Bulletin de l’Ermitage

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Des nouvelles de notre ermitage en Vercors

Lettre de Mai 2009

la prière cistercienne

dimanche 10 mai 2009, par frere francois

Vercors, début Mai

Merci de votre patience pour ces quelques nouvelles...

Nous étions ces derniers "grand Week-end" dans l’errance sur les hauts plateaux ivres de vent et d’espace ...
aujourd’hui hélas grâce à l’orage qui menace nous sommes de retour anticipé... mais vous avez en revanche cette lettre...

Quand la montagne noire-bleutée baignée par le clair obscur du matin écarte ses calques de brumes
faisant coulisser une à une et se dédoubler lentement les lignes de crêtes et les sommets de couleur sombre...

Là où la terre encore toute tremblante de la nuit soupire une haleine parfumée et suave
et se met à fumer comme un cheval sous la pluie de toute sa rosée
ou un couple transpirant à l’aube d’une nuit torride

Là où les grosses quenottes de calcaires
comme des Mohaï [1] gigantesques veillent, puissantes chicanes
sur les étroit passages qui conduisent aux hauts plateaux qui se découpent au loin sur le ciel blafard et bleuté

strié de nuages outremer

Quand peu à peu se dessinent différentes palettes de vert foncés, clairs, jaunâtres, jaunes bruns comme tracés pour dégorger un pinceau
ou s’essayer à de nouveaux mélanges
parfois doré pulvérisé comme en poudre mimant le givre au soleil
s’illuminant pour laisser entrevoir l’immensité des surfaces d’herbes vertes
parsemées de boutons jaunes , de coulis mauves, d’épis grenats d’oseille sauvages ou d’aigrettes blanches

à en baver

C’est alors que les vieux arbres courbés et tordus par la brise
commencent à se faire entendre et murmurent chuintant à nos oreilles des paroles cryptées
que les différents courants de bises fraîches semblent répandre de part en part

et se répondent

Là le vent toujours présent ne s’écoule jamais de manière uniforme,
mais aime à diviser sa force en de nombreuses escouades comme pour mieux étendre son emprise
occuper le terrain
former les syllabes d’un langage inconnu
immémorial
que seuls les solitaires peuvent entendre et comprendre
eux qui aiment s’y frotter, s’en enduire et le faire jouer sur leur corps et leur visage

multiples résonances

que des chants d’oiseaux viennent ponctuer d’arias fleuris
tandis que dans le silence d’un rocher les fleurs roses du prunier sauvage laissent contempler leur délicatesse immobile

Comme d’immenses vagues de velours frappés les grandes pentes vertes semblent déferler vers la plaine
tournant résolument le dos à la vallée suspendue comme pour ouvrir un passage
d’un geste brusque
au promeneur surfeur qui peut admirer alors étonné la masse puissante qui passe sous ses pieds
l’écume grisâtre des falaises venant morde le dos de la précédente dans de furieuses étreintes
Léoncel là bas ne semblant plus qu’un bouchon perdu dans une mer immense et déchaînée
qui s’ouvre à de nouveaux Moïse
alors que deux bras veloutés viennent les entourer pour les guider vers lui

Aux deux extrémités de cette boutonnière
d’étroits défilés assurent le passage : l’un vers le Sud et la Drôme méridionnale
l’autre vers le Royans couleur de Green

Tandis que tout la haut le col de la Bataille , ’isthme délicat ,
pont suspendu là par quelque équilibriste sans vertige
conduit aux hauts plateaux d’Ambel, du Toulau ou de Lente qui dominent les vallée de Quint et du Royans

Ainsi donc nous avons pris plaisir à cheminer 3 jours et 3 nuits
étrange cohorte de 2 ânes et un chien noir et blanc suivis de 4 silhouettes
Georges l’un des ânes portants négligement nos balluchons d’un pied sûr
tandis qu’Agnès sa compagne pleine de compassion se laissait lascivement chevaucher par Nico aux jambes encore fragiles...

