaient ici.

JÉSus : Oui, une masse de gens qui désiraient s’interroger, parler et unir leurs forces. Tant de monde et tant d’enthousiasme que ma langue a dérapé.

RACHEL : Pourquoi dites-vous cela ?

JÉsus : Parce que je me mis à parler et à parler, tandis que la nuit tombait. Et les gens n’avaient pas mangé.

RACHEL : Ne pouvaient-ils pas acheter quelque chose dans les environs ?

JÉsus : Comment ? Nous nous trouvions en pleine campagne. Crois-tu que, dans ces lieux solitaires, il y avait des points de vente comme aujourd’hui ?

RACHEL : Mais c’est là que vous avez fait le miracle.

JÉSUS : Bon, en réalité, ce n’est pas moi qui ai fait le miracle.

RACHEL : Et qui l’a fait ?

JÉsus : Tu sais comme nous sommes méfiants, nous les paysans, pas vrai ?
Dans mon pays personne ne sort de chez soi sans prendre une besace avec de la nourriture pour le chemin. Mais quand il y a beaucoup de gens autour de soi, personne ne montre ce qu’il a, par crainte qu’il n’y en ait pas assez.

RACHEL : Et vous, qu’est-ce que vous avez fait ?

JESUS : J’ai dit : frères, sœurs, sortez ce que vous portez sous votre tunique et mettez-le au centre, ne vous en faites pas.
Un jeune a été le premier à rompre la méfiance. Il est venu avec cinq pains d’orge et deux poissons.

RACHEL : Et alors ?

JESUS : Une grand-mère a sorti de son sac quelques dattes. Un autre a mis du fromage et des olives.
Une femme, encore quelques pains. Il en est qui ont résisté, c’est évident. Mais, pour finir, tout le monde a mangé et il y en a eu assez pour tous.

RACHEL : Et cela ... C’était tout ? Ce n’était pas un miracle ?

JÉsus : Bien sûr que cela en était un !
Ne considères-tu pas comme un miracle que les gens partagent ce qu’ils ont ? C’est le plus grand des miracles !

RACHEL : Il me semble que ce qui est écrit dans l’Évangile est bien différent de ce que vous nous racontez ici. Les quatre Évangiles sont d’accord pour dire que vous avez donné à manger à 5000 personnes et qu’avec les restes on a rempli 12 paniers.

JÉsus : Bon, là-bas personne n’a compté ni les personnes, ni les paniers. Je t’ai d’ailleurs dit que mes concitoyens ont l’art d’exagérer. Mais ce qui est vrai, c’est que nous avons tous pu manger et que personne n’est resté sur sa faim.

RACHEL : Alors, vous, vous n’avez rien multiplié ?

JÉsus : Non, ce jour-là nous avons ajouté. Tous ensemble, nous nous sommes ajoutés les uns aux autres...
Qu’est-ce que tu t’imaginais ? Un magicien sortant des pains et des poissons de son sac ?
Ces trucs-là, c’étaient les Samaritains qui savaient les faire, eux qui charmaient les serpents et avalaient des aiguilles.

RACHEL :Mais le miracle...

JÉsus : Le miracle, c’est partager, Rachel. C’est le véritable
miracle. L’unique miracle.

(...)

RACHEL : En Palestine, voici 2000 ans, un pays occupé. De la violence chaque jour : la terreur des troupes romaines et la résistance armée des populations. Une situation similaire à celle qui se vit aujourd’hui dans divers coins de la planète. Avec nous, toujours là, Jésus-Christ.

JÉSUS : Merci, Rachel, de me donner la possibilité de parler, une fois de plus, avec tant de monde que je ne vois pas, mais qui nous écoute.

RACHEL : Vous me racontiez que, de votre temps, il y avait une guérilla rurale en Galilée et une guérilla urbaine à Jérusalem. Et que, dans votre groupe, il y avait un guérillero zélote. Est-ce exact ?

JÉSUS : Oui, mais il y avait plus qu’un ou deux Zélotes.

Rachel : Mais, vous-même, vous n’avez pas opté pour la lutte armée. Pourquoi ?

JÉsus : La première chose à faire était d’ouvrir les yeux et les oreilles du peuple. L’aigle avait deux griffes, et il utilisait les deux.
Mon peuple était prisonnier des troupes étrangères. Mais il n’y avait pas que les Romains. Les prêtres du temple dominaient les gens par la crainte. Les soldats et les prêtres : les deux griffes de l’aigle.

RACHEL : Expliquez-nous un peu plus...

JEsus : Les Romains nous écrasaient d’impôts et nous terrorisaient avec leurs armes.
Les prêtres, eux, nous endormaient avec le Dieu qu’ils prêchaient. Ils avaient construit le royaume du Diable.
Nous, nous annoncions le royaume de Dieu.

RACHEL : Les prêtres avaient-ils un tel pouvoir ?

JÉSUS : Ils avaient le temple, un grand commerce : la vente des animaux pour les sacrifices, le change des monnaies, et le commerce de ce qui vient de Dieu.
Ils avaient la loi, un joug pesant. Ils avaient les jeûnes, les aumônes, les dîmes... Et, surtout, ils avaient la peur, Rachel. C’est ainsi qu’ils prêchaient un dieu vengeur qui laisse à la porte les malades, les femmes et les pauvres.

RACHEL : Et les gens se résignaient ?

JEsus : Les gens étaient aveugles, sourds, paralysés...

RACHEL : Vous avez attaqué ce pouvoir. Vous avez été un révolutionnaire ?

JÉSUS : J’ai dit : personne n’est au-dessus de personne ; nous sommes tous frères et sœurs. Et Dieu est le seul seigneur.

RACHEL : Et du fait que vous disiez ces choses, le pouvoir religieux vous a persécuté.
Vous-même vous considérez-vous comme un dissident, un hérétique ?

Jésus : Oui. Plusieurs fois, on a voulu me lapider comme hérétique. On m’a expulsé de la synagogue. Et le grand prêtre m’a condamné à mort pour blasphème.

RACHEL : Vous avez néanmoins été tolérant vis-à-vis du pouvoir politique. Vous acceptiez de payer les impôts à l’empereur de Rome ?

