Bulletin de l’Ermitage

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Là où seule la musique permet d’aller (Nouvelle Serie)

ATYS de Jean-Baptiste Lully (1676)

samedi 7 janvier 2012, par Nat et Nico

*** REPOST à cause d’une nouvelle censure de la culture, d’une oeuvre qui ne rapporte rien...au détriment de ceux qui veulent seulement connaitre*** une stupidité de plus de ceux qui veulent faire du fric avec la culture !

Cet opéra fut appelé l’ "Opéra du Roi", car de tous les opéras de Lully, c’était le favori de Louis XIV :on dit même que le Roi se reconnaîssait dans cet Atys insensible à l’amour et que Cybèle ressemblait fort à la Reine, et Sangaride, à Mme de Maintenon...

Composé par Jean-Baptiste Lully, ATYS est une tragédie, commençant par un long prologue, suivi de cinq actes. Le livret est de Philippe Quinault.
Créé à Saint-Germain-en-Laye le 10 janvier 1676, il est totalement dédié au divertissement « du plus grand des Héros », Louis XIV.
Cet opéra est aussi appelé « l’opéra du roi », tant Louis XIV l’appréciait et chantait souvent pour lui-même des airs de cette œuvre

Le roi appréciait aussi Jean-Baptiste , né à Florence et qu’il avait accueilli tout jeune (13 ans) à la cour . Ils partageaient le même goût pour la danse et Jean-Baptiste savait y faire pour flatter l’ ego du roi . On dit même qu’ils eurent des relations intimes...

Bien qu’il ait eu six enfants, il était connu et décrié par ses ennemis pour son homosexualité....mais Louis XIV avait en horreur du moins "ouvertement" ce qu’on nommait alors les « mœurs italiennes »....car depuis la Fronde et à l’instar de son Frère cadet Philippe ( dit Monsieur) le jeune Louis avait fréquenté bien des couches...dont celui du grand Condé :-) [1]

Aussi quand en 1685, les relations de Lully avec Brunet, un jeune page de la Chapelle, firent scandale, (le monde d’alors était libre des tabous et des enfermements d’aujourd’hui :-) ) Lully perdit quelque peu de son crédit auprès du roi ( jaloux ?) qui n’assista pas aux représentations de son dernier opéra, Armide, en 1686.

Sa mort fut particulière aussi puisqu’elle intervint à la suite d’une répétition du Te Deum qu’il devait faire jouer pour la guérison du roi.
N’arrivant pas à obtenir ce qu’il voulait des musiciens, Lully, d’un tempérament explosif, s’emporta et se frappa violemment
un orteil avec son « bâton de direction », longue et lourde canne surmontée de rubans et d’un pommeau richement orné, servant à l’époque pour battre la mesure en frappant le sol.

Étant danseur il refusa qu’on coupât sa jambe qui s’était infecté, la gangrène se propagea au reste du corps jusqu’au cerveau...et il en mourut quelque temps plus tard à Paris, le 22 mars 1687.

Mais revenons à ATYS

Le thème en est la légende de celui qui refuse de succomber à l’amour pour ne point souffrir. ...pourtant, il doit se rendre à l’évidence : il aime Sangaride, mais cette dernière est malheureusement promise à Célénus, roi de Phrygie.
De son côté, la déesse Cybèle plonge Atys dans un profond sommeil et par l’intermédiaire d’un rêve, lui avoue son amour. Mais Sangaride arrive alors, implorant Cybèle d’annuler son mariage avec Célénus, puisqu’elle aime Atys.
La déesse jalouse des promesses que s’échangent les deux amants, décide d’agir. Rendu fou par un artifice de Cybèle, Atys tue Sangaride croyant voir un monstre. Lorsqu’il se rend compte de son acte, Atys cherche à se suicider. Pour l’en empêcher, Cybèle le transforme en pin.

Place à la musique !( pardon de ne donner que de larges extraits mais nous n’avons pas trouvé mieux sur You Tube ...c’est déjà ça !)

Prologue ( toujours très long car il fallait laisser à la cour le temps de s’installer)

Le Temps, suivi du chœur des Heures, célèbre la gloire éternelle de Louis XIV, le plus grand des héros.
Flore, déesse du printemps, s’avance avec une troupe de nymphes, qui portent divers ornements de fleurs, conduite par un des Zéphirs. Elle se plaint de ne jamais pouvoir rendre ses hommages au roi, qui part en mars pour la guerre, et désire se joindre au Temps.
Melpomène, muse de la Tragédie, vient accompagnée d’une troupe de héros parmi lesquels Hercule et Antée, Castor et Pollux, Idas et Lyncée, Étéocle et Polynice. Soucieuse d’aplanir toutes les royales préoccupations, elle chasse ces tristes ombres qui rappellent trop à Louis son devoir, et elle propose de lui narrer l’histoire du bel Atys, afin de le divertir quelques instants.