Tous plus fous les uns que les autres de cette nature, de cet air frais de cet espace...et de ce silence

Jusqu’à ne plus pouvoir s’arrêter de marcher sur les plateaux immenses
les haltes contemplatives se succédant, s’enchainant en une épectase sans fin
jusqu’au petit ruisseau espiègle et capricieux qui dévale le vallon
vers la gorge étroite qui l’enserre et sa belle cascade
où là, cérémoniaire oblige, nous avions un rituel à accomplir
celui du baptême de Nat qui rejoint du haut de ses 10 ans la grande lignée des ermites ...
en se plongeant selon son souhait dans l’eau limpide et glacée juste sous la cascade
puisque désormais sa maman nous l’a confié pour qu’il soit aussi heureux qu’il l’a été
et reste parmis nous... autant qu’il le voudra

...me voilà désormais avec deux fils ermites...

Deux postulants piaffaient cependant sur la rive : Brenda pas tout a fait décidée encore...
ce n’est qu’une question de semaine... de mois peut-être... qui sait... elle n’a reçu cette fois ci que le baptème chrétien
quand l’eau sera plus chaude et le lieu mieux choisi elle dira si elle aussi désire aller plus loin pour faire de sa vie une errance d’absolu...

et...Nico handicapé non par son mal, mais la présence d’une famille pesante.. (et un nom difficile à porter...sans dorures...)
qui n’admet pas facilement cette voie qui le fait vivre pourtant et le guérit
mais est en passe d’accepter : non de perdre son fils (celui là heureusement a 2 parents prêts à assumer leurs responsabilité et même les nôtres ...)
mais de le confier à la nature , à l’espace, à l’immensité , au vent, au sel, à l’infini
bref à la liberté d’être LUI
afin qu’ils l’enrichissent de tout leur savoir, de toutes leurs connaissances et portent à l’incandescence sa sensibilité d’enfant

Tous ceux qui aiment nos éditions musicales mesurent ce qu’ils doivent à ce petit prodige de 9 ans
pour qui la musique est plus qu’un langage
mais une vocation, une ascèse
et une immense osmose pour les autres de son temps !

Nous avions laissé là bas au loin nos moutons à la garde de nos biquettes et de Nestor le corbeau à l’oeil sévère
Mais Igor était là pour assurer la médiumité avec tous nos commensaux
et la voûte étoilée du soir savait nous conter leur journée

herbes craquantes
vieilles ruines
cailloux qui se mettent à rouler sans raison
campement sous des abris sous roche
au mileu des troupeaux de bovins ou des petits chevaux sauvages baraccans
vous étiez aussi là bien sûr dans nos pensées : quelques images seront bientôt disponibles Jess s’étant mis depuis Noël à la photographie ! [2]

Que dire en conclusion de ces quelques nouvelles ?

J’ai trouvé que ce beau texte d’ Armand Veilleux vous savez le père abbé trappiste cistercien de Scourmont serait intéressant à méditer : sur le thème de :"comment un contemplatif sait garder les pieds sur terre pour parler de la prière "...comme un ermite...

Bonne méditation !

La prière selon la tradition cistercienne

(Conférence prononcée à Liège, le 24 novembre 2005,

dans le cadre d’un rencontre sur les diverses formes de prière chrétienne)

Saint Paul, dans sa Lettre aux Romains (ch. 8) dit que nous ne savons pas prier mais que l’Esprit [3] prie en nous par des gémissements ineffables. Je crois que c’est l’enseignement le plus profond que nous ayons sur la prière dans le Nouveau Testament. Cette prière est la seule qui existe dans l’économie nouvelle du salut. Tout le reste de ce que nous appelons prière – que ce soit des mots, des chants, des gestes corporels ou simplement des silences – ne sont qu’autant de moyens humains que nous prenons pour faire jaillir au niveau de la conscience cette prière de l’Esprit en nous, pour la faire nôtre, l’assumer et l’exprimer.

Ce gémissement de l’Esprit [du subconscient] en nous, il faut le mettre en relation avec le récit de la création dans la Genèse, qui nous décrit Dieu [4]dans une vision anthropomorphique comme formant le premier humain de la glaise et insufflant dans ses narines son souffle de vie, son propre Esprit. Si bien que l’être humain a été créé, selon cette révélation biblique, avec en lui une semence de vie divine appelée à croître sans cesse, avec, par conséquence, une capacité infinie de croître. Une croissance qu’il ne peut recevoir que comme un don de Dieu. Envers ce don, que saint Pierre, dans sa lettre, appelle une « participation à la vie divine » on ne peut avoir qu’une attitude, celle du désir. Ce désir inné au fond de nos coeurs est ce gémissement de l’Esprit en nous, cette prière de l’Esprit en nous dont parle saint Paul.