Jésus : À quoi fais-tu allusion ?

RACHEL : Je fais référence à la fameuse phrase que vous avez dite et que citent tous les politiciens du monde : « Donnez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », ce qui revient à dire : « À César les impôts, à Dieu les louanges ».

JEsus : Non, je n’ai pas dit ça, Rachel. J’ai dit : «  Ne donnez pas à César ce qui n’est pas à César ». Voilà ce que j’ai dit !

RACHEL : L’inverse de ce que l’on vous fait dire, alors ?

JEsus : C’est cela. Parce que cet homme, César, se croyait Dieu.
Arrogant, orgueilleux, qu’il était !
Il faisait graver sa tête sur les pièces de monnaie.
J’ai dit ; ne lui donnez pas ce qu’il demande. Remettez-le à sa place ! Ce n’est qu’un homme.
Et donnez à Dieu ce qui est à Dieu. Dieu au-dessus de tous.

RACHEL : Alors, vous n’approuviez pas le payement des
impôts ?

JEsus : Comment aurais-je pu approuver que le peuple paie des impôts à un pouvoir extérieur ? Comment payer tribut à un homme qui se croyait Dieu ?

RACHEL : Et pourquoi a-t-on détourné vos paroles dans les
Évangiles ?

JEsus : Ne t’ai-je pas dit que les Romains nous terrorisaient ? Il semble que ceux qui ont écrit sur le royaume de Dieu avaient, face à Rome, les genoux tout tremblants.

RACHEL : Dans ce monde violent, si pareil au nôtre, quel a été le projet politique de Jésus-Christ ?

... Pour le connaître, ne manquez pas notre prochain programme. Rachel Pérez. « Émissions latines », Jérusalem.

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Une pause musicale....

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Partager, lutter contre ceux qui oppriment et sont la vrai cause du malheur des hommes... cela nécessite la présence de l’autre...

Un faut toujours un "autre" pour te "reçevoir" tel que tu es,
pour t’accepter "comme tu es" et t’en faire prendre conscience
c’est cela la véritable naissance...
bien plus que le moment de ton accouchement...
et c’est bien pour cela qu’aucune famille ne peut revendiquer la possession de "ses" enfants

" Si tu racontes le printemps qui fleurit ta route, l’autre, est celui qui reçoit ton printemps."

Si tu racontes l’horreur et la famine qui sévissent dans le pays d’où tu viens,
l’autre, c’est celui qui souffre de la famine avec toi et se révolte contre l’horreur.

Car l’autre , celui qui s’est fait proche... [3]
« c’est la part qui est pour toi et qui ouvre pour toi une porte qu’il n’ouvre peut-être jamais ailleurs ».
c’est la bonne clé...
l’unique clé souvent : raison de plus pour ne pas la laisser passer... il en va du "bonheur" de deux personnes !

L’autre est vrai, quoi qu’il puisse dire ou faire ailleurs, s’il te fait confiance et est fidèle

L’autre, c’est celui que tu rencontres, qu’animent les mêmes valeurs que celles qui polarisent ton existence, même s’il vit autrement que toi ;
celui que tu peux rejoindre au-delà de ce qui peut te séparer de lui
c’est celui auprès de qui tu peux te taire parce qu’il respecte tes jardins intérieurs ;
c’est celui qui te reçoit tel que tu es et qui t’ouvre l’espace où tous les deux vous pourrez partager le bonheur d’être ensemble ;
c’est celui qui t’écoute et qui comprend ce que tu lui confies.

Qu’aurions-nous à faire avec celui qui nous refuserait sous le prétexte que nous ne vivons pas selon ses coutumes et que nous ne pensons pas comme lui ?

L’hospitalité et l’amitié qualités essentielles favorisent la rencontre de l’homme dans l’homme... la découverte pleine et entière de notre moi
et c’est à nos adversaires qu’il appartient de nous forger en nous même... donnant la volonté de dépasser tout ce qui leur donne une raison d’être.

Par la grâce de l’enfance retrouvée, l’individu peut prendre conscience de son moi profond et des causes de son échec dans ses relations avec les autres,
les raisons pour lesquelles, parmi eux, il n’a trouvé que la solitude.

Il faut s’apprivoiser soi même et, pour cela, il s’agit, comme le pilote de St Ex, d’être attentif à l’enfant retrouvé pour apprendre ce qu’il lui confie ....

Pour savoir s’apprivoiser, l’on doit prendre son temps afin que les choses se disent tout doucement, au hasard des réflexions,
sans intention autres que celle d’aller l’un vers l’autre.

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Il faut réfléchir longtemps pour comprendre, surtout s’il s’agit de quelque chose qui devrait nous paraître évident, comme la nécessité d’avoir des moutons qui mangent les petits baobabs.

Il faut un grand effort d’intelligence au pilote pour comprendre le problème que constitue la contradiction inhérente à l’homme : alors
qu’il a besoin des autres pour s’humaniser, il se laisse envahir par l’égocentrisme qui l’en sépare,
par tout ce qui l’aveugle et le rend sourd,
par toutes les mauvaises herbes qui poussent sur toutes les planètes.

par tous les baobabs inutiles...

Ce sont d’abord des graines invisibles qui dorment dans le secret du sol...
jusqu’à ce que l’une d’entre elles ait la fantaisie de s’éveiller,
jusqu’à ce que naisse un désir qui ne correspond pas à un besoin véritable ou que surgisse une passion.

Quand elles commencent à pousser, les mauvaises herbes ressemblent aux bonnes herbes : les passions et les désirs non nécessaires peuvent nous paraître d’abord ravissants et inoffensifs puisqu’ils nous poussent à nous engager dans des actions où nous pourrions rejoindre les autres vers un même but.

Mais si elles obnubilent notre pensée,
si elles deviennent excessives et nous aliènent, il faut arracher ces mauvaises herbes.
Or, sur chaque planète, il existe de ces graines terribles
et si l’on s’y prend trop tard, on ne peut plus s’en débarrasser, elles nous infestent et nous détruisent.

Il faut donc savoir distinguer les baobabs des rosiers auxquels ils ressemblent beaucoup quand ils sont très jeunes,
les passions excessives des passions raisonnables.

