Bulletin de l’Ermitage

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Du danger du merveilleux et de l’émotion

de Marcel Légaut

samedi 28 décembre 2002, par frere francois

Sur la fascination de la fête de Noël

J’ai moi-même connu dans mon enfance, la fascination qui monte des profondeurs de l’homme pour le merveilleux. (...)

Attribuer une grande importance à ces manifestations merveilleuses, qui ne sont peut-être que façon de voir, d’imaginer et de dire du temps, non seulement empêche de porter l’attention que requiert le message le plus secret, le seul précieux, qui s’efforce ainsi de poindre, par les inductions et les déductions qu’on est tenté d’en faire, à des erreurs graves, aux conséquences spirituellement nefastes. C’est pourquoi, quand l’homme est fasciné par ce "surnaturel" grossier, qui de la sorte lui impose une conception purement matérielle de la vie spirituelle au lieu d’en être à ses yeux un signe seulement contingent, il est conduit à éprouver des états émotionnels qui ne peuvent que lui donner le change sur ce que réellement il vit.

(...)
Il n’est pas d’errance plus cachée, plus spécieuse que celle provoquée par l’attrait pour le merveilleux, tant elle est couverte par le manteau de la foi. Lorsque la raison n’exerce plus sa fonction critique, l’imagination spontanée séduite par l’irrationnel se déchaîne...

Chez les êtres livrés ainsi à la dérive du rêve au nom de la foi, la vie spirituelle, en dépit de ce que chez eux, au commencement, elle pouvait présenter de véritable, au bout d’un certain temps, fait long feu ou se dégrade peu à peu en perversion dont le fanatisme est la manifestation la plus visible avec le sectarisme et le propagandisme. Ils se trouvent conduits à des égarements dont ils échappent difficilement tant, dans ces conditions, ils se trouvent enfermés hermétiquement en eux-mêmes comme par envoûtement.

Marcel Légaut - Méditations d’un chrétien au XXème siècle Méditation pour le temps de Noël


(...)Jadis, sous l’autorité des Écritures, alors reçues comme parole de Dieu ou encore enseignées comme révélations garanties par l’Autorité et la Véracité de Dieu, les siècles chrétiens se sont arrêtés avec ferveur sur les conditions de la naissance du Christ que rapportent les évangiles.

Si, de la sorte, ils ont vécu de façon tout à fait authentique de leurs croyances, s’ils ont été ainsi en mesure d’aider la foi à se perpétuer à travers les générations (car c’est du mouvement de foi que ces croyances tenaient implicitement leur vigueur), cependant, cette foi restait enveloppée dans des langes.
Aussi bien, dès maintenant -cela se montrera plus ordinairement vrai encore dans l’avenir— ces langes deviennent de plus en plus susceptibles de gêner la croissance de la foi, jusqu’à apparemment l’étouffer, quand le rejet de ces croyances finalement contingentes, ne conduit pas à se refuser totalement au mouvement de foi proprement dit, lui déniant toute vérité. (...)

Seule cette nudité [de la foi] permettra à la foi de subsister chez les hommes, de se répandre parmi eux et de spirituellement les féconder en leur donnant la possibilité, quand l’heure en sera venue pour chacun d’eux, d’abandonner, sans pour autant perdre la foi, les manières de dire et de penser qui l’ont incarnées sainement et utilement jadis en usant des moyens et des besoins propres aux temps et aux lieux de leur naissance et leurs successifs développement.

Marcel Légaut - Méditations d’un chrétien au XXème siècle