Pour prier, nous n’avons pas à nous mettre en présence de Dieu, car Dieu nous est toujours présent. Et il l’est toujours parfaitement, car Dieu est pleinement tout ce qu’il est. Il ne peut pas être plus ou moins présent à nous. Il est toujours là, au plus intime de notre être. C’est nous qui sommes souvent absents. Prier c’est être présent à cette Présence.

Cela est vrai pour tout Chrétien, et même pour tout être humain. Je suis donc mal à l’aise lorsqu’on me demande de parler de la « prière cistercienne ». Je crois qu’il n’y a pas de prière « cistercienne », comme il n’y a pas de prière « carmélitaine » ou de prière orientale ou occidentale. Il n’y a qu’une prière, celle de l’Esprit en nous, que nous ne pouvons que recevoir comme un don. Mais il y a, selon les états de vie, diverses façons de nous préparer ou de nos disposer à recevoir ce don. C’est uniquement dans ce sens qu’on peut parler de prière cistercienne ou autre.

Je suis également allergique à des expressions comme « méthode de prière » ou « techniques de prière ». Aucune méthode et aucune technique ne peut produire en nous la prière ou nous conduire à la prière. Tout ce qu’une méthode peut faire c’est enlever en nous les obstacles à l’action de l’Esprit ou nous disposer à la réception du don gratuit de la prière. Conçue de cette façon une méthode peut évidemment être utile, et il faut la juger à ses fruits. Si une méthode conduit quelqu’un à la pureté du coeur, à la paix intérieure et à la simplicité d’intention qui l’ouvre au don de la prière, alors elle est bonne, qu’elle soit d’origine chrétienne ou qu’elle ait été développée dans une autre tradition spirituelle.

De même, je crois qu’il est extrêmement prétentieux de la part d’un être humain de prétendre enseigner la prière. Seul l’Esprit peut le faire. Mais, évidement un guide spirituel peut aider une autre personne à progresser dans la voix de la connaissance de soi qui conduit à la conversion et à la pureté du coeur qui ouvre au don de la prière.

Si l’on veut parler d’une approche proprement cistercienne de la prière, je dirai qu’elle ne réside dans aucune technique ou méthode particulière, mais dans un équilibre particulier entre tous les éléments de la vie de chaque jour. Le « mode de vie » cistercien pris dans son ensemble, ce que selon une expression latine de la Règle de saint Benoît, on appellerait la « conversatio » cistercienne, est ce qui doit conduire le moine cistercien ou la moniale cistercienne à la grâce de la prière continuelle.

J’ai bien dit « prière continuelle », car c’est là le but de la vie du moine – comme d’ailleurs de la vie de tout Chrétien. En effet, si l’on recherche un précepte précis dans le Nouveau Testament sur la prière, on n’en trouve qu’un seul. Nulle part il n’est dit qu’il faut prier tant de fois par jour ou par semaine. Le seul précepte est qu’il faut prier sans cesse. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il faille sans cesse réciter des prières, mais qu’il faut maintenir aussi constante que possible en soi cette attitude fondamentale de présence à Dieu, de présence à la Présence. Une attention à la présence de Dieu qui sera évidemment plus consciente et plus aiguë à certains moments ; plus latente à d’autres moments, mais qui peut et qui doit demeurer constante à travers toutes les occupations de la vie. S’il n’y a pas cette préoccupation paisible de vivre constamment en présence de Dieu, toutes les prières que l’on pourra faire dans ce qu’on appelle les « moments forts » risquent bien d’être artificielles.

Il y a dans la vie d’un moine cistercien des temps consacrés au travail, des temps consacrés à la lecture de la Parole de Dieu ou à l’étude et des temps consacrés à la prière privée ou commune explicite. Le moine est appelé à maintenir une attitude contemplative d’attention à Dieu en chacune de ces activités. Si l’on n’est pas contemplatif au travail, qu’on ne se fasse pas illusion, on ne le sera pas plus lorsqu’on chantera la Prière des Heures avec ses frères, ou qu’on sera à genoux devant le Saint Sacrement ou en position de lotus dans sa cellule (même avec une bougie et un bâton d’encens !).