On doit faire soigneusement la toilette de sa planète, s’astreindre régulièrement à arracher les pousses de baobabs
en sachant que, si ce travail peut nous paraître contraignant et fastidieux, il devient facile si on sait voir les choses avec un regard d’enfant.

autrement ils finissent par occuper toute la place...
par nous obnubiler...

Face à ce problème impossible à résoudre parce que nous n’avons pas les moyens de bien comprendre la menace, il y a une telle urgence qu’il ne sert à rien de recourir à la morale ;
mieux vaut comprendre le danger et les risques courus pour aider la volonté à y apporter une réponse.

C’est pourquoi le pilote qui voulait avertir ses amis du danger qui les menaçait depuis longtemps, sans le connaître, a voulu réussir un « dessin grandiose » les trois baobabs dont les racines s’agrippent à la planète et l’étouffent.
C’est une merveilleuse allégorie qui dit les choses mieux que n’importe quel discours argumenté.

Et oui dans notre vision du monde il y des "choses" qui finissent par prendre ou occuper toute la place...et on ne voit plus que ça ...
pêle mêle le terrorisme , la pédophilie, l’empire du mal, la sécurité, la réussite, le succès, l’argent etc..etc...
même le besoin d’instaurer nos valeurs à des cultures qui ne peuvent les porter..aux risque d’écraser les leurs que nous ne savons pas voir....

Mais ce qui est essentiel,
ce qui donne un sens à l’existence : c’est le monde dans ce qu’il a de merveilleux (les couchers de soleil), d’essentiel (la raison d’être des choses), les êtres que nous aimons (la rose),
la musique, l’air , la pluie, l’eau , la neige ! ,
le vent et tous les animaux et les plantes si belles...
et tout ce que nous pressentons au-delà des mots (le mystérieux pays des larmes),
tout ce à quoi nous sommes liés par un nœud de relations, lorsque la communication des consciences est rendue possible par l’attention bienveillante que nous portons aux "autres" au sens large...
aux autres existants
aux autres étants

Ce n’est que peu à peu que l’on parvient à comprendre l’autre.
Cela demande du temps et une attention patiente, parce que souvent notre moi s’interpose dans le dialogue.

C’est ainsi que le petit prince ne comprend pas la raison d’être des questions du pilote - parce qu’il se croit toujours chez lui.

Il faut pouvoir se mettre à distance de soi par l’ironie, comme le petit prince qui a ri de lui-même, pour prendre conscience de la réalité de ce que nous sommes et nous rendre disponibles à l’autre.

Indispensable rire...indispensable humour...qui est dit-on le propre de l’homme !
mais nous ermites on sait bien que les animaux savent rire...
simplement ils le font à leur manière...
en agitant la queue ou en s’ébouriffant ...
en s’essuyant le bec ...
ou d’un clin d’oeil... en posant un "étron"

...et surtout très discrètement
les êtres humains sont tellement susceptibles....

Il s’agit de ne plus poser de questions inutiles, de saisir l’essentiel implicite.

Lorsque le petit prince remarque que l’on aime les couchers de soleil chaque fois que l’on éprouve une immense tristesse, à quoi bon l’interroger pour savoir s’il était profondément triste le jour où il a assisté à quarante-quatre couchers de soleil ?

L’essentiel n’est pas les mots, mais dans ce qu’ils suggèrent,
disponible pour celui qui sait être attentif
avec la volonté de comprendre l’autre par-delà le langage,

afin de le rejoindre.

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Le regard de l’enfance retrouvé fait prendre conscience au pilote de tout ce qui empêche l’épanouissement d’une relation...
dialogue qui n’est que le débat intérieur où l’enfant qu’il était essaie de lui faire découvrir les choses essentielles...
de le faire sortir du personnage dans lequel il s’était laissé enfermer.

Pour se rejoindre on doit s’apprivoiser,
prendre le temps d’aller à la rencontre de
l’autre,
de comprendre ce qui se cache derrière les
apparences ou se trouve derrière les interdit et les explications des adultes.

Grâce au mouton, le pilote a la révélation du secret de la vie du petit prince qui, ainsi, lui fait prendre conscience de tout ce qu’il y avait de dramatique dans sa propre existence,
de tout ce qui ne lui permettait pas de rejoindre l’autre dans une relation réciproque

La démarche par laquelle on s’efforce de se délivrer des préjugés et des convictions pour retrouver son esprit d’enfant est une démarche difficile que seule la fidélité au doute volontaire peut faire aboutir :
il faut vouloir venir à bout de la prégnance de la mémoire encombrée de tout ce qui nous met en conformité avec le monde des adultes, des habitudes de pensée, des connaissances mal faites et trop vite admises comme vraies qui infestent l’esprit et séparent les consciences "adultes" les unes des autres, comme du monde.

C’est un combat contre soi-même ...

Ainsi la question des épines, de ce qui, chez l’autre, peu nous empêcher de nous en approcher, comme chez les hérissons dont les piquants se dressent chaque fois qu’ils se rapprochent pour se tenir chaud

...des épines dont on ne voit pas la raison d’être puisqu’elles ne protègent pas. ...mais derrière lesquelles les êtres se renferment ...en bougonnant ...pour exister

Et il ne s’agit pas de vouloir ignorer le problème en proposant des réponses fallacieuses toujours faciles à trouver, comme de dire que c’est de la pure méchanceté de la part des fleurs, car c’est une manière d’imputer à l’autre les causes de l’échec
Il s’agit de comprendre la raison d’être des choses et pour cela il faut prendre le temps de réfléchir,
un temps dont nous privent les urgences existentielles que sont, pour le pilote, la gravité de la panne et l’épuisement de l’eau à boire.

Les explications fallacieuses ne prouvent que notre lâcheté à vouloir ignorer les problèmes.
Car les épines ont une raison d’être : elles rassurent les fleurs, naïves et faibles, qui voient en elles ce qui les "immunise" contre tout ce qui menace leur existence.

Il faut que quelque chose interdise à l’autre de nous envahir, lui impose le respect de notre existence, de nos particularismes, de nos spécificités... et exige qu’il surmonte les difficultés et les obstacles pour une véritable rencontre.