Les héros recommencent leurs anciennes querelles : Hercule lutte avec Antée, Castor et Pollux contre Lyncée et Idas, Étéocle contre Polynice. Iris, par l’ordre de Cybèle, vient accorder Melpomène et Flore. La suite de Melpomène s’accorde à la suite de Flore.

Voici le livret :

PROLOGUE

Le theatre represente le palais du temps,
où ce dieu paroist au milieu des douze
heures du jour, et des douze heures de la nuit.
Le Temps
en vain j’ ay respecté la celebre memoire
des heros des siecles passez ;
c’ est en vain que leurs noms si fameux
dans l’ histoire,
du sort des noms communs ont esté dispensez :
nous voyons un heros dont la brillante gloire
les a presque tous effacez.
Choeur Des Heures
ses justes loix,
ses grands exploits
rendront sa memoire éternelle :
chaque jour, chaque instant
adjouste encor à son nom esclattant
une gloire nouvelle.
La déesse Flore conduite par un des zephirs
s’ avance avec une troupe de nymphes qui
portent divers ornements de fleurs.

Le Temps
la saison des frimas peut-elle nous offrir
les fleurs que nous voyons paraistre ?
Quel dieu les fait renaistre
lorsque l’ hyver les fait mourir ?
Le froid cruel regne encore ;
tout est glacé dans les champs,
d’ où vient que Flore
devance le printemps ?

Flore
quand j’ attens les beaux jours, je viens toûjours
trop tard,
plus le printemps s’ avance, et plus il m’ est
contraire ;
son retour presse le départ
du heros à qui je veux plaire.
Pour luy faire ma cour, mes soins ont entrepris
de braver desormais l’ hyver le plus terrible,
dans l’ ardeur de luy plaire on a bien-tost apris
à ne rien trouver d’ impossible.

Le Temps et Flore.
Les plaisirs à ses yeux ont beau se presenter,
si-tost qu’ il voit Bellone, il quitte tout pour
elle ;
rien ne peut l’ arrester
quand la gloire l’ appelle.
Le choeur des heures repete ces deux derniers vers.
La suite de Flore commence des jeux meslez
de dances et de chants.

Un Zephir
le printemps quelquefois est moins doux qu’ il
ne semble,
il fait trop payer ses beaux jours ;
il vient pour escarter les jeux et les amours,
et c’ est l’ hyver qui les rassemble.

Melpomene qui est la muse qui preside
à la tragedie, vient accompagnée d’ une
troupe de heros, elle est suivie d’ Hercule,
d’ Antaee, de Castor, de Pollux, de Lyncée,
d’ Idas, d’ Eteocle, et de Polynice.

Melpomene parlant à Flore.
Retirez-vous, cessez de prevenir le temps ;
ne me desrobez point de precieux instants :
la puissante cybele
pour honorer Atys qu’ elle a privé du jour,
veut que je renouvelle
dans une illustre cour
le souvenir de son amour.
Que l’ agrément rustique
de Flore et de ses jeux,
cede à l’ appareil magnifique
de la muse tragique,
et de ses spectacles pompeux.

La suite de Melpomene prend la place de
la suite de Flore.
Les heros recommencent leurs anciennes querelles.
Hercule combat et lutte contre Antaee, Castor
et Pollux combattent contre Lyncée
et Idas, et Eteocle combat contre son
frere Polynice.

Iris, par l’ ordre de Cybele, descend assise
sur son arc, pour accorder Melpomene et Flore.
Iris parlant à Melpomene.

Cybele veut que Flore aujourd’ huy vous seconde.
Il faut que les plaisirs viennent de toutes parts,
dans l’ empire puissant, où regne un nouveau
mars,
ils n’ ont plus d’ autre asile au monde.
Rendez-vous, s’ il se peut, dignes de ses regards ;
joignez la beauté vive et pure
dont brille la nature,
aux ornements des plus beaux arts.

Iris remonte au ciel sur son arc, et la suite
de Melpomene s’ accorde avec la suite de Flore.
Melpomene et Flore.

Rendons-nous, s’ il se peut, dignes de ses regards ;
joignons la beauté vive et pure
dont brille la nature,
aux ornements des plus beaux arts.

Le Temps, et le choeur des heures.