Être contemplatif au travail ne veut pas dire réciter des prières ou même penser à des choses spirituelles pendant que je travaille. Cela veut dire simplement être présent à Dieu [ à l’absoul , au réel , au temps présent] ; et la meilleure façon d’être présent à Dieu est d’être totalement présent à ce que je fais, me préoccupant de le faire aussi parfaitement que possible, que ce soit un travail manuel, agricole ou industriel, un travail technique ou une activité intellectuelle. Le travail est en lui-même une union à Dieu, puisqu’il est une participation à l’activité créatrice de Dieu qui est constamment en train de créer le monde à travers toutes nos activités. Il y a sans doute des travaux qui permettent plus facilement que d’autres de réciter des prières ou de penser aux choses spirituelles ; mais ces activités ne sont pas pour autant plus priantes que celles qui demandent d’être totalement attentif à chaque mouvement physique ou à chaque activité de l’esprit pour que notre travail soit bien fait.

Une activité importante dans la vie du moine, à côté du travail, est celle par laquelle il s’efforce – à travers une activité intense du coeur et de l’esprit de pénétrer toujours plus à fond dans la connaissance des mystères de la foi. C’est ce qu’on appelle de nos jours la lectio divina. L’expression est devenue populaire ces dernières décennies ; mais la réalité est très ancienne. Et même, sous cette expression de lectio les anciens moines mettaient une réalité beaucoup plus large que celle qu’on met de nos jours.

De nos jours on a souvent fait de la lectio divina une observance entre d’autres, même si on la considère comme l’une des plus importantes. Or, dès que l’on fait de la lectio une « observance », on la vide de son sens le plus profond. Pour les Anciens, la lectio n’était pas une observance mais une attitude – une attitude qui doit caractériser toute notre approche de la réalité. Cette attitude consiste à se laisser constamment interpeller personnellement par la Parole de Dieu et à se laisser transformer et convertir par elle. Or, Dieu nous parle de mille et une façon. Il nous parle à travers sa Parole inspirée dans les Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament. Il nous parle à travers la Tradition de l’Église. Il nous parle à travers tous les événements de l’histoire et en particulier ceux que nous avons personnellement à vivre. Il nous parle à travers les personnes avec qui nous vivons, et il nous parle constamment au fond de nos coeurs. C’est à l’égard de toutes ces formes d’expression de la Parole de Dieu que je dois avoir une attitude d’ouverture gratuite et de réceptivité. Si je ne l’ai pas en étudiant ou en écoutant mon frère, je ne l’aurai pas non plus en lisant l’Écriture dans le silence de ma cellule. On se leurre totalement si l’on pense être un homme ou une femme de prière parce que l’on fait soigneusement son heure d’oraison et son heure de lectio tous les jours, si l’on ne s’efforce pas de maintenir la même ouverture du coeur dans toutes nos autres occupations.

Évidemment la Parole de l’Écriture doit avoir une place privilégiée dans notre vie de prière ; parce qu’elle nous transmet l’expérience spirituelle de nombreuses générations de croyants et de priants. Cette Parole est non seulement vivante mais elle est nouvelle chaque fois que nous la lisons, parce que nous sommes nous-mêmes différents chaque fois que nous l’approchons. Elle vient chaque fois nous interpeller là où nous sommes à ce moment précis. Mais faire une distinction nette et absolue entre lectio et les autres formes de lecture ou d’étude, comme le fait la plupart du temps la littérature actuelle sur la lectio me semble non seulement faux mais dangereux. Nous devons au contraire faire toute forme d’étude et de lecture dans l’attitude de ce que nous appelons lectio ; c’est-à-dire nous laisser interpeller et transformer par la Vérité qui nous atteint à travers toutes ces médiations.

Le moine cistercien est un cénobite ; c’est-à-dire quelqu’un qui vit en commun avec des frères. C’est pourquoi la prière qu’il s’efforce de vivre aussi constamment que possible tout au long de sa journée, il l’exprimera plusieurs fois par jour – et aussi de nuit – dans une célébration commune qu’on appelle aujourd’hui l’Office Divin ou, plus couramment depuis le Concile, la Prière des Heures. Saint Benoît, dans sa Règle, lui donne le nom d’Opus Dei – d’Oeuvre de Dieu. Cette expression est très belle. Il s’agit réellement d’un travail, un opus. C’est une action commune. Ce ne sont pas les seuls moments de prière de la journée, puisque nous devons nous efforcer de prier sans cesse, mais les moments où nous mettons en commun tous les éléments qui forment le coeur de notre vie.