L’enfant qui a l’intuition de ce qu’il y a d’essentiel dans les choses n’abandonne jamais ses questions qui dérangent les réflexions du pilote et le poussent à répondre n’importe quoi tant il est convaincu de s’occuper de choses sérieuses, lui qui
parle encore comme les grandes personnes qui mélangent tout et confondent tout.

Dans la conscience du pilote, l’enfance retrouvée s’irrite et lui fait réaliser qu’il n’a jamais respiré une fleur,
qu’il n’a jamais regardé une étoile,
qu’il n’a jamais aimé un animal ou une pierre,
qu’il a vécu sur le mode de l’avoir plutôt que sur celui de l’être, gonflé d’orgueil et persuadé qu’il est un homme sérieux alors qu’il n’est qu’une moisissure, un champignon.

Alors s’impose à lui l’importance de la raison d’être des choses.

« Il y a des millions d’années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des millions d’années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n’est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour fabriquer des épines qui ne servent jamais à rien ? »

Et ce n’est pas sérieux de chercher à comprendre l’« insociable sociabilité » des hommes,
tout ce qui, dans les apparences, peut nous empêcher de nous rapprocher de l’autre et de le rejoindre ?

C’est à ce moment de sa réflexion que, avec le petit prince, le pilote prend conscience de l’essentiel, de ce qui est important : il connaît un être unique au monde, qui n’existe nulle part ailleurs, sauf dans sa planète,
une relation fragile que n’importe quelle contingence peut anéantir sans qu’il s’en rende compte. ( même si c’est simplement lui même)

Au terme du doute, c’est l’évidence : si quelqu’un aime un être qui n’existe qu’en un exemplaire dans les millions et les millions d’étoiles, cela suffit pour qu’il soit heureux quand il les regarde parce que l’on regarde les autres planètes comme on regarde la planète où il se trouve, où se trouve la rose,
on regarde les autres comme on regarde celle ou celui que l’on aime.

C’est une découverte bouleversante pour le pilote : il y a sur une planète, la sienne, un petit prince à consoler.
Et le pilote en oublie ce qu’il croyait important, se moque bien de son marteau, de son boulon, de la soif, de la mort.
Il demeure désemparé, ne sachant
plus trop quoi dire et, dans sa maladresse, comment l’atteindre, où le rejoindre.

Ainsi le pilote a pris conscience que l’on ne peut découvrir et comprendre les hommes que par cette fenêtre ouverte sur le monde ...
que c’est l’amitié, l’affect seulement, qui crée les liens qui donnent un sens à l’existence ...et à la mort,
mais que cet affect peut aussi se réduire à des attachements, à des servitudes, si on s’arrête aux apparences et aux mots sans importance.

Ainsi il faut savoir distinguer les liens qui enchaînent, dont les exemples sont les bureaucrates de Terre des hommes et de Vol de nuit, les amants possessifs de Courrier Sud, les gendarmes, les généraux et les prophètes bigles de Citadelle, les habitants des planètes visitées par le petit prince ;
et les liens qui libèrent tout en nous reliant aux autres, dont les exemples sont l’amitié des camarades de Pilote de guerre et de Vol de nuit, les femmes, les thèmes de l’empire, du temple, du domaine, du navire en construction... de Citadelle, qui sont autant de figures en lesquelles les hommes peuvent se trouver et collaborer.

C’est par cette prise de conscience, éclairée par l’esprit d’enfance retrouvé, que le pilote apprend à mieux connaître sa rose...ou son magnolia et à comprendre tout ce qui le séparait d’elle....ou de lui...

Il repense à la contingence de sa rencontre avec une graine apportée d’on ne sait où, avec une brindille qui ne ressemblait pas aux autres brindilles ; aux efforts de séduction accomplis
à la volonté d’apparaître dans le plein rayonnement de sa personne ;
au sentiment éprouvé devant la beauté pas simplement formelle...mais intellectuelle, artistique, morale ;
à un être émouvant qui veut simplement que l’on s’occupe de lui ...
à cet être compliqué , exigeant...si différent
à toutes les épines qui n’avaient de raison d’être que pour le contraindre à prendre des précautions en allant à sa rencontre
et l’amener à le regarder attentivement afin de discerner l’essentiel au-delà des apparences.

Cette réflexion l’amène à comprendre qu’il n’aurait pas dû écouter la rose, en rester aux apparences ;
qu’il aurait dû se réjouir de cette présence qui embaumait sa planète au lieu d’être agacé par ses « griffes » ;
qu’il n’avait rien su comprendre ;
qu’il aurait dû la juger sur les actes et non sur les mots ;
qu’il aurait dû deviner sa tendresse derrière ses pauvres ruses et ses contradictions.

Bref...notre propre histoire, les raisons de l’échec ou du succès de nos propres relations,
les causes de notre solitude
et cette empathie qui nous rend plus disponibles

Nous croyons rencontrer l’amour lorsqu’une démarche élégante, un sourire plein de tendresse, une voix chaleureuse, un regard profond qui s’attarde, un beau visage ou la mémoire qui nous ramène, à notre insu, à un amour de notre enfance éveillent en nous le désir.
Mais comment pouvons-nous dire que nous aimons quelqu’un dont nous ignorons tout, même si, par la grâce de la rencontre, il est dépossédé de tout ce qui nous inquiète ?

Comment pourrions-nous établir un lien durable avec l’objet du désir alors qu’il varie selon les jours et les saisons ?

Comment pourrions-nous aimer un être arraché au réel par la transfiguration du désir ?

Nous n’y aimons que nous-mêmes et oublions très vite la fascination, pour rêver alors à d’autres rencontres qui combleraient nos attentes déçues.

Même si le désir nous offrait des milliers de personnes que nous pourrions aimer, invariablement nous serions renvoyés à notre solitude, déçus par la figure sublimée que la réalité et le quotidien effritent.

Alors qu’il y a, dans le secret de chaque personne aimée, des richesses insoupçonnées que même des milliers d’années ne nous permettraient pas de faire venir à la lumière
des mémoires oubliées ou cachées par des millénaires d’évolution et que nous pouvons aider à lui faire découvrir et à découvrir nous même bien sûr !