Preparez de nouvelles festes,
profitez du loisir du plus grand des heros ;

Le Temps, Melpomene et Flore.

Preparez de nouvelles festes
preparons de nouvelles festes
profitez du loisir du plus grand des heros
profitons du loisir du plus grand des heros.

Tous Ensemble

le temps des jeux, et du repos,
luy sert à mediter de nouvelles conquestes.

Acte I

Atys presse les Phrygiens endormis de préparer l’arrivée imminente de la déesse Cybèle. Son ami Idas se moque de l’exaltation d’Atys, en lui demandant s’il ne serait pas amoureux, lui qui se vante de ne pouvoir l’être. Atys finit par avouer que son cœur subit les assauts de
l’amour. Sangaride paraît, exaltée comme Atys, mais d’autres raisons l’animent : on fête
aujourd’hui son mariage avec le roi de Phrygie, Célénus, et Cybèle, reine des Dieux, a promis de rehausser cette noce du lustre de sa présence. Atys se méprend sur l’exaltation de Sangaride, et réaffirme qu’il est insensible à l’amour.

Sangaride, restée seule avec sa confidente Doris, se lamente d’aimer en secret cet Atys qui ne veut ni ne peut aimer, et se résigne à une destinée qui lui répugne. Atys annonce l’arrivée des Phrygiens. Il se réjouit de l’union prochaine de Sangaride et Célénus, tout en
assurant qu’elle provoquera sa mort. Il finit par avouer à Sangaride son amour. Sangaride, à son tour, lui révèle son amour. Tous deux se lamentent de leur amour impossible. Atys tente de se convaincre que la liberté vaut plus que la beauté. Atys et Sangaride s’avancent
vers la montagne au-devant de la déesse, pour l’accueillir. Ballet des Phrygiens. La déesse Cybèle arrive. Les Phrygiens lui témoignent joie et respect. Cybèle annonce qu’elle va choisir le Sacrificateur, et demande qu’on l’aime, en plus de l’honorer.

Acte II

Célénus, avec Atys attendent que Cybèle ait fait son choix.
Célénus se flatte à l’avance de la puissance que ce rôle lui conférera. Il interroge Atys sur le trouble qu’il croit avoir remarqué chez Sangaride.
Atys le rassure, mais sans pouvoir totalement l’assurer que Sangaride l’aime.
Célénus envoie Atys pour vérifier les préparatifs des noces. Cybèle, accompagnée de ses prêtresses, vient annoncer à Célénus qu’elle a choisi Atys comme Grand Sacrificateur.

Célénus masque sa déception.
Cybèle avoue à Mélisse qu’elle est éprise d’Atys, et qu’elle a décidé de le lui faire savoir en provoquant son sommeil. Elle ordonne à Mélisse de prévenir le Sommeil et les Songes. Les Zéphyrs paraissent dans une gloire élevée et brillante. Les peuples viennent de tout pays, pour honorer le choix de Cybèle. Ils entrent dans le temple et honorent Atys, en le reconnaissant pour le Grand Sacrificateur de Cybèle.
Chœur des Peuples et des Zéphyrs, et Chœur des Nations.

Acte III

Atys se lamente, estimant que l’amour le rend malheureux.
Idas survient avec sa sœur Doris. Ils annoncent que Sangaride est décidée à avouer leur amour à Cybèle.
Atys est partagé entre l’espoir et la crainte de trahir Célénus. Il finit par se rendre aux arguments d’Idas et Doris et leur demande de faire venir Sangaride.
Resté seul, Atys accepte peu à peu l’idée de trahison, puis tombe dans le sommeil. Le Sommeil apparaît, avec Morphée, Phobétor, Phantase.

Les Songes agréables s’approchent d’Atys, et par leurs chants et leurs danses lui font connaître l’amour de Cybèle et le bonheur qu’il doit en espérer.
Les Songes funestes s’approchent à son tour de lui, et le menacent de la vengeance de Cybèle s’il méprise son amour et ne l’aime pas avec fidélité.
Atys, épouvanté, se réveille en sursaut. Le Sommeil et les Songes disparaissent avec l’antre. Cybèle assiste au réveil d’Atys, et lui confirme que les songes lui parlaient en son nom.
Atys, surpris, ne peut que l’assurer de son respect et de sa reconnaissance.

Sangaride survient et se jette aux pieds de Cybèle, mais Atys l’interrompt chaque fois qu’elle commence à lui parler.
Atys demande à Cybèle que Sangaride soit libérée de l’union avec Célénus, pour pouvoir se consacrer à la déesse. Cybèle promet d’intervenir auprès de Sangar, le père de Sangaride, précisant qu’elle le fait pour Atys, l’objet de son amour. Cybèle est ulcérée de l’indifférence d’Atys, et finit par décider de se venger en séparant Atys et Sangaride.