Dans l’Opus Dei, il ne s’agit pas de réciter ensemble de belles formules qui permettront à chacun d’avoir des pensées pieuses et de prier intimement dans le secret de son coeur. Si cela arrive, tant mieux. Mais ce n’est pas là le but de l’Office. L’Office est une « activité », un geste extérieur et collectif de prière, composé de lectures, de chants, de gestes corporels, de silence. C’est tout cet ensemble qui est prière. Si je chante une antienne ou un hymne, ma meilleure façon de prier ne sera pas de chanter de façon quelconque et imprécise, tout en faisant de belles réflexions intérieures à partir du texte ; mais bien d’être totalement présent à ce que chante, en respectant le rythme du texte et de la musique.

L’Office tout entier, en plus d’être un geste collectif de prière, est un moment collectif de lectio. À travers les nombreuses lectures bibliques, et les lectures d’auteurs plus récents ; à travers les oraisons et les psaumes, c’est toute la communauté comme telle – et non seulement les individus qui la composent – qui se laisse interpeller, construire et transformer par la Parole de Dieu.

Selon la tradition monastique ancienne, les psaumes ne sont pas des « prières » que nous devons essayer de faire nôtres pour exprimer nos propres sentiments de prière – ce qui est souvent impossible ou demande une gymnastique intellectuelle considérable. Ils doivent plutôt être traités comme des « lectures » de la même façon que les autres textes de l’Écriture. Ce sont des textes qui nous mettent en contact avec l’expérience spirituelle de grands croyants et de grands priants, à une époque particulière de l’histoire du salut et de la révélation, longtemps avant la venue du Christ et la pleine révélation du Dieu Amour. C’est pourquoi, selon la tradition ancienne, chaque psaume était suivi d’un moment de silence, puis d’une prière à saveur proprement chrétienne. Si l’on approche les psaumes de cette façon, on ne sera pas troublé par certains psaumes qui manifestent des désirs de vengeance ou le désir de la mort des ennemis. Ils représentent une étape dans le cheminement spirituel du Peuple de Dieu.

La lecture d’auteurs plus récents, en particulier durant l’Office de Nuit et avant – ou durant – l’Office de Complies nous met aussi en contact avec l’expérience spirituelle d’hommes et de femmes de Dieu plus proches de nous dans le temps. Et cela aussi est important pour nous aider – aussi bien en tant qu’individus qu’en tant que communauté – à pénétrer plus à fond dans notre propre expérience.

À ce point de vue, certaines perspectives de l’herméneutique moderne, celles de Paul Ricoeur par exemple, qui rejoignent d’ailleurs les intuitions des Pères de l’Église, peuvent nous aider à comprendre ce que nous vivons. Selon Ricoeur, lorsque nous lisons un texte ancien – ou même un texte récent – nous n’entrons pas tellement en contact avec la « pensée » de l’auteur du texte, mais avec la réalité même dont il nous parle. Tous ces textes, ceux de l’Écriture en particulier, sont prégnants d’une infinité de sens. Et de nouveaux sens se révèlent à nous chaque fois que nous les lisons, parce que nous sommes chaque fois une personne un peu différente que lors de notre lecture précédente. Et c’est pourquoi, nous pouvons lire et relire des centaines et des centaines de fois les mêmes textes, et ils sont toujours nouveaux parce qu’ils nous atteignent chaque fois à un point différent de notre être.

Cette expérience personnelle, individuelle et collective, qui s’élabore au fil de cette lectio, au cours de l’Office Divin, nous pouvons l’exprimer dans des prières spontanées, ce que les Règles liturgique d’après Vatican II nous permet beaucoup plus facilement qu’auparavant. Et l’expérience spirituelle de plusieurs cisterciens de nos jours a été exprimée à travers des hymnes, des cantiques et des oraisons liturgiques qui ont connu diverses éditions ces dernières années.