Inauguré par le désir, ( jamais par la raison et encore moins l’obligation) l’amour ne peut se dire que dans la fidélité,
se vouloir au présent
et s’affirmer au passé.
C’est dans la durée que nous pouvons permettre à l’être aimé de nous faire découvrir l’être que nous sommes en même temps que nous allons à sa rencontre en l’aidant à être ce qu’il est.

L’évidence nous fait voir ce que nous ne savions plus voir, nous offre les moyens de tout reconstruire sur un fond qui n’est qu’à nous.

Il faut sortir de soi, aller à la rencontre du monde, quitter sa planète
et se lancer dans une odyssée planétaire, pour s’instruire, éclairé par l’esprit d’enfance retrouvé,
se’ rendre sur la place du marché ( c’est bien pour cela qu’érémétisme et vie monastique ne peuvent et ne doivent être que "transitoires" quitte à y revenir par "périodes")
avant de renaître dans des liens d’une ou de relation à l’autre...aux autres....

Mais avant de partir,
d’aller à la rencontre du monde et des autres,
l’on doit mettre de l’ordre en soi,
ramoner les volcans pour qu’ils brûlent doucement et régulièrement, c’est-à-dire maîtriser raisonnablement nos désirs et nos passions. ( dompter le buffle)

Oui, ils sont nécessaires pour vivre même les choses les plus ordinaires, mais s’ils deviennent excessifs, ils produisent des feux de cheminée, des éruptions destructrices.

Parce que nos yeux se sont ouverts cela ne nous demande pas beaucoup de peine.
Bien ramonés, débarrassés de leurs fausses connaissances, de leurs liens avec les biens matériels, de leurs mensonges, de leurs compromissions, de leur incapacité à s’échanger, les hommes vivent une existence conduite par la raison et l’amour.

Après avoir pris conscience et s’être délivré de tout ce qui l’enferme en lui même les autres permettront une métamorphose qui permettra d’atteindre la plénitude de l’être.

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3ème mouvement

Ainsi la vie d’une être est comme une marche...

au cours de laquelle il se transforme et va à la rencontre de lui-même, des autres et de l’Être ( Dieu) ( la réponse au pourquoi et au comment de ce qu’il vit)

Nous avons vu qu’il utilisait des mécanismes de protection pour ce faire...
mécanismes dont il faut prendre garde car ils le rigidifient ou le détournent....

Le marcheur de l’existence a également besoin d’une destination précise :
L’idéal remplit cette fonction, qui indique constamment la direction du voyage et en donne le sens.
Il représente l’horizon vers lequel tendre et redonne le courage de poursuivre la route sans faiblir.

Bien sûr il doit obéir à certains critères... sinon gare aux impasses !

Au tout début c’est le moi lui-même qui est investi et vécu comme un idéal.
Le petit enfant s’éprouve, comme étant le centre du monde.
Ses besoins sont comme des ordres donnés à l’entourage qui y répond promptement.
La toute-puissance de son moi semble réelle et sans limites. ( il est navrant que de nombreux adultes particulièrement en Eglise [4] ou en politique en soient restés là)

Mais heurtée par l’épreuve de la réalité, la toute puissance du moi se déplace ensuite progressivement sur une formation imaginaire, le « moi idéal ».
« C’est à ce moi idéal que s’adresse alors l’amour de soi dont jouissait dans l’enfance le moi réel....
le narcissisme s’est déplacé sur ce nouveau moi idéal qui se trouve, comme le moi infantile, en possession de toutes les perfections [...].

En se conformant à ce modèle idéal, le sujet voit le moyen d’être à nouveau aimable et aimé.

Cet « idéal du moi », basé sur ce qui reste d’investissement narcissique de soi-même, est tissé par les identifications aux parents, aux personnes qui ont de l’importance dans l’entourage et aux valeurs extérieures.

L’identification est « la première manifestation d’attachement affectif à une autre personne ; ».
Elle se traduit par le fait de « vouloir être » l’autre.
Elle conduit à intégrer des parties de l’autre dans sa propre personnalité.

Alors peu à peu, le sujet construit son propre idéal du moi, composé de tout ce qu’il a sélectionné et retenu des traits de personnalité et des valeurs des personnes et des discours rencontrés.
L’idéal du moi est donc spécifique à chaque sujet.
Il possède une certaine dynamique et peut évoluer tout au long de la vie du sujet.

L’idéal du moi crée une sorte d’aimant interne qui attire le sujet vers plus d’humanité.
Il appelle le sujet de l’intérieur de lui-même à une constante transformation pour se rapprocher de ses valeurs et pour les incarner. Il est important de souligner que l’idéal est personnalisé par le sujet et qu’en retour il personnalise le sujet. ( on voit comment ce modèle peut s’incarner en une figure religieuse par exemple)

La fonction dynamique de l’idéal du moi peut être perturbée par deux processus : soit la régression vers le Moi idéal, caractérisée par la toute-puissance imaginaire ;
soit par l’abdication de l’idéal du moi en faveur de l’idéal collectif, caractérisée par la soumission.

Ces deux modalités sont des évitements de son Vrai Soi, favorisés par une certaine
utilisation de la religion....

Dans la toute-puissance imaginaire, le sujet fait comme s’il adhérait à l’idéal mais, en réalité, il abandonne sa vraie personnalité pour régresser vers son moi idéal.
Il renoue avec l’illusion d’être lui même son propre idéal. ( comme quand il était bébé)
Il s’établit, au plus profond de son imaginaire, dans la toute-puissance, alors que, consciemment, il se veut dans le don de lui-même.

Ainsi en milieu religieux l’individu se positionne souvent auprès des autres comme "accompagnateur spirituel" même auprès de ses "collègues" ,
organise, des sessions de guérison spirituelle,
suit parfois lui même des formations en psychologie, centrée sur la sexualité et la vie conjugale ( eh oui ! de plus en plus fréquent...bonjour les dégâts !).... pour "faire" plus "branché"

Les personnes de l’entourage ne repèrent guère ces glissements illégitimes d’un registre à l’autre, elles ne retiennent que l’image d’une personne dynamique, fidèle à ses engagements dans le célibat apostolique, professionnel reconnu, accompagnateur spirituel de qualité, compétent en psychologie individuelle et conjugale. En un mot il est le plus souvent admiré et personne ne lui apporte jamais de vraies contradictions.