Acte IV

Sangaride se lamente, en présence de Doris et Idas, n’ayant pas compris de l’attitude d’Atys en présence de Cybèle.
Célénus vient voir Sangaride, et lui déclare qu’il souhaite être aimé d’elle. Sangaride lui répond qu’elle ne peut lui donner que l’obéissance.
Célénus remarque le trouble de Sangaride à l’arrivée d’Atys. Impatient, il va à la rencontre des parents de Sangaride. Atys fait état de ses remords à l’endroit de Célénus. Mais Sangaride lui annonce qu’elle est décidée à épouser le roi.

Tous deux s’accusent mutuellement de trahison. Ils finissent par s’expliquer et, comprenant leur méprise, se promettent un amour éternel.
Le Dieu du fleuve Sangar fait approuver le choix de Célénus comme époux de Sangaride par le chœur des dieux de fleuves, du chœur des divinités de fontaines et de ruisseaux. Il appelle aux réjouissances. Ballet.
Atys vient annoncer que Cybèle s’oppose à l’union de Sangaride et Célénus. Il suscite l’incompréhension de Célénus. Atys se retranche derrière l’autorité de Cybèle et se fait enlever avec Sangaride par les Zéphyrs.

Acte V

Célénus vient demander des explications à Cybèle. Celle-ci lui avoue qu’elle vient de surprendre les deux amants et qu’ils ont été tous les deux trahis.
Cybèle décide de se venger.
Atys et Sangaride sont confrontés à Cybèle et Célénus. Ceux-ci refusent toute grâce. Cybèle fait surgir des enfers la Furie Alecton, tenant à la main un flambeau qu’elle secoue sur la tête d’Atys dont l’esprit s’égare. Atys confond Cybèle et Sangaride, puis prend Sangaride pour un monstre, la poursuit et la tue avec le couteau sacré. Célénus qui n’a pu intervenir, se lamente et s’estime trop vengé.

Atys revient à la raison. Cybèle lui montre le corps de Sangaride et lui annonce qu’il est l’auteur de sa mort.
Atys est désespéré et suit le corps de Sangaride que l’on emporte.
Cybèle commence à avoir des remords, mais trop tard. Idas arrive en soutenant Atys qui s’est poignardé.

Cybèle se rend compte que sa vengeance était trop cruelle. Elle décide de transformer Atys en pin, arbre aimé de la déesse.
Atys a pris la forme d’un pin. Cybèle convie les divinités des bois et des eaux, et les Corybantes à pleurer la triste fin d’Atys, et demande que l’arbre sacré soit révéré. Cybèle exprime sa douleur, reprise par les chœurs.


il s’agit d’une play list : si la suite ne s’enclenche pas agir sur le lien

ou : http://www.youtube.com/playlist?list=PL0679919BCC4B3AC7

Bonne semaine !

Les Loupiots


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Réponse assurée !


[1La Porte, valet de chambre de Louis XIV adolescent, remarqua un jour que son roi avait été sodomisé mais que ce dernier n’avait été nullement consentant et qu’il était triste. A la vérité, cette affaire n’a jamais été complétement élucidée. La reine Anne d’Autriche a étouffé l’affaire et La Porte finit disgracié.
S’il y a un coupable, ce n’est vraisemblablement pas le cardinal Mazarin, mais un de ses neveux Philippe ou Jules....qui étaient portés sur la chose...

Quant à son frère cadet Philippe ,SAINT-SIMON, dans ses Mémoires, dresse de lui un portrait resté célèbre : "C’était un petit homme ventru, monté sur des échasses tant ses souliers étaient hauts, toujours paré comme une femme, plein de bagues, de bracelets et de pierreries partout, avec une longue perruque toute étalée devant, noire et poudrée et des rubans partout où il pouvait mettre, plein de sortes de parfums et en toutes choses la propreté même. On l’accusait de mettre imperceptiblement du rouge..." Philippe d’Orléans dit Monsieur, frère cadet de Louis-Dieudonné dit Louis XIV, avait alors la cinquantaine.