Au coeur de l’ensemble liturgique de la vie d’une communauté monastique, il y a évidemment la célébration eucharistique. Cette célébration s’insère réellement dans l’ensemble plus large de toute la prière commune de la communauté. Il s’agit ici aussi de vivre et d’exprimer la prière continuelle. Dans la première partie de l’Eucharistie, nous nous mettons, tout comme dans les autres Offices, à l’écoute du témoignage des grands témoins de l’Ancien et du Nouveau Testament qui nous ont transmis la Parole de Dieu enrobée dans l’expérience qu’ils en on vécue – en effet, la Parole de Dieu ne nous parvient jamais dans l’abstrait, mais toujours sous la forme d’une Parole reçue, vécue et retransmise à travers l’expérience vécue. Dans la seconde partie de la célébration nous recevons la Parole de Dieu incarnée. [5]

Les premiers Cisterciens au vécu, au 12ème siècle, à une époque où se dessinait dans le Peuple de Dieu une attention particulière à l’humanité du Christ et ils ont développé dans leur propre spiritualité — saint Bernard plus que tout autre — une dévotion très vive et très tendre à cette humanité du Christ. C’est probablement ce qui explique l’approche très « incarnée » de la prière telle que vécue par les Cisterciens et telle que j’ai essayé de vous la décrire depuis le début de cet entretien. La rencontre de Dieu du moine cistercien se veut incarnée : incarnée dans son travail, dans sa lecture et ses études, incarnée dans ses rencontres fraternelles comme dans ses moments d’oraison personnelle ou de célébration collective de la liturgie et elle trouve son sommet dans l’union physique avec le Verbe incarné dans la réception du Corps et du Sang du Christ. [6]

Toute cette expression collective de la prière, le moine cistercien la vit dans un lieu particulier qu’on appelle une église et que saint Benoît appelait l’oratoire, c’est à dire le lieu où l’on prie.

Un temple chrétien est une réalité toute différente que les temples païens ou ceux des grandes traditions spirituelles d’Asie, l’hindouisme par exemple. Dans ces traditions, le temple est le lieu de résidence de la divinité. Dans le Christianisme, l’église ou la basilique est d’abord la maison du peuple de Dieu. Et elle devient maison de Dieu parce que le Christ a promis que partout où deux ou trois seraient réunis en son nom il serait au milieu d’eux. Ainsi en est-il de l’église cistercienne. Dans toute sa simplicité et son dépouillement elle est conçue d’abord comme un lieu où la communauté se réunit pour vivre collectivement sa prière, comme je viens de l’expliquer. Comme saint Benoît l’a prévu dans sa Règle, l’un ou l’autre frère peut désirer demeurer quelques instants à l’église après la célébration commune, ou s’y rendre un bout de temps plus ou moins long avant que l’Office ne commence. L’un ou l’autre frère peut aussi aller à l’église pour méditer ou prier entre les Offices. Mais si vous entrez dans une église cistercienne au milieu de la matinée ou de l’après-midi et que vous ne voyez aucun frère à l’église, ne vous surprenez pas. C’est normal. Vous pouvez simplement espérer que tous les frères sont en train de prier de diverses façons, à travers diverses occupations.

La communion qui unit les frères à Dieu et entre eux ne serait pas authentique si elle les refermait sur eux-mêmes. Cette communion doit normalement être ouverte sur l’extérieur. Saint Benoît, dans sa Règle prévoyait déjà que les hôtes ne manquent jamais dans un monastère et il prévoyait tout un rituel pour les recevoir avec le même respect qu’on recevrait le Christ. Tout monastère cistercien a ce qu’on appelle une hôtellerie, pour recevoir ceux et celles qui veulent venir non seulement se reposer physiquement, mentalement et spirituellement, mais aussi partager la prière des moines. Cette ouverture au partage fait partie de l’expérience de prière du moine cistercien. Elle prend des formes diverses selon les personnes. Dans beaucoup de cas elle consistera simplement dans le partage pour quelques jours de l’espace de tranquillité et de solitude que les moines se sont constitué pour favoriser leur recherche de la prière continuelle. Dans d’autres cas elle consistera dans le partage des moments de prière collective à l’église. Là aussi, il y a des possibilités diverses selon le besoins et les désirs de chacun. L’un préfèrera se joindre silencieusement à la prière des moines en se contentant d’écouter et de se laisser porter par le mouvement de la prière commune. Un autre voudra suivre tous les textes, et des livres ou feuillets lui seront fournis. Certains se joindront – plus ou moins timidement – au chant des moines. Les modalités importent somme toute peu. Ce qui importe c’est la communion dans la prière.