Lui même vit assez bien son état de vie grâce à toutes ses activités, qu’il nomme « don de soi », validées par l’immense reconnaissance qui lui est témoignée, ce qu’il désigne par « l’abondance des grâces données en retour ». :-)) lol !!!

Aux yeux de ses "groupies" ou de ses fans il apparaît
comme une figure puissante et protectrice, aussi désirable qu’inaccessible....

Il développe des relations proches avec plusieurs d’entre elles tout en les maintenant à distance pour conserver son propre statut et obtient ainsi une renarcissisation permanente, faite d’admiration et d’affection plus ou moins amoureuses, nourrit simultanément ses fantasmes (inconscient) de pouvoir "satisfaire" plusieurs femmes ( ou hommes), alors qu’il évite tout engagement réel avec l’autre capable pourtant de l’enrichir en vérité ou de l’ouvrir sur le réel
il se réfugie derrière la nécessite de la fidélité dans le mariage chrétien !

Bref tout ce qui conforte le narcissisme de notre personnage est cultivé.
Tout ce qui l’attaque est rejeté et il peut se montrer très dur lorsqu’il se sent mis en échec.
Il lui arrive d’arrêter brutalement certains accompagnements sans
se préoccuper de l’effet, parfois désastreux, produit sur les hommes ou les femmes concernés.

Il intervient simultanément dans des registres incompatibles entre eux. Il exerce souvent une activité de « guérisseur-accompagnateur-soignant-psychothérapeute »
c’est une véritable gourouisation ,un enfermement dans la toute-puissance imaginaire inconsciente d’un individu

De manière plus ou moins consciente, le sujet s’enferme dans une économie centrée sur les satisfactions narcissiques grâce à l’illusion d’avoir une action bienfaisante ou indispensable envers les autres.

La toute-puissance imaginaire coupe le sujet de lui-même et l’empêche d’évoluer.
Il ne peut que se trouver piégé dans son image et dans les attentes qui pèsent sur lui, bien qu’il les ait suscitées.
Les nombreux bénéfices à agir comme il le fait ont contribué à l’enfermer toujours plus dans un système qu’il a fabriqué sans s’en apercevoir...et ses aspirations les plus profondes de recherche de vérité se sont au fur et à mesure, imperceptiblement, évaporées....

sa croissance humaine s’en est trouvée paralysée.

Certes il a développé des qualités comme le courage, la persévérance, la patience et un dévouement certain, mais sa problématique de fond n’est pas remise en question. Elle sert au contraire de support à son fonctionnement, et se renforce de plus en plus.
Rien ni personne ne remet en question sa quête subtile de satisfactions narcissiques et encore moins la souffrance qui la sous-tend.

Au lieu de grandir dans son humanité, c’est-à-dire dans la connaissance de lui-même et dans la transformation de ses résistances à la vérité et à l’amour, il s’enferme dans l’illusion d’être un sauveur pour les autres.
Au lieu d’éprouver la joie simple d’être à sa juste
place,
il se nourrit d’une nourriture qui affame, celle de la jouissance narcissique d’exercer
auprès d’un même groupe ou d’une personne, différents types de pouvoirs, incompatibles entre
eux et dangereux par l’emprise qu’ils génèrent. ( allez à Léoncel vous pourrez voir sur place !...eyt ça vaut le déplacement !!!! :-)))

L’amplification de certains mécanismes de défense renforce l’enfermement dans la toute puissance imaginaire.
Notre personnage refoule sa sexualité, mais une partie se transpose dans la séduction qu’il exerce,
notamment dans le cadre de ses "suivis."
Il obtient également des satisfactions voilées en écoutant le récit de la sexualité des couples qu’il accompagne.( et dont il est friand)

Cet homme a « clivé » son moi.

La partie de lui souffrante est mise de côté au profit de la partie compétente qui se sur-développe dans toutes les directions.
Son univers est, lui aussi, clivé en deux, composé, d’une part, de personnes qui ont besoin de lui et qui lui apportent de la reconnaissance, ses "clients"....
d’autre part, de personnes qui échappent à son influence et qu’il perçoit (utilisant le mécanisme de projection) comme hostiles.

Il « dénie » bien sûr ses "errements" mais aussi les nombreux bénéfices narcissiques qu’il tire de son fonctionnement, mais également sa propre souffrance.
Il a remplacé l’exploration de son psychisme qui lui permettrait de se confronter à cette souffrance par l’immersion dans le psychisme des autres.....

Le deuxième processus qui neutralise la dynamique de l’idéal du moi, et par conséquent favorise l’évitement de soi, repose sur l’abdication de l’idéal du moi par le sujet, en faveur de l’idéal
collectif.

L’horizon vers lequel marcher en devenant de plus en plus soi-même est remplacé par
des normes extérieures auxquelles il suffit de se conformer.
L’exigence de subjectivation est remplacée par
l’exigence de plaire à l’objet-idéal-collectif.
Selon Freud, ce processus se réalise selon les mêmes
mécanismes que l’aveuglement amoureux

"Le moi devient de moins en moins exigeant, de plus en plus modeste, tandis que l’objet devient de plus en plus magnifique et précieux, attire sur lui tout l’amour que le moi pouvait éprouver pour lui-même, ce qui peut avoir pour conséquence naturelle le sacrifice complet du moi.
L’objet absorbe, dévore, pour ainsi dire, le moi.
Dans tout état amoureux, on trouve une tendance à l’humiliation, à la limitation du narcissisme, à l’effacement devant la personne aimée [...]. Simultanément avec cet « abandon » du moi en faveur de l’objet, qui ne se distingue plus en rien de l’abandon sublime à une idée abstraite [...] la critique se tait : tout ce que l’objet fait et exige est bon et irréprochable. La voix de la conscience cesse d’intervenir, dès qu’il s’agit de quelque chose pouvant être favorable à l’objet ; dans l’aveuglement amoureux, on devient criminel sans remords.