Le jeune homme qu’il fut avait été des plus minces, fort beau et en tout gracieux. Surtout quand il s’habillait en fille, comme il l’affectionnait dès la plus tendre enfance, pratique encouragée dit-on par Mazarin pour l’éloigner des tentations du pouvoir. Son compagnon de jeu d’alors, le futur abbé de Choisy, travesti Grand Siècle et amateur de jolies filles tout en étant prêtre et auteur d"une Histoire de l’Église en onze volumes, témoigne : "On m’habillait en fille toutes les fois que le petit Monsieur venait au logis, et il y venait au moins deux ou trois fois la semaine. J’avais les oreilles percées, des diamants, des mouches et toutes les autres petites affèteries auxquelles on s’accoutume fort aisément et dont on se défait fort difficilement. Monsieur, qui aimait tout cela, me faisait toujours cents amitiés. Dès qu’il arrivait, suivi des nièces du cardinal Mazarin, et de quelques filles de la Reine, on le mettait à la toilette, on le coiffait (...). On lui ôtait son justaucorps, pour lui mettre des manteaux de femme et des jupes..." .

Jeune homme, le prince conserva l’habitude de se travestir, profitant des bals masqués et autres carnavals pour assouvir son goût en public, ce qui ne troublait pas même sa mère : "Quand j’arrivai au Louvre, Monsieur était habillé en fille avec les cheveux blonds. La reine me disait qu’il me ressemblait", note la Grande Mademoiselle, sa cousine. Il avait dix-huit ans. Sans doute eût-il aimé vivre ainsi le plus souvent mais, selon l’abbé de Choisy, "il n’osait à cause de sa dignité : les princes sont emprisonnés dans leur grandeur. Mais il mettait le soir des pendants d’oreille et des mouches, et se contemplait dans ses miroirs, encensé par ses amants". Parmi ceux-ci, appelés chastement "favoris" par des générations d’historiens, on trouvait le marquis de Châtillon, le comte de Guiche et le grand amour de sa vie le chevalier de Lorraine "fait comme on peint les anges" avec qui il vécut une laison orageuse durant trente ans . Il semblerait qu’avec tous, il entretint des relations sur le mode sado-masochiste, moralement si ce n’est autrement.

Alors que le crime de sodomie, au XVIIe siècle, était encore passible de la mort par le bûcher , l’aristocratie, et plus encore l’entourage royal était peu inquiété, pour ne pas dire jamais. Bien au contraire. Bien que cela nous stupéfie aujourd’hui, le "vice italien" comme on l’appelait alors semble avoir été communément admis. Ainsi, malgré la "singulière horreur [du roi] pour tous les habitants de Sodome" dixit Saint-Simon ( mais c’était l’historien "officiel" de la Cour ), la Cour de France comptait son lot de bougres et de bardaches parmi lesquels, hormis Monsieur, de grands noms : le prince de Condé, les ducs de Vendôme, de Villars et de Gramont, le prince Eugène de Savoie, les maréchaux de Turenne et d’Huxelles... Rien d’étonnant d’y compter de grands militaires, l’armée était alors très homophile tout comme l’Eglise d’ailleurs jusqu’à de hauts prélats comme le cardinal de Bouillon connu pour ses "moeurs infâmes" et très apprécié du roi . Les femmes n’étaient pas en reste. On cite volontiers comme adepte d’amours lesbiens, la princesse de Monaco . Enfin, parmi les artistes - ce qui nous surprend moins aujourd’hui - l’exemple le plus connu reste bien entendu Jean-Baptiste Lully, le musicien préféré du roi, que l’on disait lier de coeur avec son librettiste Philippe Quinault.

Une Cour versaillaise en voie de se transformer en une "petite Sodome" selon le mot du marquis de Sourches , avec, dans les années 1680, la constitution d’une société secrète homosexuelle dont les membres de plus en plus nombreux se recrutaient dans la plus haute noblesse. On y trouvait le jeune fils du roi, le comte de Vermandois, bâtard légitimé d’à peine quatorze ans, ce qui déclencha l’ire royale . Traumatisé par la récente Affaire des Poisons mêlant orgies et messes noires, le roi mit brusquement fin à cette maçonnerie de moeurs, son indignation morale servant de prétexte à dissoudre un groupe de jeunes seigneurs remuant lui rappelant par trop la Fronde. Puis la colère du roi passée, malgré l’avis du prédicateur Bourdaloue qui l’excitait contre "ces monstres que l’Ecriture lui défend de nommer" mais dissuadé par son ministre Louvois de mener plus avant une campagne contre les sodomites de la Cour qui aurait eu pour conséquence de ruiner... l’armée , la vie et la nature reprirent leur cours.... :-)....

De nos jours la mode est de se montrer "officiellement " puritain, bourgeois...et coincé...mais n’en doutons point ...rien n’a changé !...mais rien ne se dit...il faudra attendre quelques siècles... ou quelques décennies !!!