Certains, sans aucun désir de se faire moines, sentent le besoin de partager aussi intégralement que possible la vie des moines durant une période plus ou moins longue de leur vie – ce pourra être une semaine, un mois ou plus. Ils communient alors avec nous dans cette recherche et cette ouverture à la grâce de la prière continuelle à travers l’équilibre de tous les éléments de la vie commune : travail, lectio, office divin.

Enfin, de nos jours, auprès de la plupart des monastères cisterciens, se sont créés de petits groupes de laïcs qui se reconnaissent spirituellement dans la recherche spirituelle des moines et qui créent de petites communautés de « laïcs cisterciens » reliées à une communauté particulière de moines ou de moniales de l’Ordre de Cîteaux. Ils n’essayent pas de jouer au moine ou à la moniales, mais bien d’incarner dans leur vie de laïcs – vie familiale et professionnelle – les mêmes valeurs que les moines s’efforcent de vivre au monastère. Ils donnent ainsi une nouvelle expression non seulement au charisme cistercien, mais aussi à la façon particulière des Cisterciens de vivre dans tous les éléments de leur vie le don de la prière chrétienne.

La communion des moines est appelée à s’étendre non seulement aux hommes et aux femmes – chrétiens ou non, pratiquants ou non – qui viennent dans leurs hôtelleries, mais aussi à l’Église et à la société en général, qu’il portent dans leur prière et dont ils parlent à Dieu ; mais d’une façon plus particulière aux populations qui entourent le monastère. Selon les circonstances de lieu et de temps, les communautés monastiques sont souvent appelées à exercer une action caritative et sociale dans leur environnement. Cette activité doit non seulement être portée par leur prière, mais elle est aussi une forme de prière parce que forme de communion avec Dieu qui a dit « ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous l’aurez fait ».

En conclusion – Je suis bien conscient qu’il est prétentieux pour qui que ce soit de décrire une expérience de prière, comme je l’ai d’ailleurs dit au début de mon entretien. Je suis conscient également que ni moi ni aucun de mes frères cisterciens ne vivons parfaitement ce programme de vie. Mais je puis vous assurer que c’est au moins ce que nous nous efforçons de vivre.

Liège le 24 novembre 2005

Armand Veilleux, ocso

et le futur me direz vous peutêtre ?

Rien de décidé encore : nous attendons un nouveau mât pour le Kalliste que José devrait pouvoir régler ...puisqu’il est au chômage....
nous devrions partir à l’automne...vers la Toussaint pour bénéficier de l’été austral et avant que toute la glace du sud ne disparaisse .
Nous serons de retour pour l’été en Vercors ( le Kalliste lui restant dans une escale du Sud)

José nous accompagnera peut-être pour le début du voyage ... selon sa situation professionnelle ...à moins qu’il permette à Pierre son fils de faire le voyage
Quand à Brenda elle gardera l’ermitage avec une sœur de la Laure et assurera la liaison terrestre cette fois-ci directement depuis "chez nous"... la laure d’Anglet ayant trop de difficultés actuellement pour nous servir de relais

Voilà où nous en sommes...mais cela se précisera avec le temps....

à suivre donc...

J’écrirais peut-être pour l’Ascension si l’inspiration me vient

bénédictions à vous tous amis si fidèles

très fraternellement à bientôt

ff+


Voir en ligne : Abbaye de Léoncel


Pour réagir, questionner ou répondre vous pouvez écrire à rmitte@free.fr nous répondons toujours...


[1statues bien connues de l’ïle de Pâques

[2quand elles seront prêtes vous pourrez cliquer sur ce lien

[3en fait le subconscient, notre être vértable

[4l’absolu, le Réel

[5en un rituel de partage

[6pesonnellement nous n’acceptons pas cette façon de voir les choses , rien ne pouvant dispenser la réalité du partage du repas avec des frères et des soeurs, et c’est par eux que nous touchons à l’Essentiel..et non par un rituel symbolique quelqu’en soit sa force