Toute la situation peut
être résumée dans cette formule : l’objet a pris la place de ce qui était l’idéal du moi’. "

Une fois détourné sur un objet idéal extérieur, l’idéal du moi du sujet est privé de sa dynamique transformante ll s’immobilise dans le statisme de la conformité.

Nombreuses sont ces groupies ou dames catéchistes qui se dévouent sans compter se "donnant" aux besoins des autres...et qui à un moment donné réalisent qu’elles ont abandonnés tous leurs "talents" et leurs goûts...pour finalement devenir amers...

Cette femme a adhéré à l’idéal chrétien à la fois
massivement mais seulement avec une partie
d’elle-même. Elle a été enthousiasmée par la figure du Christ et par le message évangélique d’amour du prochain. Elle s’y est donnée sans compter, apparemment « totalement », mais en réalité, sans prendre en compte la partie la plus intime d’elle même. Elle a « incorporé » à son mode de vie et à sa pensée les valeurs, les critères et les orientations véhiculées par le Magistère et par sa communauté.

Elle n’a pas été à l’écoute de ses propres intuitions sur la vie de prière, le couple, la sexualité, la maternité.
Elle n’a pas utilisé les enseignements reçus pour orienter ses réflexions et les assembler en une pensée propre.
Elle a immédiatement mis préceptes et enseignements en lieu et place de ce qui demandait à mûrir en elle, à son propre rythme et empreint de sa « touche personnelle ».
Elle n’a pas accueilli les enseignements comme l’eau et l’engrais nécessaires à sa croissance. Ces appoints se sont plutôt substitués à son terreau propre.
Elle s’est laissée coloniser par les exigences de l’idéal.
Elle a progressé dans différentes qualités comme la capacité à surmonter les variations de son humeur et à être attentive aux autres mais sa croissance humaine et spirituelle a été en bonne partie figée. Les freins les plus importants à sa subjectivation sont restés quasiment intacts.

Cette figure exemplifie la « soumission à l’idéal ».
Le sujet trouve un sens totalisant à sa vie. Tout est expliqué. Ce qu’il faut faire est déterminé. Son comportement s’ajuste parfaitement, et souvent en très peu de temps aux signes extérieurs d’adhésion à l’idéal. La conséquence majeure en
est l’atrophie de ses désirs et de son identité propres.

Le travail d’unification intérieure ne peut se faire.

Par ailleurs, le sujet utilise le clivage de l’objet, notamment en ce qui concerne l’institution à laquelle il appartient.
Il met de côté ses aspects négatifs et idéalise ses aspects positifs.
Ce mécanisme lui permet de ne pas voir la complexité de l’institution et d’éviter toute forme de critique.

Le monde interne de la personne, de sa personne est dénié, en particulier les pulsions, la violence fondamentale, l’ambivalence et le désir. Cet univers est ignoré et recouvert par l’obligation de développer un style irénique, idéalisé et de ne posséder que des certitudes.

Par le refoulement et l’investissement de l’énergie ainsi libérée dans une représentation inverse, le sujet devient excessivement prude, obsédé par la vertu, la pureté, pour éviter d’intégrer ses pulsions.
Enfin, l’identification à l’image donnée à soi même et aux autres, en croyant qu’elle est le tout de sa personne, ou bien encore l’activisme, favorisent la soumission à l’idéal.

La toute-puissance et la soumission sont souvent associées.

La toute-puissance imaginaire nécessite une certaine soumission pour être acceptée et reconnue.

Le sujet se soumet aux règles pour reprendre ensuite le pouvoir subtilement, en déployant une intense activité dans le cadre même de la soumission.
Il la subvertit par l’excès de zèle, en poussant les fonctions de soin, d’accompagnement spirituel et d’apostolat au-delà de leurs limites.

La soumission lui sert à déployer la « surmission » de la toute-puissance.

Dans le cas de la soumission à l’idéal, le sujet se met hors d’atteinte de sa vie pulsionnelle. Par ailleurs, ses convictions dans tous les domaines le protègent d’une quelconque remise en question. Tant que ces aménagements demeurent, le sujet vit dans une sorte d’illusion d’invincibilité.
La soumission peut procurer également de nombreux bénéfices narcissiques sous forme de reconnaissance et d’admiration.

Nous pouvons nous demander pourquoi l’idéal chrétien favorisetant la régression vers le moi idéal et pourquoi il prend facilement la place de l’idéal du moi d’un certain nombre de croyants.( et est même encouragée par le système lui même)

Dans la toute-puissance imaginaire et dans la soumission à l’idéal, comme nous l’avons dit plus haut, le sujet cherche inconsciemment à éviter la rencontre avec lui-même et donc le processus de croissance personnelle.
Il préfère les satisfactions prévisibles et reproductibles à la joie du déploiement de son être.

L’évitement de la dynamique contenue dans l’idéal du moi s’accompagne de bénéfices d’ordre narcissiques.
Dans la toute-puissance imaginaire, le sujet trouve des « jouissances narcissiques » à travers le pouvoir, le prestige, la connaissance de l’intimité de nombreuses personnes, ainsi que l’impression de maîtriser les domaines fondamentaux de la vie humaine.

Dans la soumission à l’idéal collectif, le sujet obtient une identité d’appartenance et une reconnaissance qui compensent la faiblesse de son identité personnelle et son besoin de réassurance sur sa valeur. Il trouve, par ailleurs, des règles de conduite précises qui évitent les risques de la décision personnelle. Enfin, il rehausse son image personnelle en exaltant celle de l’institution à
laquelle il appartient. Il s’idéalise lui-même en idéalisant l’institution, les personnalités marquantes de l’institution et l’idéal collectif’.

tristement cela recouvre presque tous les gens d’Eglise que j’ai rencontré ...sauf quelques exceptions ! ( qui confirment la règle)

La religion a tendance à favoriser la toute-puissance imaginaire ou la soumission à l’idéal en présentant cet idéal comme simple et accessible à tout coup par la foi et l’observance des règles.
Or, l’idéal collectif a pour fonction de convoquer l’être humain à son exigence de transformation. Il crée, normalement, une dynamique permanente d’évolution vers plus de vérité sur soi-même et vers plus de fidélité à cette vérité.

L’idéal collectif est « idéal » à condition qu’il soutienne, sans le contraindre et finalement s’y substituer d’une façon totalitaire, l’idéal du moi du sujet, en lui offrant des éléments à intégrer avec souplesse.

Mais pour être idéal, il ne doit pas moins être complexe ! Les simplifications qui bafouent la complexité du réel, au motif que « les gens ne pourraient pas comprendre » sont à proscrire !

En outre, l’idéal doit rester en dialogue avec la multiplicité des éléments de la réalité.
Il doit faire une place aux doutes et aux incertitudes,
il doit rester ouvert aux questionnements posés par la science et par l’évolution de la société.

Trop souvent hélas l’idéal apparaît à l’écart des contradictions humaines. Sans doute parce qu’il s’appuie sur une anthropologie prenant peu ou pas en compte l’inconscient, notamment les pulsions, la violence fondamentale et l’ambivalence.
Il ne se situe pas suffisamment à distance de la pensée archaïque religieuse, qui nous habite encore tous d’une manière ou d’une autre.
Il entretient notamment une certaine complaisance envers la croyance en l’existence de liens immédiats entre nos actes et les réactions qu’elles entraînent de la part de la "divinité" ( fond superstitieux)

Des réalités délicates sont présentées de manière « pseudo-évidentes ». Par exemple, l’obéissance, la prière de demande, le pardon, le don et l’oubli de soi, apparaissent comme des notions univoques, facilement compréhensibles par tous et, donc, facilement applicables, alors qu’elles sont éminemment complexes.

Dans cette optique, nombre d’injonctions telles que « Ne pas s’écouter », « Donner sans compter », « L’amour ne connaît pas de limites », peuvent être répétées au sein de certaines mouvances et présentées comme des messages clairs, tout droit sortis des Écritures et directement déchiffrables et applicables.

Les réalités les plus difficiles d’accès sont parfois expliquées par des causalités linéaires et proportionnelles. Prier pour être exaucé ; prier plus pour être exaucé davantage. Il suffirait de suivre une session de guérison, pour être définitivement délivré, psychiquement ou physiquement.

Les pratiques religieuses peuvent être présentées comme nécessaires et implicitement suffisantes pour être conformes à l’idéal. Or, si elles représentent une condition favorable, elles ne peuvent être à coup sûr une garantie de transformation personnelle. Encore faut-il qu’elles soient accompagnées de l’acceptation profonde du processus de subjectivation, passant par la castration symbolique. Ce qui suppose des traversées douloureuses. Nous y reviendrons.

La compréhension du péché est parfois limitée à des aspects factuels.
L’examen de l’intention qui a présidé à l’acte mauvais recherche parfois les causes lointaines, mais toujours dans le registre des choix conscients. L’exploration des racines
inconscientes et le travail d’élaboration, s’il est possible, ne sont guère encouragés.

Une personne peut faire son examen de conscience (ou se confesser) sincèrement pendant des années, tout en passant à côté des compromis inconscients qui entravent son évolution humaine.

"L’ideal" est non seulement présenté comme simple mais aussi comme devant être mis en oeuvre immédiatement

Le discours religieux, le plus souvent, s’adresse à un interlocuteur non névrosé, non psychotique, ayant résolu ses conflits inconscients, capable de mettre en oeuvre hic et nunc ce qui est demandé. Les expériences progressives parfois nécessaires dans le parcours de certains, mais non encore conformes à l’idéal, ne sont pas admises. Une conception de la moralité trop exclusivement centrée sur le contenu des actes’ peut prévaloir et enfermer dans un formatage du comportement, plutôt que de stimuler le développement de la conscience. À l’extrême, certains pasteurs s’appliquent à exiger de toute personne un comportement en accord avec l’idéal, indépendamment de leurs capacités réelles et en dépit de leur histoire souvent tourmentée, voire traumatique.

L’idéal risque fort de devenir, alors, idéologie.

Dans ce contexte, toute difficulté à suivre les préceptes peut être vue comme une anomalie qui doit être réglée par le « psy » ; et dans les délais les plus brefs ! Le psy se voit attribué un rôle de normalisateur. Il doit « réparer » la personne pour qu’elle puisse s’adapter aux exigences demandées, puisqu’a priori chaque personne doit en être
capable, ipso facto.

Lorsque l’instance de l’idéal du moi, semblable à une boussole interne, est remplacée totalement par l’idéal collectif, la conscience n’a plus aucun travail d’évaluation à faire. En effet, tous les actes sont « pré-jugés » sur leur simple conformité ou non-conformité avec ce que prescrit l’idéal collectif.
La conscience, ainsi mise au « chômage technique » s’atrophie et perd ses compétences.
L’idéal collectif finit par remplacer non seulement l’idéal du moi mais la conscience elle-même.
Si l’idéal est idéologisé, il a toutes chances d’induire la soumission et la quête de toute-puissance imaginaire.

Si les institutions ne sont pas, intrinsèquement, source de soumission ou d’illusion de toute puissance moins les croyants sont engagés dans le processus de transformation humanisante, moins les institutions sont à même de les encourager dans cette voie.

Inversement, plus les croyants sont engagés dans cette voie et plus elles sont à même de les y soutenir.

Les institutions aident les croyants à se transformer dans la mesure où ceux-ci aident ces institutions à se transformer ....

°

°

Bonnes réflexions !
et à Dimanche prochain !

Jess et Francois ermites


Voir en ligne : Notre Channel sur You Tube


Réagir et questionner cela nous aide ...pour cela il suffit de nous écrire à rmitte@free.fr


[1Plus de renseignement sur ces écoles de musique mais aussi spirituelles et corporelles : http://wakahaya.web.infoseek.co.jp/taiko/english.htm

[2pour consulter la première méditation il suffit de cliquer ici

[3belle définition dans Luc 10,31-35

Mais voulant se justifier, il dit à Jésus : Et qui est mon prochain ?

Jésus reprit la parole, et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s’en allèrent, le laissant à demi mort.

Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre.

Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l’ayant vu, passa outre.

Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu’il le vit.

Il s’approcha, et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui.

Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l’hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour.

Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ?

C’est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi.

Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même.

[4comme à Léoncel : http://leoncel.free.fr